Que dit le Coran sur le voile ?
Le premier passage s'adresse d'abord aux hommes : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté » (sourate 24, verset 30). Le verset suivant reprend la même demande pour les croyantes, puis ajoute : « qu'elles ne montrent de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines » (sourate 24, verset 31). Le mot traduit par « voile » est khimar, une pièce d'étoffe que les femmes de l'époque portaient sur la tête. Le verset liste ensuite les proches devant qui ces atours peuvent se montrer (mari, père, fils, frères…).
Le second passage dit : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées » (sourate 33, verset 59). Le mot est ici jilbab, un vêtement ample de dessus.
Le mot hijab, devenu courant pour parler du foulard, a dans le Coran un autre sens : un rideau, une séparation. Le verset 53 de la sourate 33 demande de s'adresser aux épouses du Prophète « derrière un rideau ». Marie-Hélène Dassa le montre dans La notion de « voile » dans le Coran : le texte emploie plusieurs mots, et le hijab y désigne souvent ce qui cache ou sépare, pour les hommes comme pour les femmes. Le Coran rappelle enfin que « le vêtement de la piété, voilà qui est meilleur » (sourate 7, verset 26).

Le voile est-il obligatoire en islam ? L'avis des écoles
Pour la grande majorité des juristes des quatre écoles, le port d'un vêtement couvrant les cheveux et le corps est une obligation pour la femme pubère, en présence d'hommes qui ne font pas partie de ses proches. Ils s'appuient sur le sens du mot khimar, qui couvrait la tête, et sur la manière dont les premières musulmanes ont compris le verset. Aïcha raconte que, lorsque fut révélé « qu'elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines », les femmes de Médine découpèrent des pièces d'étoffe pour s'en couvrir (Bukhari, 4758 et 4759).
La question du visage et des mains divise. Hanafites et malikites, ainsi qu'une partie des chaféites et des hanbalites, considèrent qu'ils peuvent rester découverts ; « ce qui en paraît », dans le verset 31, désigne selon eux le visage et les mains. Un hadith rapporté par Abu Dawud va dans ce sens, mais Abu Dawud lui-même signale que sa chaîne est interrompue (Abu Dawud, 4104). D'autres juristes, surtout hanbalites, jugent le voile du visage (niqab) obligatoire. Le Coran assouplit la règle pour les femmes âgées « qui n'espèrent plus le mariage » (sourate 24, verset 60).
Des lectures minoritaires existent. Marwan Sinaceur souligne, dans À propos du voile : ce que dit vraiment le Coran, que le verset demande de couvrir la poitrine et ne nomme ni les cheveux ni le visage. Le théologien Mohsen Ismaïl, dans son entretien à Oumma, y voit un appel à la pudeur dont la forme peut varier. William Blob discute longuement les arguments des deux camps dans Le « voile » en islam : approche historique et coranique. Les institutions religieuses, comme la plupart des imams, maintiennent l'avis majoritaire. Dans tous les cas, les juristes s'accordent à dire que le voile relève de la conscience de chacune devant Dieu : il ne s'impose pas par la force, car « nulle contrainte en religion » (sourate 2, verset 256).
Hijab, khimar, jilbab, niqab : les types de voile
Les mots se mélangent souvent. Voici les principaux.
Le hijab : dans l'usage actuel, le foulard qui couvre les cheveux, les oreilles et le cou en laissant le visage visible. C'est la forme la plus répandue en France.
Le khimar : le mot coranique ; aujourd'hui, un voile plus long qui descend sur les épaules et la poitrine, parfois jusqu'à la taille.
Le jilbab : un vêtement ample qui couvre le corps, souvent d'une seule pièce de la tête aux pieds, en laissant le visage découvert.
Le niqab : un voile qui couvre le visage et laisse les yeux visibles. La burqa, portée surtout en Afghanistan, couvre aussi les yeux derrière une grille de tissu. Le tchador, iranien, est un grand voile semi-circulaire tenu à la main.
Les juristes ne fixent ni couleur ni coupe. Ils énoncent des conditions générales : un vêtement qui couvre ce qui doit l'être, ample, non transparent, et qui ne cherche pas à attirer les regards. L'historienne Oissila Saaidia rappelle, dans son entretien à Oumma, que les voiles ont toujours été très divers selon les époques et les régions, et que leur port était surtout urbain au XIXe siècle.
Certaines traditions ont leur propre voile de mariée, blanc ou brodé : il relève de la culture et de la fête, non d'une prescription religieuse.

Porter le voile : un cheminement personnel
Pour beaucoup de musulmanes, le voile est d'abord un acte de foi et un rapport à soi. Farah Zahidi Moazzam raconte dans Confessions d'une Hijabi qu'elle l'a mis adolescente, l'a retiré sous le poids des remarques, puis l'a repris des années plus tard, « cette fois » par une décision mûrie. L'économiste Felwine Sarr défend dans Le port du voile : un rapport à sa propre corporalité l'idée que chacune décide de la part de son corps qu'elle soustrait au regard d'autrui.
D'autres font le chemin inverse et retirent leur voile, comme Mariame Tighanimine dans son entretien à Oumma. D'autres encore ne l'ont jamais porté et se considèrent pleinement croyantes.
Les savants qui jugent le voile obligatoire rappellent qu'une femme qui ne le porte pas reste musulmane, et que c'est une question entre elle et Dieu. Ils insistent aussi sur la pudeur demandée aux hommes, que le Coran cite en premier : baisser le regard, s'habiller décemment, respecter les femmes, voilées ou non.
Le voile et la loi française
En France, porter un foulard dans la rue, dans les commerces ou à l'université est libre. Deux lois encadrent cependant certains cas.
La loi du 15 mars 2004 interdit, au nom de la laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse par les élèves des écoles, collèges et lycées publics. Elle ne concerne ni l'enseignement supérieur ni les établissements privés.
La loi du 11 octobre 2010 interdit de dissimuler son visage dans l'espace public (voie publique, lieux ouverts au public ou affectés à un service public). Elle vise donc le niqab et la burqa, pas le foulard. Le non-respect est puni d'une amende de 150 euros au plus, ou d'un stage de citoyenneté. Contraindre une personne à dissimuler son visage est un délit puni d'un an d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. La sociologue Agnès De Féo, dans son entretien à Oumma, décrit les effets de cette loi sur les femmes concernées.
Au travail, la situation dépend du secteur ; Laetitia Doudet en faisait le point dans Peut-on travailler en France avec un voile ?. En cas de discrimination, le Défenseur des droits peut être saisi. En 2004, le cheikh d'Al-Azhar avait estimé qu'une musulmane soumise à une loi contraire se trouve en situation de « contrainte », un avis aussitôt contesté par d'autres savants de l'institution, comme le relate cet article d'Oumma. Pour les autres questions de vie familiale, voir la page Mariage et famille en islam et la page La femme en islam.

















