Affection et miséricorde : le couple selon le Coran
Le verset le plus cité sur le couple est celui de la sourate 30, verset 21 : Dieu a créé des épouses « pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté ». Le Coran ajoute une image : « elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles » (2:187). Le vêtement protège, couvre et se porte au plus près de soi.
L'imam Azzedine Gaci regrette, dans une tribune publiée par Oumma, qu'on réduise souvent le mariage à une liste de droits et de devoirs. La vraie question, écrit-il, est plutôt : suis-je pour toi une source de tranquillité ?
Le Prophète donne l'exemple. Interrogée sur ce qu'il faisait chez lui, Aïcha répondit : « Il s'occupait de sa famille, et quand venait l'heure de la prière, il partait prier » (Al-Bukhârî, n° 676). Il disait : « Le meilleur d'entre vous est celui qui est le meilleur envers sa femme, et je suis le meilleur d'entre vous envers mes femmes » (Ibn Mâja, n° 1977). Et pour les jours difficiles : « Un croyant ne doit pas détester une croyante ; s'il n'aime pas l'un de ses traits, il en appréciera un autre » (Muslim).
Le Coran demande aussi la patience : « comportez-vous convenablement envers elles. Si vous avez de l'aversion envers elles durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose où Allah a déposé un grand bien » (4:19). Dominique Thewissen, qui accompagne des couples en difficulté, rappelle dans son article sur la préparation au mariage qu'il n'y a ni conjoint ni couple parfait.

Droits et devoirs des époux
Le Coran pose un principe de réciprocité : les épouses « ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance » (2:228). Le même verset mentionne une « prédominance » des hommes, que les juristes ont liée à leur responsabilité d'entretien.
Pour le mari, les juristes citent la dot, l'entretien du foyer (logement, nourriture, vêtements selon ses moyens, 65:7) et le bon comportement. Le Prophète reprochait à un compagnon de prier toute la nuit et de jeûner tous les jours : « ta femme a des droits sur toi » (Al-Bukhârî, n° 5199).
Pour l'épouse, ils citent la fidélité, la préservation du foyer et de ses biens en l'absence du mari (4:34), et le fait de ne pas faire entrer chez eux quelqu'un qu'il refuse (Al-Bukhârî, n° 5195). L'obéissance dont parlent les juristes concerne la vie commune, dans le convenable ; elle ne s'étend jamais à une faute ou à une injustice.
Le verset 34 de la sourate 4, qui parle de l'autorité (qawâma) du mari et des étapes en cas de conflit grave, reçoit des lectures très différentes, présentées sur notre page la femme en islam. Un fait n'est pas discuté : Aïcha rapporte que le Prophète « n'a jamais frappé personne de sa main, ni une femme ni un serviteur » (Muslim), et il a blâmé celui qui frappe sa femme puis la rejoint le soir (Al-Bukhârî, n° 5204).
Le droit français va dans le même sens sur l'essentiel : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » (article 212 du Code civil).
Disputes : la règle des trois jours et la réconciliation
Toutes les familles se disputent, y compris celle du Prophète, qui s'éloigna un mois de ses épouses après un désaccord (Al-Bukhârî, n° 5203). Ce n'est pas la dispute qui pose problème, mais ce qu'on en fait.
La fameuse règle des « trois jours » vient d'un hadith général : « Il n'est pas permis à un homme de couper les liens avec son frère musulman plus de trois nuits. […] Le meilleur des deux sera celui qui saluera l'autre en premier » (Al-Bukhârî, n° 6077). Le texte parle de tous les musulmans ; les savants l'appliquent a fortiori aux époux. Il ne s'agit pas de « trois jours sans rapports », mais de trois jours sans se parler.
Le Coran donne une méthode. Si l'épouse craint l'indifférence de son mari, un compromis est possible, « et la réconciliation est meilleure » (4:128). Si le désaccord s'installe, on désigne « un arbitre de sa famille à lui, et un arbitre de sa famille à elle » (4:35), c'est-à-dire des médiateurs, avec cette promesse : « Si les deux veulent la réconciliation, Allah rétablira l'entente entre eux. »
Le Prophète a décrit Satan félicitant celui de ses suppôts qui a semé la discorde « entre un mari et sa femme » (Muslim). Faire le premier pas n'est donc pas une faiblesse.
Peut-on parler de ses problèmes de couple ? Les textes invitent à ne pas étaler la vie intime du foyer. Mais demander conseil pour obtenir un droit est permis : Hind bint 'Utba vint dire au Prophète que son mari était avare, et il lui répondit (Al-Bukhârî, n° 5364).
La belle-famille : bonté et limites
Le Coran demande la bonté envers les parents et les proches (4:36) et met en garde contre la rupture des liens du sang (4:1). Chacun des époux garde ses devoirs envers ses propres parents, que le mariage ne supprime pas (17:23). Respecter les parents de son conjoint est une marque de bon caractère et d'amour pour lui.
Les juristes ont aussi posé des limites. Ils reconnaissent à l'épouse le droit à un logement où elle vit en sécurité et en paix, sans être obligée de partager la vie quotidienne de sa belle-famille si cela lui nuit. Pour la majorité d'entre eux, servir sa belle-mère n'est pas une obligation religieuse : c'est une bonté, appréciée quand elle est libre. À l'inverse, le mari ne peut pas, au nom du respect dû à ses parents, laisser commettre une injustice envers sa femme, ni la femme couper son mari de sa famille.
Le principe vient d'un verset que les juristes appliquent largement : « ne cherchez pas à leur nuire en les contraignant à vivre à l'étroit » (65:6). Chaque couple trouve son équilibre, en en parlant ensemble.
Les tensions avec la belle-famille sont une cause fréquente de crise. Les psychologues Myriam Amrani et Nassima Mestari leur ont consacré une émission sur Oumma, La belle-famille : pourquoi tant de haine ?. Mustafa Kastit montre, dans son analyse de la famille musulmane, comment des traditions prennent parfois le pas sur l'islam.
L'argent dans le couple
Dans le droit musulman classique, l'entretien du foyer revient au mari : « Que celui qui est aisé dépense de sa fortune ; et que celui dont les biens sont restreints dépense selon ce qu'Allah lui a accordé » (65:7). Quand Hind bint 'Utba se plaignit que son mari ne lui donnait pas assez pour elle et ses enfants, le Prophète lui dit : « Prends ce qui est suffisant pour toi et tes enfants, mais de façon juste et raisonnable » (Al-Bukhârî, n° 5364).
Les biens de l'épouse lui appartiennent : sa dot (4:4), ses héritages et ses revenus. « Aux hommes la part qu'ils ont acquise, et aux femmes la part qu'elles ont acquise » (4:32). Selon les juristes, elle n'est pas tenue de participer aux dépenses ; si elle le fait, c'est un don. Zaynab, l'épouse d'Ibn Mas'ûd, subvenait aux besoins de son mari et demanda au Prophète si elle pouvait lui donner son aumône : il approuva (Al-Bukhârî, n° 1466).
Dépenser pour sa famille est un acte d'adoration : « Tu seras récompensé pour tout ce que tu dépenses pour Allah, même pour une bouchée que tu mets dans la bouche de ton épouse » (Al-Bukhârî, n° 56).
Aujourd'hui, la plupart des couples ont deux salaires. Le droit français prévoit que les époux contribuent aux charges du mariage « à proportion de leurs facultés respectives », sauf convention contraire (article 214 du Code civil) ; un contrat de mariage chez le notaire permet d'organiser les choses. L'essentiel est la clarté.

Quand le couple va mal : se faire aider
« Je suis malheureuse avec mon mari », « je n'aime plus ma femme », « je me sens seule dans mon couple » : ces phrases reviennent souvent. Le Coran invite d'abord à chercher le bien caché (4:19) et à tenter la réconciliation. Mais il ne contraint personne à rester dans une union devenue invivable. Barîra, une femme affranchie, ne voulait plus de son mari Mughîth, qui la suivait en pleurant ; le Prophète intercéda pour lui, puis respecta son refus quand elle lui demanda si c'était un ordre (Al-Bukhârî, n° 5283).
Azzedine Gaci observe que les imams sont souvent sollicités pour des conflits conjugaux sans y être formés, et plaide pour qu'ils orientent vers des professionnels. Mustafa Kastit, lui, insiste sur le fait que l'imam n'est qu'une partie de la solution. Un conseiller conjugal ou un médiateur familial peut aider le couple à se parler.
La violence n'est jamais un problème de couple ordinaire. Les coups, les menaces, les humiliations, le contrôle de l'argent ou des sorties, les rapports imposés sont des violences. Le consentement est requis entre époux : le Code pénal précise que le viol et les agressions sexuelles sont constitués « y compris s'ils sont unis par les liens du mariage » (article 222-22). Notre page l'intimité dans le couple aborde ce sujet. Les psychologues Myriam Amrani et Nassima Mestari en parlent dans une émission sur les violences conjugales.
En France, le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit et anonyme ; en cas de danger immédiat, appeler le 17 ou envoyer un SMS au 114. Quand la séparation devient la seule issue, le divorce est permis : voir le divorce en islam.
















