Shakeel Siddiq : As-salamu alaykum. Bonjour à tous et à toutes et bienvenue sur le plateau de votre émission Islam aujourd'hui.
Dieu dit dans le Coran verset 97, sourate 3, « Le pèlerinage est un devoir envers Dieu pour quiconque en a la possibilité. » Ce verset nous oriente vers plusieurs interrogations. Tout d'abord, est-ce qu'il s'adresse à l'ensemble des croyants, mais aussi aux croyantes ? Est-ce qu'un croyant endetté, mais qui a les moyens de faire le hajj, est dans l'obligation de faire le pèlerinage ? Quelles sont les finalités du pèlerinage ? Ce sont autant de questions et d'autres encore auxquelles va répondre notre invité d'aujourd'hui, cheikh Mohamed Hendaz. Cheikh Mohamed, as-salamu alaykum.
Mohamed Hendaz : Wa alaykumu s-salam wa rahmatullahi wa barakatuh.
Shakeel Siddiq : Cheikh Mohamed, vous êtes diplômé à la faculté de droit de l'université d'Al-Azhar, vous êtes docteur à l'École pratique des hautes études. Votre thèse a porté sur les rites funéraires en Islam. Vous êtes aussi membre du directoire de la Maison des Savoirs, membre d'Assirfi, et vous enseignez les sciences religieuses dans deux institutions. La première, l'ISIO, l'Institut des sciences islamiques d'Orly, et vous êtes d'ailleurs le directeur de cette institution. Et enfin l'IMED, l'Institut musulman d'enseignement à distance. Alors pour mieux vous connaître, pouvez-vous nous dire les matières que vous enseignez à l'IMED ?
Mohamed Hendaz : Alors bismillahi r-rahmani r-rahim, al-hamdu lillahi wa s-salatu wa s-salamu ala rasuli l-lah wa ala alihi wa sahbihi wa man walah. Amma ba'd. Donc à l'Institut musulman d'enseignement à distance, j'ai été chargé pendant plusieurs années d'enseigner le fiqh, c'est-à-dire la jurisprudence islamique, en ce qui concerne les actes cultuels et également le statut personnel, tout ce qui est mariage, divorce, etc. Aujourd'hui, j'ai pour tâche d'enseigner des matières un peu plus techniques comme les sciences du hadith, comme les règles et les normes juridiques ainsi que les finalités de la jurisprudence ou de la législation islamique. À l'ISIO également, j'enseigne le droit musulman et la croyance musulmane.
Shakeel Siddiq : Très bien. Et pour rappel, l'IMED est le premier institut de France à enseigner en e-learning les sciences religieuses, le Coran et la langue arabe en langue française.
Mohamed Hendaz : Oui, tout à fait. Et d'ailleurs, c'est pas seulement en France, je dirais même à travers l'Europe. C'est la première expérience de ce genre-là et jusqu'à aujourd'hui ça marche très bien. D'ailleurs, nous avons un public assez large qui dépasse le cadre de la France pour toucher les pays francophones comme la Belgique, le Canada et autres.
Shakeel Siddiq : Très bien. Alors on va commencer notre thème. Et pour débuter, si vous pouvez nous éclairer sur les finalités du pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors permettez-moi de vous remercier pour cette question parce que c'est une question assez intéressante, parce que de manière générale, on a tendance à s'intéresser sur la modalité du hajj, sur la technicité du hajj et on pense peu ou pas à la finalité du pèlerinage et la finalité des adorations en Islam. Or on devrait consacrer autant d'énergie et d'attention à la finalité qu'à l'accomplissement lui-même de l'adoration que l'on accomplit en Islam. Alors concernant les finalités, si je puis dire, la finalité du hajj, c'est la finalité générale que toute adoration a en Islam. Il suffit de regarder le verset générique et général dans le début de la sourate Al-Baqara, dans lequel il est dit : « Ô vous les êtres humains, adorez votre Seigneur qui vous a créés, ainsi que ceux qui vous ont précédés, peut-être atteindriez-vous la piété. » On remarque également comme on sort du mois du ramadan que la même finalité était observée ou devait être recherchée pour le jeûne du mois du ramadan : « Ô vous qui croyiez, on vous a prescrit le jeûne comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, peut-être atteindriez-vous la taqwa. » Donc le pèlerinage, dans sa globalité, s'inscrit dans cette finalité spirituelle qui est l'obtention de la taqwa, cette piété comme on le traduit si souvent, mais qui est beaucoup plus profond que la piété. Et on remarque également que cette notion de taqwa se retrouve dans le pèlerinage lui-même, dans la sourate Al-Hajj où il est dit : « Ce n'est ni le sang que vous allez verser de vos bêtes sacrifiées qui atteindra Allah, ni la chair que vous allez consommer ou donner en aumône qui atteindra Dieu, mais c'est la taqwa qui l'atteindra. C'est ça qui vous fera parvenir à Dieu. » Donc de manière très générale, la finalité du pèlerinage, c'est l'obtention de la taqwa.
Shakeel Siddiq : Comme le jeûne du ramadan comme vous l'avez rappelé. Donc si je comprends bien, il y a comme un tronc commun entre les adorations qui est l'obtention de ce qu'on appelle la taqwa qui est traduit très souvent par piété.
Mohamed Hendaz : Hmm hmm.
Shakeel Siddiq : Très bien. Et qu'est-ce que va apporter aussi le hajj, le pèlerinage, sur le plan spirituel, relationnel, en plus de la piété ? Est-ce qu'il y a d'autres éléments ?
Mohamed Hendaz : Alors pour un peu pousser un peu plus sur la question de la finalité avant de s'intéresser à l'impact spirituel du hajj sur le pèlerin, on peut dire également que parmi les finalités du pèlerinage, c'est de retrouver la pureté du monothéisme, la pureté du monothéisme telle qu'elle a été restituée par le prophète Ibrahim alayhi s-salam et dont Mouhammad alayhi s-salatu wa s-salam est la continuité de la restitution de la pureté du monothéisme. Il suffit...
Shakeel Siddiq : Abraham qui a construit la Kaaba avec son fils Ismaël.
Mohamed Hendaz : Exactement, qui était celui qui a reconstruit la Kaaba avec son fils Ismaël alayhima s-salam. Ceci dit, il suffit de lire la sourate Al-Hajj, la sourate Le Pèlerinage, sourate 22 dans le Coran pour s'apercevoir que elle est débutée par une notion de l'unicité d'Allah subhanahu wa ta'ala, qui rappelle des fondements de l'au-delà aussi, mais également toute la notion du monothéisme se retrouve à travers les actes du pèlerinage. Il y a aussi des finalités qui sont, si je puis dire, sociales, puisque le pèlerinage a pour vocation de réduire tous les pèlerins au même stade sans aucune distinction de couleur, de race ou d'origine ethnique. Pour cela, tous les pèlerins sont vêtus de deux pièces d'étoffe blanche, donc sont réduits à une seule et même personne. Ça sert également à unifier, à réduire les écarts des classes sociales qui existent entre les riches et les pauvres ou entre certaines classes sociales d'un degré particulier. Donc la visée du pèlerinage est aussi sociale. On pourrait également dire de même à la portée, la finalité économique du pèlerinage. On pourrait également dire de même sur d'autres aspects des finalités du pèlerinage.
Shakeel Siddiq : D'ailleurs, ça nous rappelle un peu quand on fait le pèlerinage, quand on voit toute cette fraternité, puis toute cette égalité, surtout entre les cultures, les races, etc., ça nous rappelle vraiment le jour de la résurrection aussi, hein ? Ça sera absolument la même chose, on est tous uniques comme ça devant Allah subhanahu wa ta'ala. Donc c'est vraiment un très beau rappel. En tout cas, pour celui qui voudrait en savoir plus sur le sujet des finalités, il peut se référer à un de vos articles qui va être publié dans la revue Iman Magazine dans quelques jours, dans le numéro 5 du mois de septembre. Pour continuer sur cette lignée-là, est-ce que vous pouvez nous rappeler aussi quelle est la récompense qu'Allah subhanahu wa ta'ala offre aux croyants qui font le pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors la récompense est effectivement clarifiée par un certain nombre de traditions dans lesquelles il est dit que quiconque accomplit pieusement son pèlerinage en reviendra comme sa mère l'a mis au monde, c'est-à-dire pur de toute marque de péché.
Shakeel Siddiq : Pieusement, qu'est-ce que ça signifie ?
Mohamed Hendaz : Pieusement accompli, alors le terme plus précis, c'est le hajj mabrour, donc celui qui respecte un certain nombre de conditions. Tout d'abord, c'est la sincérité, puisque toute acte en Islam nécessite au préalable un cœur sincère, puisque Dieu est pur et on ne peut se rapprocher que par la pureté de Lui. Donc la pureté de l'intention est nécessaire pour l'accomplissement pieux du pèlerinage. D'autre part, le pèlerin doit donc s'approvisionner de provisions qui sont licites et de gains, de biens licitement acquis. Et un troisième point qui est le changement dans la vie du pèlerin après le pèlerinage. Et ça c'est un des impacts, justement, qui doit se faire ressentir dans la vie du pèlerin. L'impact du hajj spirituel sur le pèlerin, c'est qu'il y a un changement, un changement. Et ce changement, il est possible, on peut le remarquer dans l'obligation d'accomplir le pèlerinage, elle n'est qu'une fois dans la vie, contrairement aux autres adorations. La prière est multipliée dans la journée, la zakat une fois dans l'année, le jeûne du mois de ramadan une fois dans l'année et le pèlerinage, à lui seul, est la seule adoration qui est instituée une fois dans la vie du croyant. Ce qui signifie que le pèlerinage garantit, dès lors qu'il respecte les conditions posées, garantit le changement dans la vie du croyant.
Shakeel Siddiq : Pour rebondir très rapidement sur ce sujet-là, qu'en est-il d'effectuer le pèlerinage chaque année ? Est-ce que c'est conseillé, déconseillé ? Quelle est la position des juristes musulmans sur la question ?
Mohamed Hendaz : Alors il y a des recommandations dans la tradition prophétique où on recommande vivement aux musulmans et les musulmanes de multiplier les pèlerinages au minimum une fois tous les cinq ans. Dans ce sens, on a une tradition où il est dit que celui qui a accompli plusieurs fois le pèlerinage et la omra vont lui garantir une purification de la pauvreté. Donc Dieu va éloigner la pauvreté de toute personne donc qui sacrifie...
Shakeel Siddiq : C'est un hadith authentique ?
Mohamed Hendaz : C'est un hadith authentique, qui sacrifie ses biens et son énergie dans la visite des lieux sacrés. Bien évidemment, celui qui accomplit le pèlerinage sera seul à bénéficier des mérites de ce pèlerinage. Or en Islam, l'action d'utilité publique qui fait bénéficier un plus grand nombre de personnes et non plus sa propre personne est prioritaire et a plus de mérite. Donc ce qui voudrait dire que celui qui a déjà accompli le pèlerinage, il serait peut-être préférable de voir d'autres d'autres moyens de se rapprocher de Dieu, mais à dimension sociale.
Shakeel Siddiq : Pour revenir sur le hadith que vous avez cité, donc celui qui effectue le pèlerinage, si le pèlerinage est accompli convenablement, c'est comme s'il venait de sortir du ventre de sa mère. Alors est-ce que cela implique que même les grands péchés sont totalement effacés ?
Mohamed Hendaz : Oui, puisque le texte ou d'après l'interprétation de ce texte donc qui est authentique, rapporté par Al-Bukhari, indique qu'il reviendra comme sa mère l'a mis au monde effectivement. Donc ce qui sous-entend que tous les péchés sont pardonnés, petits et grands.
Shakeel Siddiq : Même s'il n'y a pas eu de repentir ?
Mohamed Hendaz : Même s'il n'y a pas eu de repentir. C'est la différence qu'il y a entre toutes les autres actions. Donc la prière qui efface les petits péchés, comme l'a dit le Prophète sallallahu alayhi wa sallam, les cinq prières effacent les péchés, mais il s'agit, selon l'interprétation des savants, des petits péchés. Le ramadan au ramadan, la omra ala omra, mais là le texte précise que, effectivement, il reviendra comme le jour où sa mère l'a mis au monde.
Shakeel Siddiq : La omra, pour les internautes qui nous écoutent, donc c'est le petit pèlerinage. On aura l'occasion de faire une autre émission sur ce même thème. Qu'en est-il, cheikh Mohamed, de celui qui a les moyens financiers d'accomplir le pèlerinage, mais qui le repousse à plus tard ?
Mohamed Hendaz : Alors les...
Shakeel Siddiq : À beaucoup plus tard, hein ? L'âge avancé.
Mohamed Hendaz : Oui. Les juristes sont partagés sur cette question. On a une partie d'entre eux, notamment les chaféites, qui disent que le pèlerinage peut être reculé, repoussé ou ajourné à plus tard dès lors qu'on a la ferme intention de l'accomplir. Mais pour une majorité d'entre eux, donc pour la plus grande et la plus large majorité des juristes, ils ne convient pas, et c'est d'ailleurs un péché pour celui qui a réuni la capacité, c'est-à-dire qui est capable physiquement et financièrement de l'accomplir, de le repousser. Donc ils pensent que accomplir immédiatement le pèlerinage est un devoir pour chaque musulman et chaque musulmane.
Shakeel Siddiq : Pour rappel aussi pour nos auditeurs, donc on a quatre grandes écoles juridiques : les hanafites, les malékites, les chaféites et enfin les hanbalites. Donc pour les chaféites, on pourrait repousser le pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Repousser à condition qu'il n'y ait pas une crainte de perdre ses biens ou de perdre sa santé. Aujourd'hui, avec les temps qui courent, il y a des crises économiques, il y a des pertes d'emploi, il y a des licenciements, il y a pas mal de choses aléatoires qui font que peut-être que on ne se retrouverait pas forcément dans dans dans avec le même avis de l'imam Chafii. Peut-être que l'imam Chafii, s'il vivrait à notre époque, aurait peut-être une autre un autre regard sur cette question.
Shakeel Siddiq : Et ça rentrerait dans le cadre de la fatwa.
Mohamed Hendaz : Effectivement.
Shakeel Siddiq : Très bien. Donc quelque part, j'ai envie de rebondir dessus, ne serait-il peut-être pas mieux, préférable d'avoir des économies pour se préserver d'une éventuelle crise au lieu de foncer ou enfin d'aller vers l'accomplissement du pèlerinage ? Parce que quelque part, il y aura un choix à faire. La question peut être posée autrement aussi. Dans notre société, parfois on a besoin d'investir pour ouvrir un commerce, ou bien pour acheter une voiture, ou bien pour acheter tout simplement une maison. Voilà donc, quelle priorité donner au pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors la priorité qui est donnée au pèlerinage...
Shakeel Siddiq : Est-ce que c'est tellement important qu'on doit l'avancer malgré la crise, malgré le reste ? Comment créer l'équilibre en fait ?
Mohamed Hendaz : C'est-à-dire que une personne qui est en train de faire des économies pour un commerce ou pour un achat d'un bien, etc., c'est-à-dire que aux yeux des regards, c'est qu'elle aux yeux du au regard pardon des juristes, c'est quelqu'un qui vit aisément. S'il se permet de faire des des économies, c'est qu'il a suffisamment d'argent pour manger et boire à sa faim et se loger comme il se doit de façon décente. Donc il doit accomplir le pèlerinage si il en a les moyens. C'est donc une une priorité selon les les les juristes musulmans. Maintenant quelqu'un qui a les moyens de faire le pèlerinage, mais qui laisserait sa famille en danger ou dans la faim et la misère, là le le pèlerinage n'est plus un devoir pour cette personne.
Shakeel Siddiq : Très bien. Autre question. Le verset que je citais au début, donc verset 97 de la sourate 3, donc Dieu nous dit : « Le pèlerinage est un devoir envers Dieu pour quiconque en a la possibilité. » Donc ce verset, est-ce qu'il s'adresse aussi bien aux hommes qu'aux femmes ou bien il s'adresse uniquement aux hommes ?
Mohamed Hendaz : Alors le texte en arabe précise « wa lillahi ala n-nas ». Donc le terme qui est utilisé c'est « an-nas ». Donc en langue arabe « an-nas » englobe aussi bien les hommes que les femmes. Donc ce verset s'adresse à toute personne qui est de sexe masculin ou féminin, qui est douée de raison, qui a toute sa raison et qui a les facultés, c'est-à-dire financière et physique pour accomplir le pèlerinage.
Shakeel Siddiq : Donc il y a une égalité totale entre l'homme et la femme par rapport donc à ce verset. Donc ce verset, Dieu en fait parle vraiment d'une manière totalement égalitaire aussi bien à l'homme qu'à la femme.
Mohamed Hendaz : Bien sûr. Bien sûr. Et c'est également le même verset qu'on retrouve dans sourate Al-Hajj où il est dit au prophète Ibrahim alayhi s-salam « Et appelle les gens », « wa adh-dhin fi n-nas bil-hajj ». Le pèlerinage s'adresse aux hommes et aux femmes.
Shakeel Siddiq : Pourtant on a des hadiths, des textes qui parlent du mahram pour la femme. Donc le mahram, c'est l'accompagnateur légal qui doit être le mari ou bien une personne dont le mariage n'est pas possible avec cette femme, comme le père, le fils, le frère, etc. Donc les juristes musulmans ont posé cette condition pour que la femme puisse faire le pèlerinage. Alors qu'en est-il ? Est-ce que ce hadith tout d'abord est authentique ? Donc les hadiths pour nos auditeurs, ce sont les traditions prophétiques sur lesquelles on doit se baser bien entendu dans le cadre de la religion musulmane. Qu'en est-il, cheikh Mohamed ?
Mohamed Hendaz : Alors sur cette question aussi les les juristes sont sont sont partagés. Effectivement, il y a des hadiths qui se sont avérés authentiques dans lesquels il est relaté que effectivement la la femme devrait voyager avec un proche parent masculin de de sa famille. Ceci étant dit, à la lecture de l'ensemble des textes de la tradition, on peut s'apercevoir que ceci est conditionné par l'insécurité. Donc puisque il est dit dans d'autres traditions que la femme en parfaite ou en complète sécurité pourra voyager de de Sanaa du Yémen jusqu'à une très lointaine contrée toute seule sans craindre qui que ce soit. Donc si on fait une lecture panoramique des textes, là on peut effectivement rattacher les uns aux autres et avoir une clarté dans dans dans la vision de de ces textes. Alors c'est vrai que je disais qu'il y avait des avis partagés sur cette question puisque on a d'une part les hanbalites et les hanafites qui disent que la femme qui n'est pas accompagnée ou qui n'a pas à sa disposition un accompagnateur n'est n'a plus le devoir, n'a plus l'obligation d'accomplir le pèlerinage. Donc c'est plus elle est elle est elle est désengagée de de ce devoir.
Shakeel Siddiq : Et donc pour eux, le contexte ne doit pas être considéré ?
Mohamed Hendaz : Pour le...
Shakeel Siddiq : Le contexte nouveau de sécurité.
Mohamed Hendaz : A priori non. A priori non. Par contre, on a d'autres savants comme les chaféites et les malékites où il n'y a pas de de restrictions particulières dès lors qu'il s'agit du pèlerinage, du premier pèlerinage, ce qu'on appelle hajjatu l-islam, le premier pèlerinage de de de la personne, celui qui est obligatoire. Ils disent que il suffit de deux femmes honnêtes, dignes de confiance pour voyager avec elle même si elles n'ont pas de mahram à leur à leur disposition. Les chaféites vont encore plus loin et disent que une seule femme est possible dès lors que elle est en sécurité. Les malékites, pour leur part, disent que il faut un groupe de personnes, que ce soit des hommes ou des femmes, dignes de confiance dans lequel elle se sentira en sécurité et il n'y aura pas de d'objection à ce qu'elle puisse accomplir son pèlerinage.
Shakeel Siddiq : Très bien. Merci beaucoup pour cet avis-là qui est enfin pour ces éclaircissements, pour ces détails qui sont vraiment très très intéressants et qui vont encourager beaucoup de Françaises de confession musulmane, j'en doute pas, à effectuer le pèlerinage cette année. Alors autre question par rapport aux dettes. On sait que enfin on entend beaucoup que qu'un musulman qui serait endetté n'a vraiment aucune obligation pour faire le pèlerinage. Qu'en est-il par rapport à à ce sujet-là ?
Mohamed Hendaz : Alors là on est face à une je dirais une petite contradiction, c'est-à-dire qu'on a d'une part l'obligation d'accomplir le pèlerinage et d'autre part l'obligation de s'acquitter de ses dettes. Or quand on met en miroir ou en parallèle ces deux droits et qu'il y a il y a le le droit de Dieu et le droit des êtres humains, ce qu'il faut savoir c'est que généralement les droits des êtres humains est bâti sur l'intransigeance et les droits de Dieu sont plutôt bâtis sur le pardon, la clémence, la miséricorde. Donc les les juristes ont tendance à dire que celui qui a des dettes effectivement, il n'a pas l'obligation d'accomplir le pèlerinage. Il doit honorer et rembourser toutes ses dettes avant d'accomplir le pèlerinage. Ceci dit, d'après certains juristes, celui qui laisse un garant, qui se porte garant pour rembourser ses dettes...
Shakeel Siddiq : Au cas où il lui arriverait quelque chose.
Mohamed Hendaz : Au cas où il lui arriverait effectivement quelque chose, il peut accomplir le pèlerinage dès lors qu'il a laissé suffisamment d'argent pour rembourser sa dette ou un garant. Et les savants distinguent également entre la la dette exigible et la dette à terme. Ce qui signifie que celui qui a une dette qui va qui est exigible à l'instant où il veut partir ou pendant son voyage, celui-ci n'aura pas la permission de de de voyager. Par contre, si elle est à terme et qu'il a de quoi honorer sa dette, donc il peut se permettre de de de de voyager et accomplir son pèlerinage.
Shakeel Siddiq : À terme, c'est-à-dire si vous pouvez donner un exemple ?
Mohamed Hendaz : C'est-à-dire que dont le terme n'est pas encore arrivé. Celui qui doit rembourser sa dette à une date ultérieure. Mais exigible, c'est la dette qui doit être remboursée immédiatement.
Shakeel Siddiq : Sans qu'il y ait une date limitée et fixe.
Mohamed Hendaz : Ou fixe ou limitée, peu importe, mais du moment qu'elle n'interviendra pas au cours de son voyage à La Mecque.
Shakeel Siddiq : Par exemple, quelqu'un qui qui prend donc un crédit Ça sera peut-être d'ailleurs le sujet d'une prochaine émission, hein ? Est-ce qu'il est licite ou pas sur le du point de vue musulman et du droit musulman de prendre un crédit immobilier ? Donc ça c'est tout un débat et tout un sujet, mais un musulman donc qui a un crédit immobilier par exemple sur 30 ans, sur 40 ans, est-ce qu'il peut, lui, faire le pèlerinage ou il pourra jamais le faire finalement et il est condamné à pas faire le pèlerinage étant donné qu'il doit de l'argent à la banque ?
Mohamed Hendaz : Hmm. Alors donc abstraction faite de la laïcité comme vous avez dit de de l'emprunt bancaire avec un taux d'intérêt, où abstraction faite également des des assurances qui se sont qui se portent garants de rembourser au cas où il arriverait une difficulté à cette personne comme la maladie qui l'empêcherait de travailler ou bien le le décès. Donc si on fait abstraction de de de ces deux éléments qui porteront je l'espère sur un autre le sujet d'une autre émission...
Shakeel Siddiq : Peut-être même plus qu'une émission d'ailleurs.
Mohamed Hendaz : D'accord. Et si on fait abstraction de ces deux éléments, dans ce cas-là, on peut dire que il est possible à la personne de de voyager dès lors qu'elle est capable d'honorer ses dettes par un salaire qui rentre mensuellement et ou bien de garants qui se donc qui qui qui honorerait sa dette s'il lui arrivait quelque chose.
Shakeel Siddiq : Très bien. Merci beaucoup, cheikh Mohamed Hendaz. On va passer maintenant aux questions des internautes qui ont été bien nombreuses. Donc on a bien entendu choisi avec notre équipe les questions les plus pertinentes. Donc la première question : le croyant peut-il effectuer le pèlerinage à la place d'une personne défunte ou bien à la place d'une personne qui serait atteinte d'une maladie grave ?
Mohamed Hendaz : Alors sur cette question, la plupart des savants, contrairement aux malékites qui ont plus de réticences sur l'accomplissement du pèlerinage à la place d'un autre, la plupart des savants n'y voient aucun inconvénient. Si ce n'est que certains dans cette même majorité imposent qu'il y ait eu un testament fait par le le défunt en question avant d'accomplir le le pèlerinage. Mais de manière très générale, il est possible d'accomplir le pèlerinage pour une personne défunte ou même une personne frappée d'incapacité physique, comme une femme qui était venue voir le Prophète sallallahu alayhi wa sallam et lui ayant demandé que enfin l'ayant informé que son père avait reçu donc l'ordre d'accomplir le pèlerinage et qu'il ne pouvait pas se tenir sur une monture, est-ce qu'elle pouvait accomplir son pèlerinage à la place de son père ? Donc il est, d'après ce ce texte, possible, comme lui a dit le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam, d'accomplir le pèlerinage à la place d'un autre.
Shakeel Siddiq : Même si la personne n'a jamais effectué le pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors la seule condition effectivement, c'est que la personne qui se porte garante d'accomplir le pèlerinage à la place d'une autre est tenue d'avoir accompli elle-même le pèlerinage avant de s'engager pour un autre. Ceci est retenu ou déduit d'un autre hadith qui est rapporté également par Al-Bukhari où un homme au temps du Prophète alayhi s-salatu wa s-salam avait dit : « Labbayk li Shubruma. » Il avait eu l'intention d'accomplir son pèlerinage pour Shubruma. Et quand le Prophète lui a demandé : « Mais qui est Shubruma ? », il lui a dit : « C'est un de mes frères. » Il lui a dit : « As-tu accompli le pèlerinage toi-même ? » Il lui a dit : « Non. » Il lui a dit donc : « Accomplis ton pèlerinage et plus tard tu accompliras pour Shubruma. »
Shakeel Siddiq : Une autre question qui me tient d'ailleurs beaucoup à cœur, je me la pose réellement moi aussi. Bon, le hajj c'est pas forcément accessible à tout le monde vu le prix élevé, hein. On est environ cette année à 5 6000 € pour le pèlerinage, alors que la omra, le petit pèlerinage, c'est beaucoup plus abordable, hein. On doit être en moyenne à 1 500 €, 2 000 €. Donc est-ce qu'on est obligé d'attendre quand on fait nos économies, parce que ça peut prendre les économies plusieurs années peut-être, alors est-ce qu'on est obligé d'attendre plusieurs années d'avoir la somme pour faire le pèlerinage ? Ou est-ce qu'il serait peut-être conseillé, justement pour atteindre cette taqwa, de faire la omra avant le pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors tout dépend d'où l'on parle. Si l'on parle d'après la doctrine chaféite, effectivement on est tenu d'accomplir la omra, parce que la omra est obligatoire une fois dans la vie pour tout musulman et tout musulmane.
Shakeel Siddiq : Ça c'est l'opinion des chaféites.
Mohamed Hendaz : C'est l'opinion des chaféites et également des hanbalites, qui se distinguent des hanafites et des malékites qui disent que c'est une sunna mu'akkada, c'est-à-dire une très très forte recommandation, une recommandation confirmée, certifiée qu'il est bon de de de s'acquitter ou d'accomplir.
Shakeel Siddiq : Sunna mu'akkada d'ailleurs qui en termes de normes juridiques n'est pas bien loin de l'obligation.
Mohamed Hendaz : Oui, qui s'en rapproche, mais qui qui n'a pas le même statut légal. Donc...
Shakeel Siddiq : Chez les chaféites, si on pour résumer en en deux mots, on pourrait reporter le hajj, le pèlerinage à plus tard et faire la omra avant puisque les deux ont le statut d'obligation religieuse.
Mohamed Hendaz : Effectivement. Effectivement. Hmm.
Shakeel Siddiq : Très bien. Autre question posée par nos chers internautes : on dit que le pèlerinage est un djihad, donc un combat entre guillemets, une lutte pour la femme. Est-ce qu'il y a un hadith qui traite ce sujet ?
Mohamed Hendaz : Oui, il y a un hadith, même plusieurs hadiths, et celui que j'ai actuellement en tête, c'est celui rapporté par Al-Bukhari où Aïcha radiyallahu anha avait cité effectivement les mérites du du djihad.
Shakeel Siddiq : Al-Bukhari qui est l'un des plus grands compilateurs de traditions prophétiques dans l'Islam, hein.
Mohamed Hendaz : Tout à fait. Et qui est réputé pour être authentique dans d'après les les les canons de la tradition prophétique. Donc d'après Aïcha, la mère des croyants radiyallahu anha, qui avait interpellé le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam sur le les mérites du du djihad, et donc le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam lui a répondu : « Le meilleur djihad se trouve dans dans le le pèlerinage », le meilleur djihad, sans préciser qu'il s'agissait le djihad de femme ou bien d'homme. C'est un terme « afdalu l-jihad », sans dire c'est pour les femmes ou bien pour les hommes. C'est un djihad en ce sens où il nécessite des efforts, une résistance, une lutte, une lutte contre soi-même, une lutte contre ses penchants, une lutte contre sa spontanéité, une lutte contre ses propres défauts et sa propre personne. C'est une lutte également puisqu'elle impose...
Shakeel Siddiq : Ce qu'on appellerait le jihad an-nafs, la lutte contre...
Mohamed Hendaz : Voilà, contre soi-même.
Shakeel Siddiq : Contre voilà, contre ses penchants et soi-même, tout à fait.
Mohamed Hendaz : Et également en termes de dépenses financières, puisque comme vous l'avez évoqué, à l'heure actuelle où il y a des prix très élevés, ça quand même ça demande quand même un certain investissement, ça demande une certaine somme d'argent qui n'est pas toujours facile pour les personnes de de de réunir pour accomplir ce merveilleux voyage du du du pèlerinage.
Shakeel Siddiq : Très bien. Qu'en est-il de celui qui vient à mourir lors du pèlerinage ? Est-ce qu'il y a une récompense particulière ?
Mohamed Hendaz : Alors concernant la la récompense, oui, on peut le déduire déjà du du Coran où il est dit : « Quiconque quitte sa sa son pays, sa ville en vue d'émigrer vers Allah et son Prophète et qui ensuite atteint par la mort, sa sa récompense incombe à Allah », c'est-à-dire Allah le récompensera pour son intention, pour l'effort qu'il a accompli. D'autre part, celui qui décède pendant son pèlerinage en état de sacralisation, pendant l'ihram, il est rapporté qu'un jour un homme, le jour de Arafat pendant le pèlerinage d'adieu du Prophète alayhi s-salatu wa s-salam...
Shakeel Siddiq : Qui est d'ailleurs le premier et seul pèlerinage du Prophète sallallahu alayhi wa sallam.
Mohamed Hendaz : Le seul pèlerinage, tout à fait. C'est d'ailleurs une une peut-être une miséricorde pour les les les personnes de savoir que le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam n'a fait qu'une seule fois son pèlerinage. Donc le jour de de Arafat, un homme se trouvait sur le mont de Arafat ou sur la plaine de Arafat et il est tombé de sa monture et sa monture lui a brisé le cou et il en est décédé. Le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam, dans un hadith qui est rapporté par Al-Bukhari aussi, dit que de ne pas le parfumer, c'est-à-dire de rester dans le même état de sacralisation et de ne pas lui couvrir le visage, ce qui est ce qui sont des exigences de de l'état de sacralisation du pèlerin, car il sera ressuscité le jour de la résurrection en prononçant la talbiyah. Vous savez, cette formule que tout pèlerin répète « Labbayka Allahumma labbayk ». Donc il sera ressuscité avec en prononçant cette formule le jour du Jugement dernier. Ce qui signifie que comme l'a dit Ibn Kathir, un des plus grands exégètes de de l'Islam ou des des plus célèbres et des plus notoires, disait que toute personne qui grandit sur une chose va vieillir sur cette même chose, et qui vieillit sur cette chose mourra sur cette chose, et qui meurt sur une chose sera ressuscité avec cette même chose. Donc celui qui meurt en état de sacralisation, il sera ressuscité avec l'état de sacralisation et la formule classique de la talbiyah qui qui qui l'accompagne.
Shakeel Siddiq : Très belle formule de de cheikh donc Ibn Kathir, qu'Allah subhanahu wa ta'ala le prenne en miséricorde. Alors pour terminer, c'est un peu la tradition maintenant de notre émission, si vous pouviez donner un conseil aux Français et aux Françaises de confession musulmane qui seraient un peu encore hésitants pour faire le pèlerinage ?
Mohamed Hendaz : Alors tout d'abord savoir la place qu'occupe le pèlerinage en Islam. Le pèlerinage est un pilier fondateur de l'Islam, comme l'a dit le Prophète dans un célèbre hadith, l'Islam est bâti sur cinq piliers : donc l'attestation de foi, la chahada, l'accomplissement de la prière, l'acquittement de la zakat, le jeûne du mois de ramadan et enfin le cinquième pilier qui est le pèlerinage de au lieu sacré pour quiconque en a les moyens physiques et financiers. Ce qui signifie que lorsqu'on voit l'image que donne le Prophète sallallahu alayhi wa sallam au pèlerinage et aux autres piliers, c'est que c'est un édifice, c'est une construction dont le concepteur est Allah subhanahu wa ta'ala et le maître d'œuvre c'est le Prophète alayhi s-salatu wa s-salam qui montre comment cette construction doit être bâtie, comment elle doit être menée. Et si il laisse le le si un croyant, un musulman ou une musulmane ne s'acquitte pas du pèlerinage et verra son son édifice menacé de de de s'écrouler. C'est comme on fait appel à un architecte et on et on lui donne la responsabilité de nous construire tel et tel édifice ou telle maison, il nous dit voilà, il va falloir cinq piliers ou quatre piliers ou trois piliers fondateurs de cet édifice. Et s'il vous manque un seul pilier, vous risquez de compromettre la solidité de de votre édifice. Donc dans ce cas-là, celui qui a la capacité physique et financière doit aller parachever son son Islam. Et c'est pas pour rien que le un des versets des plus célèbres en Islam a été révélé le jour de Arafat pendant le pèlerinage d'adieu du Prophète alayhi s-salatu wa s-salam : « Al-yawma akmaltu lakum dinakum wa atmamtu alaykum ni'mati wa raditu lakumu l-islama dina. » C'est aujourd'hui que j'ai parachevé pour vous votre religion, comme si que la la religion se parachevait avec l'accomplissement du du du pèlerinage.
Shakeel Siddiq : Très bien. Alors on va se quitter sur ce sur ce très beau verset du Saint Coran et en vous remerciant cheikh Mohamed Hendaz pour votre présence dans cette émission. Et on vous retrouve bien entendu très bientôt pour un deuxième programme sur le pèlerinage où on aura l'occasion de de rentrer dans certains détails juridiques, plus techniques, liés directement au pèlerinage. Merci beaucoup encore une fois. Qu'Allah subhanahu wa ta'ala vous préserve, vous, votre famille. Chers internautes, je vous dis à très très bientôt pour une prochaine émission sur encore une fois donc le pèlerinage. Qu'Allah subhanahu wa ta'ala vous préserve aussi tous et toutes et à très bientôt. As-salamu alaykum wa rahmatullah.