Saïd BranineBienvenue dans Esprit d'actu. Je reçois aujourd'hui la famille Msekni, qui ont été privés de leurs cinq enfants par les services sociaux.
Merci Aïcha Msekni d'avoir accepté notre invitation. Alors, est-ce que vous pouvez revenir sur cette fameuse journée du 29 janvier où vous avez été privée de vos enfants ?
Oui. Le jeudi 29 janvier au matin, ma sœur devait venir m'aider à préparer les bagages pour qu'on puisse partir en Tunisie. Et au moment où elle arrive, il y a trois policiers qui sont arrivés en même temps qu'elle. Donc j'ai eu le temps de me voiler parce que ma sœur m'a prévenue. Et ils m'ont dit qu'ils venaient pour mes enfants qui n'étaient pas scolarisés. Alors que mes enfants sont scolarisés depuis trois ans, ils étaient à l'école au moment où ils sont venus, à part mon fils de 5 ans qui était malade, qui avait de la fièvre ce matin-là. Donc quand il est rentré, il a vu que on préparait des bagages. Et le policier, l'homme, il y avait deux femmes et un homme, l'homme est sorti. Il a dû rester au moins une vingtaine de minutes dehors, je pense au téléphone. Et il est rerentré avec plusieurs policiers et des personnes des services sociaux. Et à ce moment-là, ils me disent : « On vous enlève les enfants. » Donc sur le moment, j'ai pas compris. On vient parce que mes enfants ne sont pas scolarisés, et après on rentre en me disant qu'on m'enlève mes enfants.
Donc je leur ai demandé de m'expliquer pourquoi, ils m'ont pas donné de réponse. Ils ont pris les petits, ils m'ont dit de faire des sacs. Et ils m'ont amenée au commissariat pour me questionner. Et on m'a posé des questions sur sur mon mari. On m'a demandé où est-ce qu'il était, mon mari. Donc je leur ai répondu qu'il était en Tunisie. On m'a dit que je mentais. On n'a pas voulu me croire. On m'a dit qu'il était en Syrie. Donc je leur ai donné son numéro de portable en Tunisie, un numéro tunisien. Il m'a dit peut-être qu'il avait un numéro tunisien et qu'il appelait en Syrie avec. Donc je leur ai donné un numéro de fixe. Je leur ai dit : « Il m'a appelée la veille avec. » Il m'a dit : « Il a pu vous appeler la veille et le matin partir en Syrie. » Donc pour eux, ils étaient sûrs que mon mari était en Syrie.
Et au jour d'aujourd'hui, on a changé le chef d'accusation, puisqu'on a dû vérifier que mon mari était bien en Tunisie, il est rentré de Tunisie. Et le chef d'accusation est passé sur maltraitance sur enfant. Alors qu'on m'a jamais posé de questions sur mes enfants, sur la maltraitance. J'ai jamais eu d'enquête des services sociaux, j'ai jamais eu de problème, ni une assistante sociale qui est venue chez moi, jamais. Voilà.
Saïd BranineEst-ce que vous avez revu vos enfants depuis ?
J'avais pas revu mes enfants. Mais grâce à l'association et aux gens qui se sont rassemblés devant le conseil général, j'ai eu droit à une visite pour mon bébé de 3 mois aujourd'hui. J'ai pu le voir qu'une heure. Donc voilà, ça a été difficile de le laisser au bout d'une heure.
Saïd BranineC'est votre enfant que vous allaitez actuellement ?
Voilà. J'ai pu l'allaiter juste aujourd'hui.
Saïd BranineVous avez le droit seulement à une heure de visite par jour, c'est ça ?
J'ai droit qu'à une seule visite, c'était pas une visite par jour. On m'a dit juste aujourd'hui pour en attendant le jugement, c'est tout.
Saïd BranineEt on n'a pas fixé de date pour le jugement ?
J'ai toujours pas de date. Ça va faire depuis le 29 que j'ai pas vu mes enfants et on n'a toujours pas fixé de date.
Saïd BranineAlors hier vous vous êtes rendue à la mairie de Bourgoin-Jallieu. Est-ce que vous avez été soutenue par le maire ?
Le maire était pas présent, il ne pouvait pas être présent. C'est l'adjoint qui est arrivé. Mais ça a un peu servi à rien. Il a dit qu'il pouvait rien faire, qu'il avait pas de pouvoir sur la justice. Il pouvait juste demander à ce que le dossier soit accéléré, mais c'est tout.
Saïd BranineVous avez rencontré aujourd'hui la la présidente du centre social ? Qu'est-ce qu'elle vous a dit exactement ?
La même chose que ceux d'hier. Qu'elle ne pouvait rien faire, qu'elle va se renseigner et qu'elle pouvait faire accélérer le dossier. Tout le monde me répète la même chose, tout le monde se renvoie la faute l'un sur l'autre et le dossier n'avance pas.
Saïd BranineEt qu'est-ce que vous comptez faire maintenant ?
On a pris des avocats et on nous a dit d'attendre la date de jugement. On nous a dit qu'on pouvait rien faire si on n'avait pas une date de jugement.
Saïd BranineAïcha, vous voulez peut-être ajouter quelque chose ?
Oui. J'ai demandé à ce qu'on donne des biberons de mon lait que j'ai tiré pour mon bébé, ça a été refusé. Et j'ai demandé même à ce qu'on m'enferme avec mes enfants dans un centre, même surveillé, mais au moins qu'on me rassemble avec mes enfants pour que je puisse allaiter mon bébé de 3 mois. Et ça a été refusé, on me donne pas de réponse. Donc voilà, je veux même si on m'enferme avec mes petits, mais en attendant le jugement. Je suis prête à accepter d'être enfermée avec mes enfants en attendant le jugement.
Saïd BranineMerci Aïcha d'avoir accepté de témoigner. Donc un témoignage particulièrement émouvant. Merci à vous. Merci Meher Msekni d'avoir accepté cet entretien. Alors vous êtes le père des enfants, donc le mari de Aïcha. Alors vous, on vous reproche d'avoir préparé un voyage en Syrie.
Meher MsekniLa première chose à laquelle quand ils ont questionné ma femme en lui disant : « Voilà votre mari il est en Syrie », et de lui dire « Vous préparez un voyage en terre djihadiste », c'est la première fois que je vois quand même quelqu'un qui va partir en terre djihadiste partir avec son frigo et tous ses affaires de la maison. Ça c'est la nouvelle qu'on vient d'apprendre quoi.
Saïd BranineVous n'avez jamais été en Syrie ?
Meher MsekniJamais. Car j'ai montré mon passeport même sur quand on m'a filmé, j'ai bien montré mon passeport : la date d'entrée en Tunisie et la date de sortie. Je suis rentré le 1er, je suis sorti le 30. Donc c'est ce qui prouve, de toute façon moi j'avais rien à cacher, c'est pour ça je suis revenu, je suis revenu pour demander le droit de mes enfants, qu'on me redonne mes enfants et puis que je voudrais des explications face à l'injustice et le manque de droit quand qu'on m'enlève mes enfants et qu'on m'enlève le petit de 3 mois que lui était en train d'allaiter. Après, le mardi le mardi, certes, j'ai vu sur Le Dauphiné que j'étais soupçonné d'avoir été sur une certaine violence qu'on me soupçonnait d'avoir...
Saïd BranineDe violence à l'égard de vos enfants.
Meher MsekniÀ l'égard de certains enfants, et puis de passer directement que moi j'étais mauvais avec mes enfants, que moi j'étais radical. Radical, djihadiste, tout ça, nommé tout ça. Quand ils ont vu quand ils ont vu qu'ils ont fait une bêtise, alors mardi matin ils m'ont pris pour en garde à vue. La cause, c'était maltraitance, maltraitance sur des enfants. Donc j'y vais, je reste 48 heures, soit-disant voilà, soupçonné d'avoir commis un acte, tout ça, que le dossier il est donc c'est les avocats qui s'en occupent et la justice. Moi ce que je demande, aujourd'hui maintenant que je suis sorti de garde à vue, je demande récupérer mes enfants dans l'urgence. Dans l'urgence, car ces enfants-là n'ont jamais quitté comment dire ? leur père ou leur mère.
Saïd BranineMerci Meher Msekni pour ce témoignage. Merci Abdelaziz Chaambi d'avoir accepté notre entretien. Alors vous êtes président de la Coordination contre le racisme et l'islamophobie, vous suivez ce dossier. Alors vous, vous avez publié un communiqué dans lequel vous affirmez que vous êtes choqué par ces décisions « liberticides et à géométrie variable ».
Abdelaziz ChaambiOui, tout à fait. Nous, on a été alerté sur le cas de cette famille, qui est un cas révoltant, scandaleux, qui est qui est qui est une première à de ce que je sais. Parce que jusqu'à maintenant, moi j'ai été travailleur social pendant 30 ans, je n'ai pas à ma connaissance vu une maman à qui on enlève un nourrisson de 3 mois alors que j'ai vu des familles où il y avait l'inceste, où il y avait la drogue, où il y avait l'alcool, où il y avait où il y avait la décadence, et pourtant on n'a pas enlevé un bébé au sein de sa mère. C'est inhumain, c'est criminel, c'est irresponsable.
Aujourd'hui, les autorités françaises essaient de camoufler une bavure judiciaire, une bavure administrative. Comme l'a dit Meher, le père, il n'y a pas eu d'enquête sociale, il n'y a pas eu de d'enquête ou d'étude enfin comment dirais-je ? d'étude psychologique du cas des enfants. Et le procureur s'est permis comme ça, à partir d'un d'un fantasme qu'il a eu avec la vague et et la psychose à l'islamisme, au djihadisme, il a décidé comme ça de détruire une famille et de détruire des gosses qui vont avoir des traumatismes à vie. Parce que quand on arrache un enfant à sa maman à l'âge de 3 mois et qu'on refuse que le lait de la mère soit donné à cet enfant, moi je dis il n'y a pas plus barbare que ça. Même à la SPA, on connaît des gens à la SPA qui travaillent, ils nous ont dit : « Quand on amène une chienne avec ses chiots, on la sépare pas de ses maman, on laisse les chiots téter leur mère. » Alors quand il s'agit d'un être humain... Mais sauf que malheureusement aujourd'hui en France une musulmane et un musulman sont traités moins que des chiens. Et ça, ça révolte les gens.
Alors nous, on essaie de calmer effectivement les esprits qui s'échauffent, mais on veut que les autorités prennent leurs responsabilités. On a fait une manifestation avant-hier devant la mairie de Bourgoin-Jallieu, on nous a dit : « On va essayer, on va essayer. » On est revenu le lendemain pour le résultat à 15 heures, on était à peu près 200-300 personnes. On a vu qu'on nous menait en bateau, parce que les autorités voulaient camoufler l'erreur qu'avait commise le procureur. On a décidé de marcher sur le Conseil général de l'Isère. On a on est parti au Conseil général, qui avait déjà prévu l'affaire, ils avaient annoncé que le le le Conseil général serait fermé, hier il était fermé, ils ont dit : « Il rouvrira vendredi. » Parce que nous, on avait annoncé qu'on irait directement voir les élus et le service de l'action sociale. On est quand même arrivé à entrer et on s'est imposé, on a exigé qu'une délégation donc la maman, le grand-père, enfin une délégation en tout cas est montée voir le directeur de l'action sociale, qui a promis que aujourd'hui, c'est-à-dire ce matin, Aïcha pourrait voir le bébé et pouvoir l'allaiter, rester une heure avec lui. Donc c'est c'est un petit acquis, c'est une petite avancée qui nous a permis un petit peu de souffler et de dire : voilà. Nous, on veut maintenant que les enfants reviennent définitivement à leur famille. Et on se réserve le droit en tout cas d'attaquer le procureur de la République qui, sur France 3, nous nous sort un concept criminalisant qui est nouveau, qu'on connaissait pas, c'est « le milieu culturel radical ». J'aimerais bien qu'il nous explique qu'est-ce que c'est un milieu culturel radical. On nous a parlé des islamistes, on nous a parlé des djihadistes, on nous parle d'islam radical, on sait toujours pas ce que c'est. Maintenant Monsieur le procureur de Bourgoin rajoute une notion inconnue au bataillon, il nous dit : « un milieu culturel radical. C'est pour ça que j'ai enlevé les gosses. » Et nous on dit, ça, ça s'appelle de l'islamophobie pure, et ça s'appelle de l'irresponsabilité. Et on demande que Madame Taubira, ministre de la Justice, prenne ses dispositions pour enquêter, pour sanctionner ce procureur. Et nous, on ne se réserve pas de toute façon, et on ne va pas lâcher l'affaire, on va amener l'affaire en justice parce que ça ne peut pas aller comme ça.
Saïd BranineMerci à vous, Abdelaziz Chaambi, d'avoir accepté cet entretien. Donc à très bientôt pour un autre numéro de l'Esprit d'actu.