On ne présente plus François Burgat qui est sans conteste un des meilleurs spécialistes du monde arabo-musulman. Il évoque aujourd'hui sur OummaTV la notion d'islamiste.
Oumma TVIdées & DébatsPolitique3:58
2 juin 2010 à 12 h 00
On ne présente plus François Burgat qui est sans conteste un des meilleurs spécialistes du monde arabo-musulman. Il évoque aujourd'hui sur OummaTV la notion d'islamiste.
Transcription intégrale de la vidéo
L'islamisme est bien évidemment un mot qui n'a pas le même sens pour tous ceux qui l'emploient.
Je vais vous faire la grâce de son historicité longue. C'est un mot qui, scientifiquement à mes yeux, rend compte du fait qu'au début du XXe siècle, face à la trop bonne santé du monde occidental, une génération politique dans le monde musulman a commencé à mettre en avant son appartenance musulmane pour mobiliser la réaction face à l'Occident.
En 1928, les Frères musulmans en sont la première expression sous l'empire de la domination coloniale. Après la domination coloniale, c'est la poursuite de la remise à distance de la présence culturelle occidentale dans des sociétés indépendantes, mais qui restent tout de même marquées par la présence d'élites produites par ce processus culturel.
Puis, en 1990, intervient une rupturela radicalisation d'une composante des musulmans du monde face à la poussée de l'unilatéralisme américain, face à la capacité des États-Unis à coordonner une réponse seulement sécuritaire aux dysfonctionnements de l'ordre mondial, à se coordonner avec les acteurs du conflit israélo-arabe qui sont du bon côté du rapport de domination, et à s'entendre avec les titulaires de régimes arabes relativement illégitimes.
Cette troisième génération de l'islamisme va donner à ce mot son sens actuel. Dans le sens courant des dominants de ce monde sur le plan politique, ce terme sert à disqualifier, sur le plan idéologique et culturel, les résistances aux dysfonctionnements de tous les niveaux de l'ordre mondial.
On appelle « islamistes » ceux qui résistent ou qui s'opposent aux dysfonctionnements de l'ordre mondial, c'est-à-dire aux méthodes qu'emploient les États-Unis pour établir ou pérenniser leur hégémonie dans une région du monde. On appelle « islamistes » ceux qui résistent de façon trop active à l'échec évident des accords d'Oslo dans l'enceinte du conflit israélo-arabe, et on appelle « islamistes » ceux qui résistent aux dysfonctionnements des ordres politiques nationaux.
Il faut avoir conscience de ce tour de passe-passe sémantique. Pour éviter d'avoir à se poser la question de la responsabilité politique de chacun dans les violences de ce monde, on cède à la facilité de disqualifier le vocabulaire qu'emploie celui qui résiste et s'oppose. Quand vous parvenez à qualifier votre opposant d'« islamiste », vous avez gagné le gros lot : on débranche le cerveau, on branche les tripes et c'est la porte ouverte à l'irrationnel.
Une analyse objective du phénomène est une analyse qui réintroduit le politique, le profane et le rationnel sur un terrain où, malheureusement trop souvent, les médias, sauf peut-être Oumma.com, auraient tendance à laisser nos craintes, nos peurs et notre ignorance prendre le dessus.
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