Troisième volet de l'émission"Islam Aujourd'hui" consacrée au savoir avec le Cheikh Mohamed Hendaz, diplômé de l'université d'Al Azhar et enseignant à l'IMED.
Oumma TVIslam Aujourd’huiThéologie & HistoirePratique & Éthique14:54
13 septembre 2013 à 12 h 00
Troisième volet de l'émission"Islam Aujourd'hui" consacrée au savoir avec le Cheikh Mohamed Hendaz, diplômé de l'université d'Al Azhar et enseignant à l'IMED.
Shakeel Siddiq : Islam aujourd'hui reçoit le docteur Mohamed Hendaz pour ce troisième volet sur le thème du savoir.
Docteur Mohamed Hendaz, as-salamu 'alaykum.
Mohamed Hendaz : Wa 'alaykum as-salam.
Shakeel Siddiq : Donc, on va parler aujourd'hui du savoir minimum dans les sciences religieuses que doit avoir le croyant. Donc première question : tout d'abord, est-ce que l'apprentissage dans les sciences religieuses est une obligation pour tous les musulmans ?
Mohamed Hendaz : Bismillah ar-Rahman ar-Rahim, al-hamdu lillahi wa as-salatu wa as-salamu 'ala rasulillah. Tout à fait, de manière très générale, la quête du savoir est une obligation qui incombe à chaque musulmane et à chaque musulman. Donc on a un célèbre hadith qui nous vient du Prophète, salla Allahu 'alayhi wa sallam, dans lequel il nous dit : « Talab al-'ilm faridatun 'ala kulli muslim ». C'est-à-dire que la quête du savoir est une obligation qui incombe à tout musulman, avec un M majuscule impliquant également les musulmanes. Donc de ce point de vue-là, on a une obligation qui est de rechercher le savoir de manière très générale. Mais les savants nous expliquent que la quête du savoir n'est obligatoire, bien sûr j'entends ici le savoir religieux qui concerne la religion musulmane, nous indique que cette obligation est une obligation individuelle. Et un des premiers justement à avoir conceptualisé cette idée d'obligation individuelle et collective est le célèbre savant l'imam ash-Chafi'i, rahimahu Allahu ta'ala. Il disait que « al-'ilm 'ilman », c'est-à-dire que le savoir, il y a deux genres ou deux catégories de connaissances : « 'ilm al-'ammah », c'est-à-dire le savoir qui concerne l'ensemble de la population musulmane, qui est un devoir donc sur le plan individuel, que tout le monde doit aller à la recherche. Il dit que toute personne qui possède ses capacités mentales et intellectuelles a le devoir et ne lui est pas permis de de de faire abstraction de la quête de ce savoir.
Shakeel Siddiq : C'est le bagage minimum que tous les musulmans doivent avoir.
Mohamed Hendaz : Le bagage effectivement minimum. Et à partir de là, justement, les les savants ont catégorisé ou classé le savoir en deux grandes catégories : le savoir qui incombe à chacun des musulmans, et un autre savoir qui est de façon qui est obligatoire, mais qui reste une obligation collective, c'est-à-dire que, simplement, si un groupe de personnes s'en charge ou vont à la recherche de ce savoir, il n'est pas obligatoire pour les autres. Et là, il convient de souligner que le savoir collectif, ou l'obligation collective de la quête de ce savoir, n'est pas spécifique au savoir religieux, parce que les savants justement précisent que c'est un le savoir de manière très générale. Donc tous les domaines et toutes les compétences qui vont déboucher sur des métiers, sur des spécialités, tous les corps de métiers sont invités à être investis par les musulmans, aussi bien la médecine que l'architecture ou bien toutes les technologies, toutes les ce qui touche à la à la création, etc. Donc tous ces domaines sont investis par une obligation collective. Et l'obligation, pour peut-être plus cadrer votre la réponse sur la la la la question, on pourrait s'interroger quel est le bagage minimum.
Shakeel Siddiq : Oui, le bagage alors, c'est le bagage minimum dans le savoir religieux.
Mohamed Hendaz : Voilà, le
Shakeel Siddiq : Le musulman lambda, qu'est-ce qu'il doit absolument connaître et il sera jugé dessus par Dieu dans l'au-delà ?
Mohamed Hendaz : Alors c'est tout ce qui est obligatoire dans l'immédiat. Et l'imam Abu Hamid al-Ghazali, le célèbre auteur de la somme théologique Ihya 'ulum ad-din
Shakeel Siddiq : Revivification des sciences de la foi, n'est-ce pas ?
Mohamed Hendaz : Voilà, de la foi. Exactement. Donc qui a une définition non pas dans cette somme théologique, mais dans un autre de ses ouvrages, qui est peut-être le dernier de ses ouvrages à être composé par l'imam Abu Hamid al-Ghazali, qui est Minhaj al-'Abidin, il dit que : « Kullu ma la ta'manu al-halaka bi-jahlihi fa-talabu 'ilmihi fardun la yasa'uka tarkuh ». C'est-à-dire que toute chose dont l'ignorance ne te prémunira pas de ta perte, la recherche de ce savoir devient une obligation, il ne t'est pas permis de l'ignorer. Donc tout ce que tu as besoin
Shakeel Siddiq : Définition très large.
Mohamed Hendaz : Très, très large. Donc qui peut rejoindre les les les les sciences religieuses, c'est-à-dire la la la la la comment connaître Dieu. Donc c'est tout ce qui va toucher à la croyance, il est obligatoire de le connaître. Tout ce qui va toucher à l'adoration : la purification notamment, la prière. La zakat, on peut l'inclure uniquement pour les personnes qui ont des biens ; ceux qui n'ont pas de biens, qui vivent dans la modestie ou de façon très modeste ou dans la pauvreté, n'ont pas à apprendre ce chapitre de la jurisprudence, puisque ils n'ont pas de bien à... Ceux qui n'ont pas les moyens d'aller faire le pèlerinage non plus. Et c'est ce qu'avait fait un célèbre savant, al-Waghlisi, rahimahu Allahu ta'ala, un savant algérien de Béjaïa, qui avait écrit un ouvrage, Al-Waghlisiyya, qui comportait simplement quelques chapitres. Il disait : « C'est le savoir minimum : sur la croyance, la foi, sur la purification, la prière et le jeûne. » Il n'a même pas parlé de la zakat, il n'a même pas parlé du pèlerinage. Et à la fin de cet ouvrage, il a rappelé quelques éléments fondamentaux de la spiritualité. Donc on a trois grands volets qui relèvent de l'obligation individuelle que tout musulman doit savoir : les connaissances afférentes à la croyance, al-iman, la connaissance de Dieu, c'est connaître Dieu. Le deuxième, c'est la pratique, ce que je suis en mesure de faire. Et le troisième, c'est tout ce qui touche à la spiritualité. C'est pour ça que un une célèbre poésie, qui est encore aujourd'hui étudiée dans le monde musulman, qui est le matn de Ibn 'Ashir, rahimahu Allahu ta'ala, un célèbre savant marocain qui a écrit Al-Murshid al-mu'in 'ala ad-daruri min 'ulum ad-din, c'est-à-dire ce qui va ce qui est nécessaire de connaître. Ad-daruri, c'est la nécessité, ce dont tu ne peux pas ignorer. Et il a partagé justement son livre en trois parties : une partie qui concerne la croyance, une partie qui concerne la pratique et une partie qui concerne la spiritualité. Et il disait que au début de son livre justement : « Awwalu wajibin 'ala man kullifa mummakanan min nazarin an ya'rifa Allaha wa ar-rusla bi-s-sifati mimma nasaba 'alayhi al-ayati ». C'est-à-dire que la première obligation qui incombe à tout à toute personne, pas seulement musulman, c'est de vraiment d'aller à la à la rencontre de Dieu, de connaître Dieu, de connaître ses ses attributs et de faire connaissance avec Dieu.
Shakeel Siddiq : Alors autre question : quel est le plus important, finalement, dans l'acquisition ? Est-ce que c'est la spiritualité, le dogme, ce qu'on appelle al-'aqida, ou bien les règles du droit musulman ?
Mohamed Hendaz : Alors, il me semble que le plus important c'est d'abord la connaissance de Dieu. Parce que tout va être conditionné par cette connaissance. Parce qu'en réalité tout ce qui est jurisprudence, pratique, qui relève de la technicité, de la manière dont il faut se rapprocher de Dieu, n'est qu'un moyen. Un moyen certes indispensable et nécessaire, mais il reste aussi un moyen. Et que l'objectif de tout ceci, de cette pratique, c'est comme on avait dit dans une précédente émission, c'est de se prosterner en toute humilité et de se rapprocher de Dieu. C'est la proximité de Dieu. Donc qui va passer par cette pratique, mais avant tout cette toute cette pratique, ce qui est mis en évidence, c'est la connaissance de Dieu, la spiritualité au sens large du terme, c'est-à-dire la connaissance à travers la croyance, la foi et également toute cette spiritualité, c'est-à-dire la purification de son corps de son cœur, pardon, de son ego, de tous ses penchants, de tous ces ses ses attirances qui pourraient empêcher un cheminement serein vers Dieu.
Shakeel Siddiq : Très bien. Autre et dernière question : est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'on entend par 'ilm nafi', le savoir qu'on va traduire par « utile », puisqu'on trouve des hadiths du Prophète, salla Allahu 'alayhi wa sallam, des invocations où il implore cette connaissance utile, comme par exemple dans un hadith authentique : « Allahumma inni as'aluka 'ilman nafi'an wa rizqan tayyiban wa 'amalan mutaqabbalan ». Est-ce que vous pouvez donc nous... Alors, est-ce qu'il y aurait une science utile puis une autre qui serait inutile finalement ?
Mohamed Hendaz : Alors effectivement, comme vous l'avez rappelé, il y a ce texte, mais il y a également le texte inverse qui dit : « Ô mon Dieu, protège-moi ou prémunis-moi de la science qui ne serait pas utile. » C'est-à-dire que non seulement il ne faudrait pas aller vers la recherche d'un savoir qui ne serait pas utile, et en même temps de de de de se prémunir de ce genre de de de savoir, parce que il pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour les personnes qui emprunteraient ce chemin. Alors effectivement, ça nous place face à deux registres. Un registre dans lequel il y aurait un savoir utile et un savoir qui ne serait pas utile. Donc là, on a une catégorisation en fait, ou une classification, de du du savoir. Savoir que le musulman est tenté et et est invité à rechercher, pardon, est celui qui va lui être utile. Alors utile dans ce bas monde, mais bien évidemment l'utilité ultime de ce savoir serait le jour du Jugement dernier. Tout simplement parce que il y a dans la recherche du savoir des éléments qui pourraient dévier les personnes du savoir utile. Les éléments ou les facteurs contraignants, c'est de rechercher un savoir pour un intérêt personnel. Et vraiment se satisfaire soi-même et non plus pour satisfaire Dieu ou s'inscrire comme étant les héritiers du Prophète Mohammed.
Shakeel Siddiq : Pas la recherche d'un salaire, ou bien la recherche du prestige.
Mohamed Hendaz : La recherche d'un salaire n'est pas forcément en contradiction avec la volonté de servir Dieu et la volonté d'être un héritier du Prophète, salla Allahu 'alayhi wa sallam, mais lorsque l'intention est focalisée justement ou uniquement sur sa propre personne, c'est-à-dire soit obtenir les les les les bienfaits de ce bas monde, obtenir un poste, obtenir une carrière, obtenir une place auprès d'un gouverneur, etc., tout ceci font que ce sont des facteurs qui handicapent le cheminement serein vers le savoir utile. Au départ, c'est un savoir utile, mais il y a des paramètres qui transforment ce savoir en savoir inutile parce que ils vont contre ils vont jouer contre la personne. Et ça, on a de nombreux hadiths qui rappellent que certaines personnes, ou les premières personnes qui vont être précipitées dans le feu de l'enfer, il y a ces trois catégories de personnes : le savant, il y a le généreux et le courageux. Ces trois personnes-là, ce sont des qualités qui sont recherchées en islam : le savoir, la générosité et le courage. Mais simplement, quand ils sont dans la voie pour plaire à Dieu. Mais quand ils ne vont pas dans la voie pour plaire à Dieu, on voit que les premières personnes à être précipitées dans le feu de l'enfer, ce sont ces personnes dont le savoir n'a pas été utile. Et
Shakeel Siddiq : Donc tout dépend de de l'intention alors.
Mohamed Hendaz : Voilà, l'intention est déterminante.
Shakeel Siddiq : Qui est d'ailleurs très un sujet très important dans l'islam.
Mohamed Hendaz : Déterminante, et qu'il faut qui qui est un sujet qu'il faut travailler en permanence. Travailler en permanence, donc on peut arriver à des moments donnés de son cheminement spirituel être tenté, mais rien n'empêche de réparer ou de réajuster les intentions dans la bonne direction. Et il y a une célèbre sentence de Ibn 'Ata Allah as-Sakandari, rahimahu Allahu ta'ala, il dit que le savoir, lorsqu'il est accompagné par l'amour et la crainte de Dieu, c'est celui qui sera en ta faveur ou qui jouera en ta faveur le jour du Jugement dernier. Et contrairement celui qui est dépourvu de cette lumière, de cet amour, de cet attachement à Dieu, celui-ci jouera en ta défaveur, c'est-à-dire il sera contre toi le jour du Jugement dernier.
Shakeel Siddiq : Alors on va terminer cette émission avec ces belles paroles de Ibn 'Ata, qu'Allah subhanahu wa ta'ala le prenne en miséricorde. Merci beaucoup pour votre votre intervention docteur Mohamed Hendaz, et à très bientôt chers oumanautes. As-salamu 'alaykum wa rahmatullah.
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