Shakeel SiddiqBismillah al-Rahman al-Rahim. Nous allons nous arrêter sur un des instants très importants de la vie du Prophète, sallallahu alayhi wa salam, un instant pénible où il a énormément souffert, comme il le dira d'ailleurs plus tard à son épouse Aïcha : ce voyage qu'il va effectuer de La Mecque vers Taëf, située à environ 60 ou 70 km de la cité mecquoise.
Pourquoi ce voyage, qui a lieu environ trois ans avant l'Hégire ? Tout simplement parce que le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, voit mourir son épouse Khadija ainsi que son oncle Abou Talib, qui était à la fois le chef de son clan et son protecteur.
L'épreuve de Taëf et le refuge dans le verger
Pour bien comprendre la situation sur le plan politique et social, le messager de Dieu n'est plus protégé à La Mecque, ce qui signifie qu'il peut être tué à n'importe quel moment. C'est ainsi que le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, se rend à Taëf, qui est peut-être la deuxième ville idolâtre importante dans la péninsule arabique, y compris sur le plan politique. Il s'y rend avec son fils adoptif Zayd afin d'obtenir le soutien de Thaqif, qui le protégerait de l'hostilité mecquoise. Malheureusement, le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, est rejeté par les esclaves, les plus sots et les jeunes, qui lui jettent des pierres.
Le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, se retrouve à quitter Taëf en courant, en train de saigner. Son fils adoptif Zayd le protège, et ils entrent dans un verger. Ce verger appartient à deux grands ennemis du Prophète, sallallahu alayhi wa salam, Otba et Chayba, qui mourront d'ailleurs lors de la première grande bataille de l'islam, la bataille de Badr. Ils entrent dans ce verger ensanglantés, et le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, est totalement perdu.
Il ne peut plus retourner à La Mecqueson protecteur, son oncle Abou Talib, étant mort, il sait qu'en rentrant, il sera tué par les autres clans mecquois. En même temps, le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, a tout fait dans ce bas monde dans le cadre des règles posées par Dieu, qui sont les causes et les effets découlant de ces causes. Sur Terre, Allah Subhanahu wa Ta'ala demande aux croyants de provoquer des causes pour arriver à des effets. C'est ce que nous enseigne ici le Prophète, sallallahu alayhi wa salam : il n'attend pas une protection divine venue du ciel, mais Dieu exige de lui qu'il se rende à Taëf pour obtenir le soutien d'une tribu. Cela se passe sur Terre.
L'invocation du Prophète et la rencontre avec Addas
Ne pouvant plus aller à La Mecque et ayant été rejeté de Taëf, le Prophète ne sait plus où aller. Dans ce verger, le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, fait une très belle invocation qui montre à quel point il est perdu. Il pense à ce moment-là qu'Allah Subhanahu wa Ta'ala est peut-être en colère contre lui, comme s'il avait commis une erreur qui lui échappait totalement. Peut-être qu'Allah Subhanahu wa Ta'ala lui envoyait là comme un châtiment ou un avertissement. Le messager de Dieu ne savait plus quoi faire ni vers où se tourner, mais il s'est tourné vers son Créateur. Tel doit être le réflexe du croyant lorsqu'il est perdu.
Il lève ses bras et prononce cette belle invocation que l'on peut lire dans les ouvrages de Sira. Le point fondamental de cette invocation est lorsque le messager de Dieu, sallallahu alayhi wa salam, dit : « Ô mon Seigneur ! Si Tu n'es pas en colère contre moi, alors je ne me fais aucun souci. Mais la miséricorde venant de Toi m'est beaucoup plus agréable. »
À ce moment-là, Addas, un esclave chrétien appartenant à Otba et Chayba, les propriétaires du verger, s'approche, envoyé par ses maîtres. Il s'approche avec une grappe de raisin pour l'offrir au Prophète, sallallahu alayhi wa salam, qui dit : « Bismillah », au nom de Dieu. Il mange de ce fruit, et le chrétien lui dit que ce sont des mots que l'on n'entend pas dans la région, car il y avait essentiellement des idolâtres dans cette partie de la péninsule arabique. Le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, l'interroge sur ses origines, et Addas répond qu'il vient de Ninive, en Irak. Une conversation s'installe, et cet homme a foi dans la prophétie de Muhammad, sallallahu alayhi wa salam, avant que ses maîtres ne le rappellent.
Le sens spirituel et le lien avec le Ramadan
Quel est le rapport entre cette histoire et le mois de Ramadan ? Ce rapport est clair et d'ordre spirituel. Si l'on revient à l'histoire du Prophète, sallallahu alayhi wa salam, le messager de Dieu a fait une invocation : il est perdu, il craint la colère d'Allah, et la réponse est immédiate. Allah Subhanahu wa Ta'ala lui envoie un homme qu'il ne connaît même pas, qui se convertit entre ses mains en ayant foi dans le message de Muhammad, sallallahu alayhi wa salam.
S'y ajoute cette grappe de raisin très symbolique, un fruit sucré, comme si l'on venait récompenser le messager de Dieu, lui offrir quelque chose et l'illuminer. Il s'agissait d'un signe venant directement d'Allah Subhanahu wa Ta'ala, montrant de manière claire, pour revenir à ce sujet du monde des causes à effets, qu'Allah Subhanahu wa Ta'ala n'était pas en colère contre lui, mais qu'Il soutenait Son protégé et Son messager.
Il en est de même pour nous, car nous pouvons vivre et observer ces signes en tant que croyants. Mais il faut être à la hauteur sur le plan spirituel, tel que l'était le prophète Muhammad, sallallahu alayhi wa salam. Revenir au mois de Ramadan est une opportunité qu'Allah Subhanahu wa Ta'ala nous donne chaque année pendant un mois. C'est le mois du Coran, le mois de la prière en groupe, at-tarawih, le mois où l'on souffre de la faim pour Allah Subhanahu wa Ta'ala, où l'on se réveille le matin pour manger et faire la prière.
C'est un mois riche en spiritualité qui devrait nous amener à la piété, la taqwa, et à cet état spirituel qui nous permettra, comme le Prophète, sallallahu alayhi wa salam, d'observer ces signes d'Allah Subhanahu wa Ta'ala. Dieu sait qu'il y en a beaucoup : ils passent tous les jours près de nous. Est-ce qu'on les observe ? Est-ce qu'on est à la hauteur pour les voir ? Allah Subhanahu wa Ta'ala, par miséricorde, nous a prescrit ce mois béni, à nous d'en profiter.
Salam aleykoum wa rahmatullahi wa barakatuh.