Au sommaire d'oummatv, un entretien avec Eric Geoffroy, maître de conférence à l'université de Strasbourg, qui a dirigé l'ouvrage collectif « Une voie soufie dans le monde : la Shâdhiliyya » paru en 2005 aux éditions Maisonneuve & Larose.
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25 octobre 2010 à 12 h 00
Au sommaire d'oummatv, un entretien avec Eric Geoffroy, maître de conférence à l'université de Strasbourg, qui a dirigé l'ouvrage collectif « Une voie soufie dans le monde : la Shâdhiliyya » paru en 2005 aux éditions Maisonneuve & Larose.
Transcription intégrale de la vidéo
L'ouvrage collectif que j'ai le bonheur de diriger, donc Une voie soufie dans le monde : la Shâdhiliyya, est issu, est le fruit d'un colloque international que j'avais pu organiser à la Bibliotheca Alexandrina, en avril 2003.
Pourquoi Alexandrie ? Parce que la tariqa Shâdhiliyya, donc la confrérie soufie des Shadhilis, est née là-bas. Bien que son fondateur soit un Marocain, Abou Hassan al-Chadhili, qui est mort en 1258, eh bien cette tariqa, cette confrérie, cette voie initiatique, est née en Égypte. Égypte, terre médiane dans le monde musulman, entre le Maghreb et l'Orient.
Donc ce colloque a réuni une trentaine de participants et de même dans le livre, une trentaine de personnes ont donc traité de la Shâdhiliyya dans tous ses états, si je puis dire. C'est-à-dire dans son histoire, dans son expansion géographique et bien sûr et surtout dans sa doctrine ou bien dans ses doctrines, puisque toute famille spirituelle, eh bien, est riche et donc chaque maître l'enrichit par sa propre par sa propre sensibilité spirituelle.
Donc, peut-être dire un mot sur le fondateur, Abou Hassan al-Chadhili. C'est un Marocain, donc, comme je le disais, qui part, étant jeune, il avait vers 20 ou 25 ans, il part en Irak. L'Irak qui, à l'époque, donc au début du XIIIe siècle, vers 1200, l'Irak était renommée partout, et entre autres au Maghreb, comme étant la patrie, donc, du soufisme, la patrie de la mystique musulmane. Et il part donc là-bas en quête du maître spirituel, du maître du temps, ou bien du qutb, enfin donc du pôle spirituel de son temps. Et il part là-bas donc en quête vers l'Orient, déjà, et là-bas, en fait, un cheikh lui dit : « Retourne chez toi. Le maître de ce temps habite près de chez toi. » Et vous voyez, donc souvent, nous sommes obligés de faire des détours pour trouver la vérité et pour la trouver chez nous, et si ce n'est pas en soi.
Et donc, le jeune Abou Hassan al-Chadhili revient chez lui et il trouve dans les montagnes, donc du Rif marocain, cet ermite qui vit seul, donc au sommet d'une montagne, et qui le reçoit après après une certaine épreuve initiatique, comme le font très souvent donc les maîtres dans le soufisme. Eh bien ce maître va transmettre à son unique disciple, donc c'est un cas pas unique d'ailleurs, mais en général un maître soufi a plusieurs disciples, voire beaucoup de disciples, mais certains maîtres, et non pas des moindres, parfois n'ont que un ou bien quelques disciples. Là, donc c'est le cas de Ibn Machich qui va donc tout donner, tout transmettre à donc au jeune Abou Hassan, et qui va lui prédire toute sa carrière spirituelle.
Et donc il l'envoie vers l'est, vers l'Orient, bon, pour des raisons entre autres historiques, mais bon, là je n'ai pas le temps de les entrevoir. Toujours est-il que donc Abou Hassan al-Chadhili va d'abord créer un premier foyer à Tunis, et ce foyer existe toujours avec le maqâm, donc avec un sanctuaire, donc du cheikh donc al-Chadhili, avec une grotte notamment là donc où il se enfin où il se recueillait donc en retraite. Et à partir donc de Tunis, il est chassé par un cadi, donc par un juge qui est, d'après d'après les sources, jaloux du charisme qu'a donc désormais le enfin le cheikh, donc Abou Hassan al-Chadhili.
Donc celui-ci part avec beaucoup de ses disciples. Certains restent à Tunis, mais d'autres partent encore plus vers l'Orient et ils vont à Alexandrie. Alexandrie qui est en fait la tête de pont de tous les Maghrébins qui arrivent en Orient. Et à cette époque, au XIIe-XIIIe siècle et encore après, beaucoup de Maghrébins arrivent en fait en Orient, souvent pour faire le hajj, enfin donc le pèlerinage, mais après ils s'installent souvent en Égypte, en Syrie. Pourquoi ? Ce sont des terres qui sont sous domination ayyoubide, puis mamelouke, donc des pouvoirs qui défendent vraiment l'islam, l'islam sunnite, et qui sont tout à fait favorables à la mystique musulmane, disons à tout ce qui est spiritualité islamique. Donc le grand Abou Hassan al-Chadhili est accueilli à Alexandrie, il s'installe là et c'est de là que la tariqa, donc que la voie initiatique ou bien confrérie, on dit ça en termes modernes, c'est à partir de là que cette voie initiatique va se répandre, d'abord en Égypte, puis après dans dans le monde, donc de enfin dans une bonne partie du monde musulman, surtout dans le monde musulman occidental : dans le Maghreb, Égypte, Syrie, océan Indien beaucoup, Afrique subsaharienne, Balkans, Turquie, etc., etc. Et depuis depuis un siècle environ, en Europe, en Occident.
Juste dire un mot sur le deuxième successeur de Abou Hassan al-Chadhili, Ibn Ata Allah, Ibn Ata Allah qui est mort en 1309 et qui est connu, c'est un auteur soufi très très connu, connu notamment pour ses Hikam, pour ses Sagesses ou bien pour ses aphorismes, traduits en français. Et il est également connu pour d'autres ouvrages. Disons que Ibn Ata Allah a réussi à à à mettre à la disposition d'un public musulman assez large, assez ouvert, l'enseignement ésotérique de sa propre confrérie, et également d'Ibn Arabi, ce maître si controversé, parfois, en pays d'Islam.
Et donc Ibn Ata Allah, et les maîtres shadhilis en général, réussissent à filtrer la doctrine un peu trop ésotérique parfois, donc du soufisme, et à la mouler dans des termes en fait tout à fait enfin conformes à l'orthodoxie islamique. Et donc ils œuvrent en fait pour montrer, ce que disent les maîtres soufis depuis le début, c'est-à-dire que le soufisme est le cœur de l'islam, en fait est le cœur vivant de l'islam, le cœur chaud de l'islam, et donc il est éminemment orthodoxe puisqu'il est le cœur même de l'islam. Et donc Ibn Ata Allah, lui, justement il a un double profil très intéressant : il est à la fois un juriste, en fait un faqîh, renommé à Al-Azhar, et il est aussi un soufi. Et à Al-Azhar, il va enseigner conjointement et le droit musulman et la mystique musulmane, et ce pour des siècles en fait. C'est-à-dire que après lui, d'autres cheikhs, d'autres oulémas vont enseigner et et le droit et comment dire, et la spiritualité.
Et en fait, qu'est-ce que disent ces maîtres ? C'est que comme le disait d'ailleurs même Ibn Khaldoun, c'est que l'islam plénier, l'islam équilibré, il est fait à la fois disons de l'islam exotérique, donc de zahir, c'est-à-dire de de la charia, enfin donc du monde des formes, mais il est fait également du batin. Donc il est fait également de la voie ésotérique et que l'islam plénier se réalise uniquement dans cette complétude. Si on s'intéresse uniquement à ce qui est exotérique, à ce qui est donc extérieur, c'est bien, mais ça ne suffit pas parce que le cœur en fait n'est pas nourri. Le corps est nourri, mais le cœur n'est pas nourri.
Voilà. Et donc la Shâdhiliyya donc a continué donc à être une voie très répandue, notamment dans les milieux des oulémas, donc en Égypte, mais bien sûr aussi ailleurs. Et donc des grands oulémas connus tels que Suyuti, donc le grand donc Jalal al-Din al-Suyuti, était un shadhili, et d'autres, aussi Al-Subki, etc. Et tout ça pour dire qu'on arrive au XXe siècle et l'on voit des grands noms, des grands penseurs, des grands intellectuels occidentaux, métaphysiciens tels que René Guénon, qui adhèrent à la voie, donc, Shâdhiliyya. René Guénon qui est donc mort au Caire, parce que donc il a vécu au Caire à partir de 1930, il est mort là-bas donc en en en fait en 1951, eh bien Guénon a écrit, vous le savez, beaucoup d'ouvrages donc destinés à un public occidental et lui-même pratiquait au Caire la voie Shâdhiliyya.
Et il y a d'autres noms connus bien sûr. Il y a le cheikh Ahmad al-Alawi, donc un grand maître soufi algérien qui est mort en 1934 et dont le descendant en fait le cheikh Bentounès, Khaled Bentounès, un maître présent et vivant en Occident, en France. Et il y a aussi d'autres grands personnages comme Martin Lings, qui est mort il y a un an à peine, Seyyed Hossein Nasr, qui est donc enseigne aux États-Unis, voilà, donc Frithjof Schuon. Donc des auteurs qui ont bien sûr bien d'autres en France qui ont contribué d'une part à faire connaître pas seulement le patrimoine shadhili, mais tout le patrimoine soufi universel en le traduisant en français, en anglais, et en, disons, en écrivant en fait des traités explicitant leur doctrine et explicitant le soufisme en tant que sagesse universelle.
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