Le chercheur François Burgat expose les contributions potentielles des citoyens de confession musulmane à la vie de la nation française.
Le chercheur François Burgat expose les contributions potentielles des citoyens de confession musulmane à la vie de la nation française.
Transcription intégrale de la vidéo
Personnellement, j'ai choisi de m'interroger sur le sens que la notion de liberté religieuse avait sur le terrain politique. Ce que je vais dire en peu de mots, je ne vais pas le dire en tant qu'universitaire, spécialiste du monde arabe ou chercheur au CNRS sur le monde arabe, mais en tant que citoyen. En tant que citoyen qui a eu le privilège de vivre très longtemps dans une région du monde dont la culture, la sensibilité et la religion sont différentes.
Je voudrais exprimer ma préoccupation et mon souhait que le pays où nous sommes ne coure jamais le risque de se priver de l'expérience de tous ceux qui composent le tissu de la nation.
J'ai parfois le sentiment, et il s'est confirmé en arrivant dans ces lieux, alors que j'avais entendu depuis le Maroc où j'étais hier soir qu'il y avait 15 000 personnes au Bourget et que j'ai l'impression d'en avoir vu 30 000, 40 000 ou 50 000, que la voix d'une partie de la société française n'est pas autorisée à participer à l'alchimie de l'information et de la politique qui donne sa force à notre nation.
J'ai parfois l'impression que la liberté religieuse s'arrête au seuil d'une espèce d'injonction non dite : « Sois musulman, mais tais-toi ». C'est ce « sois musulman, mais tais-toi » que je voudrais personnellement interroger, en posant la question de la responsabilité de ces organes de presse qui ont l'énorme privilège, mais aussi l'énorme responsabilité, de s'appeler le service public.
Lorsque j'écoute Radio France le matin ou que je regarde France Télévisions le soir, je n'ai pas toujours le sentiment que toutes les richesses du tissu national sont mobilisées pour nous aider à comprendre le monde et à communiquer avec lui. C'est ce danger pour le pays de se priver du savoir, de la sensibilité et de la richesse d'une partie d'entre nous que je voudrais montrer du doigt.
J'ai la forte conviction que si nous sommes capables de faire appel à nos musulmans de France et de leur demander davantage, notre capacité à comprendre ce qui se passe aujourd'hui dans le monde sera supérieure. Je ne dis pas cela par gentillesse ou par disponibilité, mais par intérêt. Je pense que la politique de la France doit pouvoir passer en partie par la compétence de ceux qui connaissent un peu mieux le monde musulman.
Je n'ai pas toujours le sentiment que ce soit le cas, aussi bien dans le discours médiatique dominant que dans le discours politique dominant ou dans la politique de la France. Cela m'amène à m'interroger et à remettre en cause cette représentation.
Bien sûr, je ne pense surtout pas qu'il existerait une manière musulmane, une manière chrétienne ou une manière athée de regarder le monde. Mais si par hasard c'était le cas, je voudrais être sûr que toutes les manières de regarder le monde participent bien à la construction de notre regard sur ce monde.
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