Une place positive de la sexualité dans le mariage
Le Coran parle de l'union des époux avec des images de douceur : « elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles » (sourate 2, verset 187). Le vêtement protège, réchauffe et couvre les défauts de l'autre. Parmi les signes de Dieu, le Coran cite aussi le fait d'avoir créé des épouses « pour que vous viviez en tranquillité avec elles », en mettant entre les époux « de l'affection et de la bonté » (sourate 30, verset 21).
Un hadith surprit les compagnons. Le Prophète énuméra les formes d'aumône (dire « Subhan Allah », ordonner le bien…) et ajouta : « même dans l'acte intime de l'un d'entre vous avec son épouse, il y a une aumône ». Comme on s'étonnait qu'on soit récompensé pour avoir satisfait son désir, il répondit que s'il le faisait dans l'illicite, il commettrait un péché ; dans le licite, il a donc une récompense (Muslim).
Amira Nassi, auteure d'un manuel sur la vie intime des époux, regrettait dans La sexualité en islam que la honte héritée des traditions ait recouvert ce message : l'islam encourage la tendresse dans le mariage et considère que bien connaître son corps et celui de l'autre évite beaucoup de malentendus. Dans un entretien avec les lecteurs d'Oumma, elle rappelait que la vie intime doit se vivre dans le respect, le jeu et le consentement mutuel.

Droits mutuels, tendresse et consentement
L'intimité est un droit réciproque. Les épouses « ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance » (sourate 2, verset 228), et le Coran demande aux maris : « comportez-vous convenablement envers elles » (sourate 4, verset 19). Les juristes en déduisent que chacun doit veiller à l'épanouissement de l'autre, et que le mari ne doit pas délaisser son épouse.
Un hadith rapporté par Bukhari (3237) blâme l'épouse qui refuse sans raison l'appel de son mari. Les savants le lisent avec d'autres textes : il ne vaut pas en cas de maladie, de fatigue, de douleur ou d'excuse valable, et il suppose un mari qui remplit lui-même ses devoirs. Le Prophète a d'ailleurs dénoncé celui qui frappe sa femme puis la rejoint le soir (Bukhari, 5204). À une lectrice souffrant d'un problème gynécologique, Amira Nassi conseillait de s'abstenir, d'en parler à un médecin et à son mari, et rappelait que la tendresse ne se réduit pas à l'acte lui-même.
La contrainte n'a pas sa place dans une relation fondée sur l'« affection » et la « bonté ». En France, depuis une loi de 2006, le Code pénal précise que le viol est puni y compris entre époux. Toute personne victime de violences dans son couple peut appeler le 3919, gratuit et anonyme. La relation entre époux est développée sur la page Le couple en islam.
L'intimité doit aussi rester secrète. Le Prophète a dit que l'une des personnes les plus mauvaises aux yeux de Dieu au Jour du Jugement est celui qui s'unit à sa femme puis divulgue ses secrets (Muslim).
Ce qui est interdit : règles, jeûne et pèlerinage
Pendant les règles. Le Coran dit : « Ils t'interrogent sur la menstruation des femmes. Dis : “C'est un mal. Éloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que quand elles sont pures” » (sourate 2, verset 222). Les juifs de Médine, raconte Anas, ne mangeaient plus avec une femme indisposée et ne partageaient plus sa maison ; le Prophète précisa : « Faites tout sauf les rapports sexuels » (Muslim). Seul le rapport est donc interdit ; la tendresse, les repas et la vie commune continuent. Il en va de même pendant les lochies, après l'accouchement. Pour la majorité des juristes, les rapports reprennent après la fin des règles et le bain rituel.
Pendant le jeûne. Les rapports sont permis les nuits du Ramadan (sourate 2, verset 187), mais interdits de l'aube au coucher du soleil. Un baiser n'annule pas le jeûne : le Prophète embrassait ses épouses en jeûnant, « et il avait plus de maîtrise de lui-même que n'importe lequel d'entre vous » (Bukhari, 1927). Voir la page Le Ramadan.
Pendant le pèlerinage, en état de sacralisation, et pendant la retraite spirituelle à la mosquée.
La sodomie est interdite selon la grande majorité des juristes, sur la base de hadiths (Abu Dawud, 2162). En dehors de ces limites, le Coran laisse une grande liberté aux époux : le verset « Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme et quand vous le voulez » (sourate 2, verset 223) a été révélé, selon Jâbir, pour démentir une superstition sur les positions (Bukhari, 4528).
Janaba et grandes ablutions (ghusl)
Après un rapport, ou une émission de semence, l'homme comme la femme sont en état de janaba, une impureté rituelle majeure. Le Coran demande : « Et si vous êtes pollués (junub), alors purifiez-vous » (sourate 5, verset 6 ; voir aussi sourate 4, verset 43). La fin des règles et des lochies impose le même bain. Le Prophète a rappelé que les femmes sont concernées comme les hommes : « Les femmes sont les égales des hommes » (Abu Dawud, 236).
Comment faire le ghusl. Aïcha décrit le bain du Prophète : il se lavait les mains, faisait les ablutions comme pour la prière, faisait pénétrer l'eau jusqu'aux racines de ses cheveux, versait trois poignées d'eau sur sa tête puis de l'eau sur tout son corps (Bukhari, 248). Une femme aux cheveux tressés n'a pas à défaire ses tresses : il lui suffit que l'eau atteigne la racine (Muslim). Le détail des gestes est expliqué dans notre fiche Comment faire les grandes ablutions ? et dans l'entrée ghusl du lexique ; sans eau, on recourt au tayammum.
Ce que la janaba interdit. La prière et la circumambulation de la Kaaba ; pour la majorité des juristes, toucher le Coran et séjourner à la mosquée. Elle n'empêche ni de manger, ni de dormir, ni de faire des invocations. Le jeûne reste valable : le Prophète se levait parfois en état de janaba pendant le Ramadan, se lavait et jeûnait (Bukhari, 1925).
Pendant les règles, la femme ne prie pas et ne rattrape pas ces prières (Bukhari, 321) ; elle rattrape en revanche les jours de jeûne. Elle peut se laver, se doucher, se coiffer ou se couper les cheveux : aucun texte ne l'interdit. Après la purification, Umm Atiyya rapporte qu'on ne comptait pas les pertes jaunâtres comme des règles (Bukhari, 326).

Combien de temps sans rapport ? Ce que disent les savants
C'est l'une des questions les plus posées. Aucun texte ne fixe une durée au-delà de laquelle le mariage serait rompu ; l'idée qu'il suffirait de trois mois sans rapport pour être divorcé est fausse.
Le seul délai coranique concerne l'îlâ', le serment de ne plus approcher sa femme : « il y a un délai d'attente de quatre mois », au terme duquel le mari doit revenir ou divorcer (sourate 2, versets 226 et 227). Les juristes en tirent un principe : on ne laisse pas son conjoint dans l'abandon. Un récit attribué au calife Omar, qui aurait interrogé sa fille Hafsa sur la durée qu'une épouse peut supporter l'absence de son mari (quatre à six mois), est souvent cité, mais ses chaînes sont jugées faibles.
En pratique, une abstinence acceptée par les deux (maladie, grossesse difficile, éloignement pour le travail, choix commun) ne pose pas de problème religieux. Une abstinence imposée sans raison, en revanche, est un manquement ; plusieurs juristes permettent à l'épouse qui en souffre de demander la séparation au juge. Les détails juridiques sont sur la page Le divorce en islam.
Pudeur, dialogue et aide extérieure
La pudeur (hayâ') n'est pas le silence. Les épouses du Prophète et les femmes de Médine lui posaient sans détour des questions sur les règles, le bain ou la vie intime, et il y répondait. Mustafa Kastit décrit dans Les problématiques de la famille musulmane le poids des tabous qui empêchent encore beaucoup de couples de parler de leurs difficultés.
Quand quelque chose bloque (douleur, désir absent, incompréhension, souvenir d'une violence), il est légitime de consulter un médecin, une sage-femme, un sexologue ou un conseiller conjugal, et un imam de confiance pour les questions religieuses. Se faire aider n'a rien de contraire à la religion.












