Éric GeoffroyLorsque l'on parle de la place, enfin du rôle de l'élément féminin, de la femme dans le soufisme, il ne faut pas, il faut d'abord situer ça dans le contexte islamique primordial, qui est celui bien sûr de l'entourage du prophète, salla Allahu 'alayhi wa sallam.
Le prophète a vécu entouré de femmes durant toute sa vie. Sa mère, bon, il l'a connue peu bien sûr, mais Khadija, qui était une épouse centrale pour lui, qui l'a beaucoup aidé, ses autres épouses bien sûr, ses filles, Sayyida Sayyida Fatima, etc. Donc, on peut dire, enfin moi je le dis en tous les cas, que le le prophète était un féministe avant l'heure, mais bien sûr au bon sens du terme, c'est-à-dire qu'il a donné toute toute sa part, celle que le Coran en fait donne à la femme, c'est-à-dire une croyante à part entière, qui a des droits et des devoirs autant que l'homme. Différents parfois, mais sous le plan de la 'ibada, c'est-à-dire sous le plan de la de l'adoration de Dieu, la femme est tout à fait l'égale de l'homme.
Maintenant, dans dans le soufisme, et bien d'une part, enfin on peut faire une remarque un petit peu générale, c'est que on peut dire sous un certain rapport que le soufisme est l'élément féminin, intuitif de l'islam. C'est-à-dire c'est un petit peu le cerveau gauche, on pourrait dire, alors que le cerveau droit, vous savez, maintenant on dit que le cerveau droit correspond à cette au cerveau rationnel, disons. Donc, le soufisme développe cet aspect de ilham, intuition, le kashf, le dévoilement, choses qui relèvent plus habituellement non pas uniquement de la femme, mais de l'élément féminin en général, dans la nature et aussi chez l'homme. Chaque homme a un une part féminine en lui et qu'il ne faut jamais renier.
Donc, ça c'est une deuxième chose évidente et c'est pour ça que, globalement, les les femmes ont souvent trouvé un un espace de liberté assez grand dans le soufisme, là où parfois, parfois dans dans le milieu des sciences exotériques, elles ne trouvaient pas de place. Ça, c'est des choses qui qui dont dont témoigne assez facilement dans l'histoire.
Alors, historiquement, on a bien sûr le grand repère, la première grande sainte de l'islam, qui est Rabia donc al-Adawiyya, grande sainte irakienne de Basra, et dont la dont la légende dorée est parvenue jusqu'à Saint-Louis à l'époque médiévale, donc une sainte musulmane dont l'aura spirituelle est parvenue jusqu'à la cour de Saint-Louis, donc au XIIIe siècle en France. Donc, c'est dire l'aura qu'elle a acquis déjà bien sûr en pays musulman.
Et et bien sûr c'est la plus connue, mais beaucoup d'autres femmes saintes sont répertoriées, donc on a leur vie et on voit des hommes, des hommes et non des moindres, je pense à Ibn Hanbal, Ahmad ibn Hanbal, aller solliciter, je crois je pense notamment à Amina al-Ramliyya, donc à Bagdad, aller solliciter l'intercession, qu'elle fasse des douas pour eux, enfin pour lui et pour un autre soufi, enfin un autre un autre personnage saint avec qui il était.
Donc, chose importante, le soufisme n'a jamais été très masculin en tant que tel et on a toujours eu des des des couvents, disons des des des zawiyas ou bien des ribats pour femmes. Et encore actuellement la femme joue un rôle important, nous avons dans le monde musulman actuellement des des femmes qui sont même des cheikhas, des maîtres spirituels, même pour des hommes. C'est-à-dire à Tunis, à à Beyrouth, à Istanbul, je connais personnellement des femmes qui ont un rôle de maître spirituel pour des femmes mais également pour des hommes. Donc, c'est dire qu'elles sont reconnues.
Certes, dans certains pays, dans certaines confréries en Égypte par exemple, les réunions sont uniquement masculines et les femmes se réunissent à part. Mais globalement, dans toutes les turuq, dans toutes les confréries dans le monde musulman, les femmes ont leur place, parfois séparées des hommes bien sûr, parfois donc les les séances ont lieu au dans le même endroit mais à un lieu donc séparé avec séparation. Mais les femmes bien sûr ont accès à la sainteté et Ibn Arabi a beaucoup écrit là-dessus et Ibn Arabi dit que la la femme peut être un pôle spirituel, la femme a accès à cette à ce rang de virilité spirituelle, al-roujoulia.