Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec François Burgat, éminent spécialiste du monde arabo-musulman
Oumma TVMoyen-OrientIdées & Débats4:19
2 juin 2010 à 12 h 00
Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec François Burgat, éminent spécialiste du monde arabo-musulman
Transcription intégrale de la vidéo
Personnellement, j'ai choisi de m'interroger sur le sens que la notion de liberté religieuse a sur le terrain politique. Ce que je vais dire en peu de mots, je ne vais pas le dire en tant qu'universitaire, spécialiste du monde arabe ou chercheur au CNRS sur le monde arabe : je veux le dire en tant que citoyen.
En tant que citoyen qui a eu le privilège de vivre très longtemps dans une région du monde dont la culture, la sensibilité et la religion sont différentes, je voudrais exprimer ma préoccupation et mon souhait que le pays où nous sommes ne coure jamais le risque de se priver de l'expérience de tous ceux qui composent le tissu de la nation.
J'ai parfois le sentiment, et il s'est confirmé en arrivant dans ces lieux, que la voix d'une partie de la société française n'est pas autorisée à participer à l'alchimie de l'information et de la politique qui donne sa force à notre nation. J'avais entendu depuis le Maroc, où j'étais hier soir, qu'il y avait 15 000 personnes au Bourget, et j'ai l'impression d'en avoir vu 30 000, 40 000 ou 50 000.
J'ai parfois l'impression que la liberté religieuse s'arrête au seuil d'une espèce d'injonction non dite : « Sois musulman mais tais-toi ». C'est ce « sois musulman mais tais-toi » que je voudrais interroger, en me posant la question de la responsabilité des organes de presse qui ont l'énorme privilège, mais aussi l'énorme responsabilité, de s'appeler service public.
Lorsque j'écoute Radio France le matin ou que je regarde France Télévisions le soir, je n'ai pas toujours le sentiment que toutes les richesses du tissu national sont mobilisées pour nous aider à comprendre le monde et pour nous aider à communiquer avec lui.
C'est ce danger pour le pays de se priver du savoir, de la sensibilité et de la richesse d'une partie d'entre nous que je voudrais pointer du doigt. J'ai la forte conviction que si nous sommes capables de solliciter davantage nos musulmans de France, notre capacité à comprendre ce qui se passe dans le monde aujourd'hui sera supérieure.
Je ne dis pas cela par gentillesse ou par bienveillance, je le dis par intérêt. Je pense que la politique de la France doit pouvoir passer en partie par l'expertise de ceux qui connaissent un peu mieux le monde musulman. Or, je n'ai pas toujours le sentiment que ce soit le cas, que ce soit dans le discours médiatique dominant, dans le discours politique dominant ou dans la politique de la France.
Cela m'amène à m'interroger et à remettre en cause cette représentation. Bien sûr, je ne pense absolument pas qu'il existerait une manière musulmane, une manière chrétienne ou une manière athée de regarder le monde. Mais si jamais c'était le cas, je voudrais être sûr que toutes les manières de regarder le monde participent pleinement à la construction de notre regard sur ce monde.
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