L'enfant, un dépôt confié aux parents
Le Coran présente les enfants à la fois comme un bonheur et comme une responsabilité : ils sont « l'ornement de la vie de ce monde » (sourate 18, verset 46) et une épreuve (64:15). Il demande aux croyants de « préserver leurs personnes et leurs familles » du Feu (66:6) et de « commander la prière à leur famille » (20:132).
Le Prophète a résumé ce devoir : « Vous êtes tous des responsables et vous serez interrogés sur ceux qui sont sous votre responsabilité » : l'homme de sa famille, la femme de la maison de son époux (Bukhârî, n° 893). Il a dit aussi que tout enfant naît avec une nature tournée vers Dieu, la fitra, et que ce sont ses parents qui orientent ensuite sa religion (Bukhârî, n° 1385). L'éducation consiste donc moins à imposer qu'à protéger et faire grandir ce qui est déjà là.
Un article récent d'Oumma, « Nos enfants n'ont pas à choisir entre leur héritage et la France », développe cette idée de l'enfant comme amâna, un dépôt. Il invite à transmettre la foi sans enfermer et à ne pas mesurer la valeur d'un enfant à ses notes. Asma Uddin raconte, dans Lorsque nos enfants posent des questions au sujet de Dieu, comment répondre aux « Qui a créé Dieu ? » de sa fille de cinq ans en partant de la présence de Dieu partout et toujours.
Les conseils de Luqmân à son fils (sourate 31)
La sourate qui porte son nom présente Luqmân, un sage à qui Dieu a donné la sagesse, en train d'éduquer son fils (sourate 31, versets 12 à 19). On peut y lire un programme complet.
La foi. « Ô mon fils, ne donne pas d'associé à Allah, car l'association est vraiment une injustice énorme » (31:13). Le premier enseignement est le tawhîd, l'unicité de Dieu.
La gratitude envers les parents. Le texte s'interrompt pour rappeler que « sa mère l'a porté, subissant pour lui peine sur peine », et que l'on doit être reconnaissant à Dieu et à ses parents (31:14), sans leur obéir s'ils poussent à l'associationnisme (31:15).
La conscience de Dieu. Même « le poids d'un grain de moutarde », caché au fond d'un rocher, Dieu le fera venir (31:16).
La prière, le bien et la patience. « Accomplis la Salât, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t'arrive avec patience » (31:17).
L'humilité et la douceur. Ne pas détourner son visage des gens par mépris, ne pas marcher avec arrogance, être modeste dans sa démarche et baisser la voix (31:18-19). L'article d'Oumma sur l'adab, l'art du comportement, et Rafik Hiahemzizou dans Les racines du sens moral, soulignent l'actualité de ces conseils. On remarque aussi le ton : Luqmân dit « ô mon fils » (yâ bunayya), une forme affectueuse, et il explique au lieu d'ordonner sèchement.

Tendresse, justice et douceur : le Prophète avec les enfants
Les hadiths montrent un Prophète proche des enfants. Il embrassa un jour son petit-fils al-Hasan devant al-Aqra' ibn Hâbis, qui s'étonna : « J'ai dix enfants et je n'en ai jamais embrassé aucun. » Le Prophète répondit : « Celui qui n'est pas miséricordieux ne recevra pas de miséricorde » (Bukhârî, n° 5997). Il priait en portant sa petite-fille Umâma, la posant à terre pour se prosterner et la reprenant en se relevant (Bukhârî, n° 516). Anas, qui le servit enfant pendant dix ans, raconte qu'il ne lui a jamais dit « ouf », ni demandé « pourquoi as-tu fait cela ? » (Bukhârî, n° 6038). Le Prophète a aussi dit : « Celui qui est privé de douceur est privé de tout bien » (Muslim).
L'éducation passe aussi par la justice entre les enfants. Quand Bachîr voulut prendre le Prophète à témoin d'un cadeau fait à un seul de ses fils, celui-ci lui demanda s'il avait donné la même chose aux autres, puis lui dit : « Crains Allah et sois juste envers tes enfants » (Bukhârî, n° 2587).
Azzedine Gaci rappelle dans L'islam et la miséricorde que la miséricorde envers les enfants est un sentiment naturel que la religion confirme. Nawal Zine, dans Et nos enfants pendant Ramadan ?, décrit un apprentissage « très doux, sans brutalité » : l'enfant découvre la prière en imitant ses parents, en grimpant sur leur dos pendant la prosternation, puis comprend peu à peu.
Apprendre la prière aux enfants : à quel âge et comment ?
La référence est un hadith rapporté par Abû Dâwûd : « Ordonnez à vos enfants de prier quand ils atteignent l'âge de sept ans, et frappez-les pour la prière à dix ans ; et séparez leurs lits » (n° 495 ; voir aussi n° 494). La prière n'est obligatoire qu'à la puberté. Les années qui précèdent servent à l'apprendre.
Beaucoup de familles commencent plus tôt par l'imitation : l'enfant prie à côté de ses parents et apprend la Fâtiha. Vers sept ans, on l'encourage à prier régulièrement, en expliquant le sens des gestes, en valorisant plutôt qu'en punissant.
Reste le mot « frappez ». Les juristes qui l'ont commenté l'ont entouré de limites strictes : jamais au visage, sans blesser ni humilier, et seulement après trois ans d'enseignement patient. De nombreux savants et éducateurs contemporains estiment que le hadith exprime avant tout la fermeté, et rappellent l'exemple du Prophète : Aïcha rapporte qu'il n'a jamais frappé de sa main ni une femme ni un serviteur (Muslim). En France, l'article 371-1 du Code civil dispose que « l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques ». Un enfant qui refuse de prier a besoin de dialogue ; l'émission Comment (re)motiver mon enfant ?, avec les psychologues Myriam Amrani et Nassima Mestari, donne des pistes pour ne pas éteindre sa motivation.

L'allaitement en islam
Le Coran est précis sur l'allaitement : « Les mères, qui veulent donner un allaitement complet, allaiteront leurs bébés deux ans complets. Au père de l'enfant de les nourrir et vêtir de manière convenable » (sourate 2, verset 233). Le même verset ajoute que ni la mère ni le père ne doivent subir de dommage à cause de l'enfant, que le sevrage se décide « après s'être consultés » et qu'il est permis de confier l'enfant à une nourrice.
Deux ans sont donc un maximum recommandé, pas une obligation : une mère qui ne peut pas ou ne veut pas allaiter ne commet pas de faute, et le père doit assurer l'entretien. Tahar Gaïd souligne dans Le vécu communautaire que ce verset impose la concertation des deux parents, et qu'il vaut pour toute l'éducation des enfants.
L'allaitement crée aussi une parenté : les frères et sœurs de lait ne peuvent pas se marier entre eux (4:23), ce qui compte, par exemple, dans une kafala.
Aucun texte n'interdit l'allaitement pendant la grossesse : c'est au médecin d'en juger. Oumma a diffusé les conseils de la sage-femme Samra Abaïdia Seddik sur le jeûne et l'allaitement. Pour les premiers jours de l'enfant, voir aussi naissance et prénoms.
Les droits des parents, et que faire en cas de conflit
Le Coran place la bonté envers les parents juste après l'adoration de Dieu : « Ton Seigneur a décrété : n'adorez que Lui ; et marquez de la bonté envers les père et mère. Si l'un d'eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : “Fi !” et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses » (sourate 17, versets 23 et 24). Le Prophète a compté le manque de respect envers eux parmi les plus grands péchés (Bukhârî, n° 5976). À un homme qui lui demandait qui méritait le plus sa compagnie, il répondit trois fois « ta mère », puis « ton père » (Bukhârî, n° 5971) ; à un autre, il dit de rester auprès de sa mère, « car le Paradis se trouve sous ses pieds » (Nasâ'î, n° 3104).
Cette bonté vaut aussi envers des parents non musulmans : le Prophète l'a confirmé à Asmâ' bint Abî Bakr au sujet de sa mère (Bukhârî, n° 2620).
Mais bonté ne veut pas dire obéissance en tout. Le Coran précise : « Si tous deux te forcent à M'associer, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable » (31:15), et le Prophète a dit : « L'obéissance n'est due que dans le bien » (Bukhârî, n° 7257). En cas de conflit, avec sa mère, sur un choix d'études ou de mariage, la voie recommandée reste le respect dans la parole : expliquer, patienter, se faire aider par un proche, un imam ou un thérapeute familial ; Mustafa Kastit, dans son étude sur la famille musulmane, plaide pour ce recours sans tabou.
Invocations pour protéger ses enfants et pour ses parents
Les invocations (du'â) occupent une grande place dans l'éducation. Le Prophète récitait sur ses petits-fils al-Hasan et al-Husayn une formule de protection héritée d'Abraham (Bukhârî, n° 3371), reproduite ci-dessus avec les invocations coraniques pour les enfants : celle des croyants qui demandent « la joie des yeux » (25:74), celle d'Abraham pour une descendance qui prie (14:40), celle de Zacharie (3:38). La mère de Marie, à la naissance de sa fille, la plaça « ainsi que sa descendance » sous la protection de Dieu contre le Diable (3:36). On récite aussi sur les enfants, le soir, les sourates protectrices, comme dans les invocations du matin et du soir.
Les invocations pour les parents sont tout aussi importantes, de leur vivant comme après leur mort. Le Prophète a dit : « Quand une personne meurt, ses œuvres s'arrêtent, sauf pour trois choses : une aumône continue, un savoir dont on profite, ou un enfant pieux qui prie pour elle » (Muslim ; Abû Dâwûd, n° 2880). Éduquer un enfant, c'est donc aussi préparer celui qui priera pour ses parents. Pour d'autres invocations, voir la page invocations et dhikr.




















