Saïd BranineBienvenue dans L'esprit de l'actu pour un débat sur la détermination du premier et dernier jour du mois de Ramadan.
Bienvenue messieurs sur Oumma TV. Ahmed Jaballah, vous êtes directeur de l'Institut européen des sciences humaines à Saint-Denis. Vous avez été également président de l'UOIF. Chems-Eddine Hafiz, vous êtes vice-président du Conseil français du culte musulman. Vous êtes également conseiller juridique de la Grande Mosquée de Paris. Alors messieurs, on va revenir un petit peu sur le ramadan 2013. C'est le moins qu'on puisse dire, il y a eu une grosse cacophonie. On va peut-être un petit peu rappeler le contexte de 2013, donc le CFCM avait décidé pour la première fois de fixer le mois de Ramadan, le premier jour du mois de Ramadan à l'avance, sur la base d'un calendrier islamique fondé sur le calcul astronomique. La date du mardi 9 juillet a été décidée. Les musulmans avaient commencé à jeûner. Et le lendemain, enfin mardi 9 juillet, on décide de reporter le premier jour du mois de Ramadan au mercredi 10 juillet. Alors comment expliquez-vous cette cacophonie ?
Chems-Eddine HafizAlors moi, je voudrais commencer d'abord, bismillah ar-rahman ar-rahim. Je voudrais expliquer la situation de l'intérieur. D'abord ce travail est un travail qui a été lancé depuis plusieurs années par le CFCM, parce qu'il s'agit d'une question importante. Il faut aujourd'hui que les musulmans qui vivent en France puissent à la fois prier aux mêmes heures et surtout commencer le premier jour et le terminer pratiquement en même temps. Ça c'était pour nous la question la plus importante. On savait qu'il y avait une une question à la fois sur sur le le le le calcul et sur la vision qui était quelque chose qui était en train de se poser. Et le Conseil français du culte musulman, dans lesquels se trouvait l'ensemble des fédérations composant l'Islam de France à 98,98 %, se sont réunis le 9 mai 2013 pour effectivement retenir comme mode de calcul cette cette le calcul en lui-même comme étant la base même de la fixation du premier jour et du dernier jour du Ramadan. Ce qui a été décidé ce jour-là, nous avons pris toute une journée, ça a été une journée scientifique où il y a eu énormément de personnalités qui sont venues d'un peu partout d'Europe pour en parler. Et nous avons ensemble signé un document qui était un peu la résolution qui avait été arrêtée. Et à partir de là, nous avions tous convenu à la fois de ce calendrier et mieux encore, on s'était engagé pour que les heures des prières soient négociées entre nous et discutées pour que nous puissions apporter des solutions à l'ensemble de la communauté musulmane pour que notamment pour certaines prières dans la journée, qu'il y ait à ce moment-là une prière aux mêmes heures. Alors il y a eu cacophonie, pourquoi ? Parce que effectivement le rattage qu'il y a eu, parce qu'il faut, je fais mon mea culpa en tant que CFCM, c'est que je pense qu'il y a eu deux éléments que nous n'avons pas pris en considération pendant cette journée. D'abord, nous étions conscients qu'il fallait faire un travail de pédagogie vis-à-vis de la communauté musulmane. On ne pouvait pas comme ça d'un d'un coup de baguette magique dire à la communauté musulmane, à partir de maintenant vous allez faire le jeûne tel jour. On avait fixé le 9 juillet déjà au mois de mai 2013. On avait fixé la date du 9 juillet. Ce qui s'est passé en réalité c'est que la communauté musulmane a très mal perçu la chose. Elle n'a pas compris ce que nous voulions lui imposer sans passer par cette symbolique qui est la veillée donc de de de de du premier jour du Ramadan. Les gens se rencontrent, il y a un aspect festif à prendre en considération. Et moi je peux vous dire, j'ai été frappé par des personnes qui sont venues à la mosquée nous dire : « Mais attendez, vous voulez aujourd'hui que notre religion et que le premier jour du Ramadan se en fin de compte se termine par un premier jour. C'est-à-dire que mon enfant qui va commencer à 12, 13 ans à faire le Ramadan, il verra que dans 20 ans, il fera le Ramadan tel jour, telle heure, point. Y a rien d'autre. » Et nous avons compris à ce moment-là, et des des théologiens et notamment ceux de la Mosquée de Paris, moi j'assume ma position, les théologiens de la Mosquée de Paris étaient fondamentalement opposés au calcul. Pour eux, il n'y a de légitimité dans la fixation du premier jour du Ramadan que la vision. Il n'y a pas d'autre possibilité. Mais malgré cela, le recteur, à l'occasion donc de de de notre rencontre du 9 mai, nous avons dit : la la seule préoccupation que nous avons en tant que musulmans, c'est avant tout d'assurer l'unité de la communauté musulmane de France. Et à ce titre-là, il n'y a pas aujourd'hui d'ambiguïté, parce qu'on a entendu dire que notre communiqué du CFCM était ambigu, on ne comprenait pas. Non, nous sommes dans une période de transition. Et le deuxième point, je m'excuse d'avoir été un peu long, le deuxième point c'est que vous avez parlé de de de de Guessoum qui est connu dans dans dans ses recherches à ce niveau-là. Nous, je pense que nous avons commis une petite erreur d'appréciation le 9 mai, c'est que nous avons pris en considération le monde comme étant universel. Et que là où on voit, je dirais, le croissant lunaire, à partir de là il faut que nous puissions faire le Ramadan. Guessoum propose de couper le monde en deux : le nouveau monde et l'ancien monde.
Saïd BranineC'est un calendrier bizontal.
Chems-Eddine HafizVoilà.
Saïd BranineOn y reviendra tout à l'heure.
Chems-Eddine HafizVoilà, c'est un peu et c'est pour cela je pense, pour répondre à votre question, cette cacophonie elle elle elle est un peu liée à cela et elle est liée après à des aspects politiques puisqu'il faut rappeler que le CFCM était en pleine période électorale. Il y a eu la fin de la réforme qui n'a pas plu à certaines personnes et qui a fait qu'effectivement on était dans une situation un peu compliquée.
Saïd BranineUn commentaire sur la cacophonie de 2013 ?
Ahmed JaballahOui. Alors 2013, tout d'abord moi je rappelle que la question elle ne date pas de quelques années. Moi je me rappelle bien que c'est depuis le début des années 80, la question a été toujours posée.
Saïd BranineOui.
Ahmed JaballahAlors dire aujourd'hui que la communauté n'est pas suffisamment prête, à mon avis le débat était toujours présent et moi j'en témoigne parce que personnellement j'ai assisté des années et des années à la Mosquée de Paris même où on parlait justement du calcul scientifique comme un élément qui peut rassembler les musulmans au-delà des divergences qui nous viennent du monde musulman, car les annonces de la vision du croissant sont des annonces toujours tous les ans qui ne s'accordent pas. Et deuxièmement, je pense que nous avons travaillé l'année dernière suffisamment entre les différentes fédérations qui composent le CFCM pour se mettre d'accord, y compris sur un texte. Nous avons, je me rappelle bien, bien discuté le texte mot à mot pour justement que l'accord soit un accord avec vraiment unanimité entre les différentes parties. Je pense que chacune des fédérations, elle a consulté ses instances théologiques. Et moi, permettez-moi Maître Hafiz, de me demander comment la le le la commission théologique de la Mosquée de Paris va s'opposer alors que normalement chaque fédération, elle a travaillé aussi au sein de sa fédération pour se mettre d'accord sur le principe. Et encore, il y a eu une réunion dans la Nuit du doute qui a confirmé le même accord. C'est ça le problème. Et c'était le lendemain qu'il y a eu cette annonce que : non, c'est pas le mardi le premier jour du Ramadan, mais c'est le mercredi. À mon avis ce retour sur cette décision, moi je je trouve pas d'explication. Je vais pas aller chercher des des des raisons que je connais pas. Mais à mon avis ça ça reste quand même un un grand point d'interrogation, pourquoi il y a eu ce retour alors qu'il y avait un accord. Je rappelle également qu'avant le mois de mai où il y avait le colloque qui a regroupé toutes les fédérations, nous avons signé Maître Hafiz, je sais pas si vous vous souvenez, un communiqué commun entre l'UOIF et la Mosquée de Paris.
Chems-Eddine HafizOui.
Ahmed JaballahC'était sur le même principe.
Chems-Eddine HafizAbsolument.
Ahmed JaballahEt par rapport à la question de de l'annonce, la festivité du début du Ramadan, nous avons pris ça en compte dans la déclaration commune des sept fédérations pour dire : il est bien que les mosquées, les fédérations puissent également célébrer le premier jour, mais ne laissons pas les musulmans en suspens attendre jusqu'à une heure tardive pour connaître le début. Et c'est surtout la fin du Ramadan, parce que le problème c'est un problème pratique. Aujourd'hui les musulmans qui sont dans les institutions, qui sont des fonctionnaires, les étudiants au moment bien sûr de l'année scolaire et cetera, ils ont besoin quand même de connaître, d'avoir un calendrier préétabli qui va faciliter aux musulmans de bien fêter dignement leur fête religieuse. C'est une question purement pratique. Et le fait de tenir, je vais pas évoquer tous les débats sur les questions en fait théologiques et juridiques, et et et permettez-moi, aujourd'hui les musulmans, le fait de s'attacher avec une vision oculaire, ils sont en train de dire à tout le monde que l'islam c'est une religion qui ne reconnaît pas la science. Aujourd'hui, on est quand même dans le XXIe siècle où le calcul scientifique, l'astronomie devient une science exacte. Et aujourd'hui, nous l'avons nous l'appliquons d'ailleurs pour fixer les heures de prière, pour revenir aux heures de prière. Pourquoi aujourd'hui les musulmans ne vont pas consulter le soleil ou le coucher de soleil ? Ils ont un calendrier à l'intérieur de la mosquée et ils la pratiquent. Moi je dirais, c'est la même logique. C'est-à-dire le mouvement du soleil, le mouvement de la lune, aujourd'hui il est possible de le calculer scientifiquement. Alors je pense aujourd'hui qu'il y a une responsabilité des fédérations, parce que il y a deux approches : soit on va dire : on on va suivre un petit peu, mais suivre qui ? Moi je je me demande aussi, est-ce que qui dit que la communauté n'est pas prête ? Dernièrement, il y a un sondage communautaire sur un site communautaire sur c'est un choix pour les musulmans pour fixer comment ils doivent jeûner, il y a largement presque 50 % des musulmans qui se prononcent en faveur du calcul scientifique. Car il faut se rappeler d'une chose, que les musulmans de France, selon les études, à peu près 80 % et au-delà observent le mois de Ramadan. Mais parmi ces 80 %, il n'y a pas plus de 10 % qui fréquentent les mosquées. Et ces 80 % des musulmans qui sont là dans la société, ils sont prêts et ça les arrange le fait d'avoir ce calendrier. Alors aujourd'hui, je pense c'est la responsabilité des fédérations et de ne pas laisser aujourd'hui cette question à des personnes qui ont des avis qu'on peut les respecter et laisser de côté, à mon avis, une grande majorité au niveau de la communauté musulmane. On peut même commander une étude sociologique pour voir qu'il y a une large majorité aujourd'hui dans la communauté musulmane qui est plutôt pour un calcul qui va définir un calendrier musulman pour pour les les fêtes, le mois de Ramadan...
Chems-Eddine HafizSi vous permettez...
Saïd BranineRapidement sur cette question parce qu'il faut qu'on aborde la Nuit du doute qui aura lieu le 27 juin.
Chems-Eddine HafizMoi je voudrais simplement dire à Si Ahmed Jaballah qu'effectivement nous avons vécu ensemble une période et il n'y a pas de divergence, il n'y a pas de de, je dirais, d'opposition entre les différentes fédérations. Il y a eu à un moment donné, pendant la nuit du du 8 au 9 juillet, au niveau de la de la Mosquée de Paris, de pratiquement toutes les mosquées de France, il y a eu une levée de boucliers sur la décision qui a été prise. Ce n'est pas des théologiens, ce n'est pas une comité de théologiens qui a voulu s'opposer.
Ahmed JaballahMalgré ça, vous avez signé.
Chems-Eddine HafizOui, oui, oui.
Ahmed JaballahC'est pour ça que vous avez pris votre responsabilité aussi.
Chems-Eddine HafizMais attendez, mais nous nous sommes là pour essayer de servir notre communauté, Si Ahmed. C'est ça notre but, à vous et à nous tous. On n'est pas là pour essayer de de de faire des guerres de clans en disant : moi je vais essayer de fixer tel jour. Je crois qu'on a tous un un un niveau de maturité, de responsabilité pour éviter de tomber dans ce genre de travers. Mais il y a eu ce problème. Ce problème a été posé entre le moment où la décision a été prise et le lendemain. Rappelez-vous quand même que je vous dis, dans la soirée moi on m'a sorti du lit à 11h du soir, j'ai été à la Mosquée de Paris à 11h du soir où il y avait véritablement des personnes qui étaient là pour crier leur leur leur opposition à cette décision qui avait été prononcée. Toute la matinée, le standard de la Mosquée de Paris a été pris d'assaut et quand je dis Mosquée de Paris c'est pas en terme de lieu, vous savez quand même que nous représentons plusieurs lieux de culte à travers la France. Tout le monde nous appelait pour nous dire c'est la panique générale. Et c'est à ce niveau-là qu'il y a eu une réunion à 11h du matin le 9 juillet avec les fédérations, on vous a même appelés pour dire : il faut absolument qu'on essaie de trouver une solution. Et la décision, je crois qui a été sage et que tout le monde a suivie, c'était de considérer que le premier jour du Ramadan était le 10.
Ahmed JaballahRapidement sur cette question.
Saïd BranineOui, rapidement sur cette question.
Ahmed JaballahÀ mon avis le problème est venu avec le retour sur la décision, parce que je pense que si tout le monde ont ont maintenu l'année dernière la même déclaration, malgré qu'il y a certaines oppositions mais à mon avis c'était pas majoritaire, mais c'est le problème que il y avait annonce et après on annule la même annonce, c'est ça qui a créé tout le problème.
Chems-Eddine HafizExcusez-moi...
Ahmed JaballahEt il faut pas dire que c'est le problème du calcul qui a créé le...
Chems-Eddine HafizJe dis pas que c'est le calcul, je dis pas que c'est le calcul.
Ahmed JaballahC'est le retour sur la décision.
Chems-Eddine HafizMais en tout cas, les réseaux sociaux alors je crois qu'on a pas la même lecture des réseaux sociaux. Moi, encore pas plus tard qu'avant de venir à cet à cet entretien, les réseaux sociaux pour la grande majorité refusent aujourd'hui la la le calcul. Regardez ce qu'ils disent. Nous nous avons des messages en permanence qui sont dirigés vers le standard de la Mosquée de Paris où ils nous disent : « Ne faites pas encore la même erreur, nous voulons nous baser sur... »
Ahmed JaballahÇa existe des deux.
Saïd BranineDonc quand vous me dites 50 %, est-ce que il faut qu'on essaie de réunir tout le monde ?
Ahmed JaballahMais tout le problème, à mon avis tout le problème qui se pose aujourd'hui à la fois à toutes les fédérations, tous les responsables musulmans, est-ce qu'ils doivent être effectivement prendre leur responsabilité pour essayer quand même de guider une communauté ? Tout le monde sait que tout le monde n'est pas suffisamment instruit en matière religieuse, calcul et cetera. À mon avis, aujourd'hui vous avez des gens par exemple qui s'opposent à des prêches en langue française dans les mosquées. Vous avez des gens qui disent que c'est c'est illicite, c'est pas... Mais est-ce que on doit on doit les suivre ? Non. Je trouve aujourd'hui que beaucoup de mosquées le font parce que à un moment donné, il faut que les responsables...
Chems-Eddine HafizLa Mosquée de Paris ne le fait pas.
Ahmed JaballahLe ne le fait pas. Mais aujourd'hui, il y a quand même une forte demande et c'est c'est c'est répandu et c'est accepté. C'est-à-dire il y a plus de personnes aujourd'hui qui contestent que on peut faire un prêche en langue française. À mon avis, c'est ça, il y a toujours une responsabilité des fédérations, des grandes mosquées pour essayer de de de de d'ouvrir des voies à ce que notre communauté puisse vivre également son temps et son contexte, parce qu'aujourd'hui on est dans un contexte français, ça nous exige d'avoir un calendrier défini. Je pense c'est une...
Chems-Eddine HafizJe suis d'accord avec vous.
Ahmed JaballahOui, c'est une action citoyenne aujourd'hui qu'il faut mener.
Saïd BranineParlons maintenant du premier jour du mois de Ramadan pour 2014. Donc il y aura une Nuit du doute qui sera organisée le 27 juin. Alors comment va se dérouler cette Nuit du doute ?
Chems-Eddine HafizAlors tout le monde est d'accord pour que nous puissions nous retrouver, c'est c'est c'est la base du communiqué qui a été publié par le Conseil français du culte musulman, de se réunir donc à 18h au siège de la Mosquée de Paris. L'UOIF a a donné son accord pour participer. D'autres personnalités religieuses ont donné leur accord ce matin au recteur Boubakeur pour qu'ils viennent participer à cette réunion. Et cette réunion, en tout état de cause, elle tient compte en premier du calcul, mais ce n'est pas l'élément déterminant. Il faut tenir compte également d'une situation. On parle de Polynésie française, bien évidemment que la Polynésie française fait partie de la France.
Saïd BranineMais quels sont les éléments dont vous tiendrez compte ?
Chems-Eddine HafizOn tiendra compte, nous avons demandé déjà à tous les à tous les observatoires qui existent de nous adresser l'ensemble des documents pour voir si effectivement la lune est visible ou pas.
Saïd BranineOn va en parler concrètement justement, concernant les prévisions astronomiques pour le 27 juin au soir, donc j'ai les prévisions astronomiques de Nidhal Guessoum, astrophysicien connu, de notoriété internationale, qui travaille sur ces questions depuis pratiquement plus de 23 ans. Alors que dit Nidhal Guessoum ? Il dit que le donc le le 27 juin, donc ce soir-là, le croissant ne sera visible qu'en Amérique du Sud. Donc le 27 juin au soir, le croissant ne sera visible qu'en Amérique du Sud. Le 28, le croissant sera visible très facilement à l'œil nu en Afrique et assez facilement au Moyen-Orient. En France, il sera peut-être visible au télescope, mais pas à l'œil nu. Alors quelle décision vous prendrez ?
Ahmed JaballahOui. En fait tout le monde sait, c'est-à-dire ceux qui ont étudié un petit peu ces questions-là, que au-delà du principe du calcul comme moyen aujourd'hui qui nous donne des informations exactes et et ça c'est connu, vous avez même aujourd'hui sur des sites spécialisés la possibilité de calculer pour...
Chems-Eddine HafizEt des logiciels.
Ahmed Jaballah1000 ans, et des logiciels, c'est très facile.
Saïd BranineJustement, mais à partir de ces données astronomiques, quelle décision sera prise ?
Ahmed JaballahOui. Voilà. En fait, il y a deux deux options par rapport à la question scientifique : soit on va établir un calendrier sur la base du calcul mais c'est un calendrier unique, universel pour tout le monde...
Saïd BranineCe n'est pas le cas actuellement.
Ahmed JaballahOui, soit non, parce que les avis ça existe, les avis ça existe sur le point de vue juridique, c'est-à-dire jurisprudence islamique, parce que les astronomes Nidhal Guessoum était avec nous lors du du colloque et il a dit clairement que il s'agit tout d'abord des théologiens de fixer le choix juridique et nous, astronomes ou astrophysiciens, nous pouvons vous donner les calculs qui vont avec ce choix-là. Alors il y a deux choix : soit on va dire qu'il y a un un instant universel pour la possibilité de voir la nouvelle lune et on établit ce qu'on appelle un calendrier unique, soit on va partir sur la division effectivement voilà, de deux deux parties. Il y a l'ancien monde et le nouveau monde. Et effectivement si on prend cette deuxième option, il va y avoir effectivement une et ce qu'il dit là-bas ce que vous venez de citer tout à l'heure, c'est vrai que scientifiquement, on ne peut pas le voir bon dans certains pays musulmans. Le croissant lunaire, le 27, il va rester après le coucher de soleil de quelques minutes et mais il sera difficilement visible le 27. Mais ça dépend du choix. Le choix que nous avons retenu l'année dernière, c'était le calendrier universel. Mais à mon avis, si on tient ce choix ou l'autre, à mon avis c'est possible, mais à condition qu'on doit partir du calcul comme un moyen de fixation du calendrier, parce que c'est ça le problème.
Saïd BranineMais cette année, mais cette année, quel est le critère qui a été retenu par les instances du CFCM ?
Chems-Eddine HafizAlors pour les instances, c'est ce que je vous ai dit, et le communiqué est extrêmement clair là-dessus. Le le le calcul tel qu'il est proposé, le calcul universel, c'est un des éléments qui va permettre de fixer le premier jour du Ramadan.
Saïd BranineMais quel autre élément ?
Chems-Eddine HafizIl y a, comme je vous l'ai dit, les observatoires, éventuellement le le le la la vision, ça nous nous sommes en train de faire...
Ahmed JaballahMais l'observatoire et le calcul c'est la même chose, parce que...
Chems-Eddine HafizNon, mais déjà non non, mais surtout pour savoir est-ce que c'est visible ou pas. Aujourd'hui d'après les éléments que nous avons sur l'observatoire, rejoint ce que dit Guessoum, il n'y aura pas de possibilité de vision dans la nuit du 27. Donc c'est clair, aujourd'hui pour nous si nous devions si nous devions fixer une date aujourd'hui, pour moi comme ça de manière abrupte, je dirais le 29. Mais encore une fois, le le le CFCM tient d'abord et nos amis de l'UOIF seront présents à cette réunion, donc nous n'allons pas prendre seuls la décision, nous allons la prendre de manière collective, de manière responsable et...
Saïd BranineElle sera communiquée vers quelle heure ?
Chems-Eddine HafizTout de suite après, c'est-à-dire le plus rapidement possible en tout état de cause.
Saïd BranineVers 19h, 20h ?
Chems-Eddine HafizBien sûr, parce qu'on prend conscience quand même que il y a des des dispositions à prendre pour les jeûneurs, donc il faut bien évidemment les avertir suffisamment à l'avance pour qu'ils prennent leurs dispositions. Et je pense que aujourd'hui on est dans cette période transitoire. Il faut dire qu'on est dans un dans une période transitoire, Si Ahmed. Nous sommes d'accord sur l'approche, c'est la bonne approche et nous devons absolument l'assumer. Est-ce qu'il ne faut pas l'affiner un tant soit peu pour, comme vous le disiez tout à l'heure, est-ce qu'on est dans le nouveau, l'ancien monde ? Je pense qu'il faut qu'on détermine ces choses-là pour que nous puissions convaincre la communauté musulmane du bon choix que nous faisons pour elle. Nous parlons en son nom, nous n'avons pas le droit de lui imposer quelque chose. Il faut que nous arrivions à la convaincre parce que les gens regardent aujourd'hui. Vous avez des pays musulmans l'année dernière le 9 juillet, pratiquement seule la France allait faire le jeûne. Les Français musulmans allaient jeûner dans le monde entier, seuls le 9 juillet. C'était quand même extraordinaire. Il y a des gens qui...
Ahmed JaballahIl y a la Turquie aussi. Il ne faut pas oublier qu'il y a la Turquie, c'est un pays musulman.
Chems-Eddine HafizLa Turquie, la Turquie c'est depuis 70 bien évidemment. Depuis 1978, vous savez pertinemment Si Ahmed que depuis 1978, il y a eu l'accord de l'OCI qui a été pris en Turquie qui, à ce jour malheureusement, n'est pas encore pratiquement accepté par tout le monde.
Ahmed JaballahAdopté par tous les pays musulmans. Mais malheureusement, ils ont ils n'ont pas respecté cet accord encore une fois.
Chems-Eddine HafizVoilà.
Saïd BranineAlors dernière question, messieurs, est-ce que vous n'avez pas le sentiment que le premier et dernier jour du mois de Ramadan est pris en otage par des groupes religieux, des associations, des mosquées, des institutions dans le but d'exercer une espèce de monopole sur la représentativité des musulmans de France ? Et encore une fois, quid de la spiritualité dans tout ça ?
Ahmed JaballahÀ mon avis de toute façon je parle au nom de beaucoup d'associations dont l'UOIF aujourd'hui qui qui font un un travail commun pour essayer de discuter de cette question, il n'y a pas cette dimension de représentativité derrière. Et je dirais même pour l'UOIF, il a toujours dit que le CFCM puisse déclarer, on n'a aucun problème. L'essentiel c'est de choisir le bon choix et la bonne règle qui va unir les musulmans, parce que nous sommes convaincus effectivement pour essayer de classer cette affaire. Moi je je dirais, à quand les musulmans chaque année ils reprennent le même problème, ils discutent du même problème ? Si on adopte le calcul scientifique, c'est une question classée, parce que on va plus parler de certains pays, est-ce qu'on l'a vu dans ce pays ou dans l'autre ?
Saïd BranineCertains groupes vous diront qu'il faut organiser une Nuit du doute qu'il ne faut pas de pas de calendrier basé sur un calcul scientifique.
Ahmed JaballahÀ mon avis c'est pas le bon choix. Le bon choix pour les musulmans de France...
Saïd BranineMais pourtant il y a quand même il y a récemment été créé l'Observatoire lunaire des musulmans de France qui lui préconise la présentation de preuves photographiques, je le cite, du croissant durant la Nuit du doute. Donc là, on est quand même là très loin du calcul astronomique.
Ahmed JaballahPermettez-moi de dire que qu'est-ce que ça va ajouter cet observatoire et en plus s'ils vont essayer d'observer la nouvelle lune ici en France, ça va être très difficile. Et qu'est-ce qu'on dit lorsque c'est pas possible de le voir en France, il est possible de le voir ailleurs ? Et là c'est un avis même sur le plan du droit musulman, un avis qui est tout à fait contraire à l'avis majoritaire, que il n'y a pas de vision locale. Cet avis ça existe, c'est très minoritaire. La vision elle est au-delà, on parle soit d'une vision universelle ou d'une vision au niveau de de la moitié du du monde. Alors cet observatoire, elle va rien ajouter que un autre élément malheureusement...
Saïd BranineC'est une source de division pour vous.
Ahmed Jaballah...de division. Tout à fait.
Chems-Eddine HafizMoi je pense que cet observatoire peut faire ce travail, moi ça ne me gêne pas parce que je voudrais revenir à dans votre question vous avez abordé un sujet qui pour moi est important, c'est la notion spiritualité. Ne croyez surtout pas que au niveau du du CFCM, en tout cas moi des personnes que je vois que je côtoie tous les jours, on n'est pas là à la recherche d'un pouvoir quelconque. Parce que vous pensez que c'est facile de prendre la responsabilité, de faire endosser cette responsabilité à un groupe d'hommes et de femmes pour dire : c'est demain le Ramadan ? C'est extrêmement important. C'est un moment de spiritualité et c'est c'est l'exercice le plus important pratiquement de notre culte. Si Ahmed tout à l'heure rappelait que pratiquement 80 % des musulmans de France jeûnent. Et donc pour nous c'est extrêmement important. Si vous nous voyez chercher véritablement le consensus, c'est qu'on souhaite avant tout et surtout dans des moments aussi importants où la communauté musulmane est en en totalité stigmatisée, si aujourd'hui nous, musulmans, nous allons jouer cette division, nous allons encore jeter de l'huile sur le feu, que reste-t-il de notre communauté ? Moi je suis convaincu aujourd'hui qu'au-delà de toutes ces de toutes ces problématiques, notre communauté musulmane doit avant tout être unie. C'est ça notre notre leitmotiv, c'est l'unité et je crois que nous trouverons des solutions. C'est pour cela, de grâce, une période transitoire, n'imposons pas les choses, n'essayons pas de passer en force, écoutons la communauté musulmane. Et c'est pour ça moi je suis heureux d'être invité ici parce que je sais que oumma.com, je ne vous fais pas de de de publicité, mais je sais que c'est une chaîne communautaire qui est quand même regardée par notre communauté. Parce qu'aujourd'hui, les chaînes nationales, quand elles parlent de l'islam, c'est pour montrer du doigt les méfaits de certaines personnes qui s'arrogent le droit de se considérer comme musulmans et de commettre des actes criminels. Moi je ne veux pas, je veux que notre communauté à ce niveau-là, c'est le seul moment pratiquement de notre de notre spiritualité dans cette année, soyons quand même unis et c'est pour ça que moi je salue la démarche de l'UOIF qui, malgré sa position, vient se rapproche du CFCM pour essayer de trouver une solution. Donc on est quand même...
Ahmed JaballahOn est dans un débat ouvert avec tout le monde et effectivement pour insister sur la dimension spirituelle, qu'il faut épargner les musulmans de cette question. C'est c'est ça qui me qui qui qui me laisse défendre l'option du calcul.
Chems-Eddine HafizNous sommes d'accord, c'est une période transitoire, c'est ce que je vous demande.
Ahmed JaballahMais il faut il faut qu'on soit d'accord que le seul moyen pour que les musulmans effectivement s'intéressent à la dimension spirituelle, c'est de classer cette affaire. L'incertitude chaque année qui va nous suivre au début et à la fin et à mon avis c'est le seul moyen, le calcul.
Chems-Eddine HafizC'est un défi, monsieur Ahmed Jaballah, parce que je sais que vous y tenez, on s'était engagés ensemble pour nous pencher sur la question des heures de prière. Moi je trouve anormal aujourd'hui, dans les applications que nous avons, chacun sur la base du vous connaissez l'histoire du du degré 12, 15 et 18. Aujourd'hui, il faut que nous puissions Alors là ça s'adresse aux musulmans qui prient. Alors deux prières dans la journée, mais c'est quand même très important où il y a quand même des écarts. Il faut qu'on se mette autour de la table pour que inshallah on puisse trouver la solution le plus rapidement possible.
Ahmed JaballahLa question des prières c'est une autre question qui peut être discutée également, mais à mon avis c'est plus facile pour nous aujourd'hui si on adopte la même règle et on est tous convaincus que de finir déjà avec question du Ramadan et les divergences autour de la question du Ramadan.
Chems-Eddine HafizInshallah.
Saïd BranineAlors merci messieurs d'avoir participé à ce débat. Donc à très bientôt pour un autre numéro de L'esprit de l'actu.