Que dit le Coran sur la femme ? Une même origine, une même dignité
Le Coran ouvre la sourate des Femmes (an-Nisâ') par un rappel : Dieu a créé les humains « d'un seul être », dont Il a tiré son épouse (sourate 4, verset 1). Il n'y a donc ni création à part ni hiérarchie de nature. Le critère de valeur est moral : « Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux » (sourate 49, verset 13).
L'égalité spirituelle est explicite. « Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie » (sourate 16, verset 97). Le verset 35 de la sourate 33 énumère les qualités des croyants en nommant chaque fois les deux sexes : « les musulmans et musulmanes, croyants et croyantes… ». La tradition rapporte qu'il fut révélé après qu'une femme de Médine eut demandé pourquoi le Coran semblait ne s'adresser qu'aux hommes, comme le rappelle l'article d'Oumma sur les féminismes islamiques. Croyants et croyantes sont même dits « alliés les uns des autres » (sourate 9, verset 71).
La Sunna va dans le même sens. Interrogé par Umm Salama sur une question de purification, le Prophète répondit : « Les femmes sont les égales des hommes » (Abu Dawud, 236). Un article publié par Oumma, L'égalité entre les femmes et les hommes en islam, en conclut que les inégalités observées dans certaines sociétés viennent moins des textes que de traditions patriarcales.

Quels droits l'islam reconnaît-il aux femmes ?
Le consentement au mariage. « Une femme déjà mariée ne doit être donnée en mariage qu'après avoir été consultée, et une vierge qu'avec sa permission » (Bukhari, 5136). Khansâ' bint Khidhâm, mariée par son père contre son gré, alla se plaindre au Prophète, qui annula l'union (Bukhari, 5138). Le détail des conditions du contrat est expliqué sur la page Le mariage en islam.
L'argent de la femme. Le Coran dit : « aux hommes la part qu'ils ont acquise, et aux femmes la part qu'elles ont acquise » (sourate 4, verset 32). La dot (mahr) est donnée à l'épouse et lui appartient (sourate 4, verset 4). Son salaire, ses économies et ses biens restent à elle. En droit classique, c'est au mari d'entretenir le foyer (logement, nourriture, vêtements) ; si l'épouse participe aux dépenses, c'est par choix ou par accord du couple.
L'héritage. Avant l'islam, les femmes de nombreuses tribus arabes n'héritaient pas. Le Coran leur attribue « une part fixée » (sourate 4, verset 7). La règle du double pour le fils (sourate 4, verset 11) concerne le frère et la sœur héritant de leurs parents. Tahar Mahdi rappelle, dans La place de la femme dans le droit successoral musulman, que dans d'autres situations la femme reçoit une part égale ou supérieure, et que la différence s'explique, selon les juristes, par la charge financière qui pèse sur l'homme.
L'instruction et la parole. Des femmes demandèrent au Prophète un jour de leçon rien que pour elles, car les hommes prenaient tout son temps ; il le leur accorda (Bukhari, 101). Le Coran rapporte aussi la plainte d'une épouse qui « discutait » avec le Prophète au sujet de son mari, et que Dieu a entendue (sourate 58, verset 1).
La séparation. Une épouse malheureuse peut demander à mettre fin au mariage (khul'), comme l'a fait la femme de Thâbit ibn Qays (Bukhari, 5273). Les différentes formes de séparation sont détaillées sur la page Le divorce en islam.
Les devoirs de la femme envers son mari, et ceux du mari envers elle
Le Coran pose un principe de réciprocité : les épouses « ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance » (sourate 2, verset 228). Le même verset ajoute que les hommes ont « une prédominance », que les juristes rattachent au droit de reprise après un divorce et à la charge du foyer. Le mariage est décrit comme un lien d'« affection » et de « bonté » (sourate 30, verset 21).
Pour les juristes classiques, l'épouse doit fidélité à son mari, la préservation de son honneur et de ses biens en son absence, et une vie commune harmonieuse ; le mari doit à sa femme la dot, l'entretien, le logement, le bon traitement et une vie intime épanouie. Le verset 34 de la sourate 4, qui confie aux hommes la responsabilité (qawâma) du foyer, est le plus discuté. Les lectures traditionnelles y voient une direction de la famille ; d'autres, comme Tahar Mahdi dans son étude des rapports entre hommes et femmes, y lisent d'abord une charge d'entretien. Quant au verbe traduit par « frapper », les juristes anciens l'ont restreint à un geste symbolique, et de nombreux savants contemporains excluent toute violence.
L'exemple du Prophète oriente la lecture. « Le meilleur d'entre vous est celui qui est le meilleur envers sa femme, et je suis le meilleur d'entre vous envers mes femmes » (Ibn Majah, 1977). Il a aussi dénoncé celui qui frappe sa femme puis la rejoint le soir (Bukhari, 5204). Michel Abdallah Grimbert rappelle dans Le Prophète et la féminité que, selon Ali, il ne leva jamais la main sur une de ses épouses.
Aucune règle religieuse ne justifie la violence conjugale. En France, les victimes peuvent appeler le 3919, numéro gratuit et anonyme. La vie à deux est développée sur la page Le couple en islam.
Khadîja, Aïcha, Maryam : les grandes figures féminines de l'islam
Marie (Maryam) est la seule femme que le Coran nomme. Une sourate porte son nom, et les anges lui disent : « Allah t'a élue et purifiée ; et Il t'a élue au-dessus des femmes des mondes » (sourate 3, verset 42). La femme de Pharaon, Âsiya, est donnée en exemple aux croyants pour sa foi face à la tyrannie (sourate 66, verset 11). Le Prophète a dit que beaucoup d'hommes ont atteint la perfection, mais parmi les femmes Âsiya et Marie (Bukhari, 3411).
[Khadîja](/islam/lexique/khadija/) était une commerçante respectée de La Mecque, qui employa le futur Prophète puis lui proposa le mariage. Elle fut la première à croire en son message et le soutint de sa fortune. « La meilleure femme du monde à son époque était Marie, et la meilleure femme du monde à son époque était Khadîja » (Bukhari, 3815).
[Aïcha](/islam/lexique/aicha/) compte parmi les principaux transmetteurs de hadiths ; les compagnons venaient lui demander son avis en droit, et elle corrigeait volontiers ceux qui se trompaient. [Fâtima](/islam/lexique/fatima/), fille du Prophète, est vénérée par tous les musulmans. On peut citer encore Nusayba bint Ka'b, qui défendit le Prophète à la bataille d'Uhud, Rabi'a al-Adawiyya, grande figure de la spiritualité, et Fâtima al-Fihriya, qui fonda au IXe siècle la mosquée al-Qarawiyyîn de Fès, devenue un haut lieu d'enseignement.
La mère occupe une place à part. À un homme qui demandait qui mérite le plus sa bonne compagnie, le Prophète répondit trois fois « ta mère », puis « ton père » (Bukhari, 5971).

Lectures traditionnelles et réformistes : les débats d'aujourd'hui
Deux grandes manières de lire les textes coexistent. La lecture traditionnelle insiste sur la complémentarité : une égale dignité devant Dieu, mais des rôles et des droits distincts dans la famille (entretien, autorité, héritage), fixés par le droit des écoles. Pour ses défenseurs, ce cadre protège la femme et la famille.
La lecture réformiste, souvent appelée « féminisme musulman », part des mêmes sources pour aboutir à d'autres conclusions. Rana Harbi présente dans Le féminisme en islam : combattre la théologie par la théologie des chercheuses comme Amina Wadud, Ziba Mir-Hosseini ou Asma Lamrabet, qui distinguent la charia, voie révélée, du fiqh, interprétation humaine et donc révisable. Khalid Chraibi montre dans Charia, droits des femmes et lois des hommes que le droit de la famille a beaucoup évolué selon les pays : le Code marocain de la famille de 2004 place le foyer sous la responsabilité des deux époux et permet à la femme majeure d'être sa propre tutrice.
Ces débats touchent aussi l'héritage (la Tunisie a discuté de l'égalité successorale), la tutelle matrimoniale, la polygamie et le voile. Les uns y voient une fidélité retrouvée à l'esprit du Coran, les autres un risque d'abandonner des règles claires. Oumma a publié des voix des deux bords ; la page mère Mariage et famille en islam en donne d'autres repères. Pour une question personnelle, mieux vaut interroger un imam ou un juriste de confiance, qui connaît la situation et le pays où l'on vit.

















