Au programme d' Islam aujourd'hui, un entretien sur le Coran avec le cheikh Hichem Elarafa, directeur de l'institut Oussoul Eddine de Saint-Denis.
Oumma TVIslam Aujourd’huiThéologie & Histoire19:56
25 juillet 2014 à 12 h 00
Au programme d' Islam aujourd'hui, un entretien sur le Coran avec le cheikh Hichem Elarafa, directeur de l'institut Oussoul Eddine de Saint-Denis.
Transcription intégrale de la vidéo
JournalisteBienvenue. Il est diplômé en études islamiques de l'université de Riyad. Mon invité aujourd'hui est Hichem El Arafa. Il est imam, conférencier, et c'est un acteur au quotidien au sein de la communauté en France. Nous allons ensemble évoquer le lien entre le croyant et le livre sacré, le Coran.
Assalamu alaykum, cheikh.
Hichem El ArafaWa alaykumu as-salam wa rahmatullahi wa barakatuh.
JournalisteJ'ai le plaisir d'avoir une nouvelle émission avec vous aujourd'hui autour du thème du livre sacré, du Coran, et du rapport que l'on doit avoir avec ce dernier. Comment doit-on l'aborder ? C'est la parole de Dieu ?
Hichem El ArafaBismillah ar-rahman ar-rahim. Al-hamdu lillahi wa as-salatu wa as-salamu 'ala rasulillah.
Effectivement, le Coran est le meilleur cadeau qu'Allah subhanahu wa ta'ala a donné à l'être humain. En le créant, Allah subhanahu wa ta'ala a mis à sa disposition tout ce dont il a besoin pour vivre. Cet univers, cette Terre sur laquelle nous sommes, est créée et disposée de telle sorte qu'elle répond à tous nos besoins.
Mais Allah subhanahu wa ta'ala nous connaît mieux que nous-mêmes. Il sait que nos besoins ne s'arrêtent pas aux besoins matériels et que nous avons une autre dimension, qui nous différencie d'ailleurs de beaucoup de créatures vivantes autour de nous, de l'animal. L'être humain n'est pas qu'un tube digestif, il n'a pas seulement un ventre à remplir : il a également un cœur à nourrir.
Ce besoin spirituel a besoin d'être comblé. Allah subhanahu wa ta'ala nous a ainsi révélé le Coran. Avant le Coran, Il a d'ailleurs fait des révélations depuis le premier être humain apparu sur Terre, Adam alayhi salam. Cette révélation, cette parole divine, est aussi indispensable, si ce n'est plus indispensable à l'être humain pour une vie saine et équilibrée, que l'oxygène que nous respirons.
C'est la parole de Dieu, le meilleur cadeau qu'Allah subhanahu wa ta'ala a révélé. Dans un hadith, le Prophète sallallahu alayhi wa sallam le présente à travers une image en disant : « Al-Qur'anu ma'dubatullah », le Coran est le festin auquel Dieu vous invite. Profitez donc de ce festin.
Il est important de savoir de quelle manière nous devons aborder le Coran. Surtout que dans notre contexte actuel, sous le poids lourd des traditions, notre rapport au Coran a été réduit à des calligraphies avec lesquelles on décore nos murs, à des sortes de psalmodies faites pour accompagner un mourant ou un mort, ou encore à un petit Coran miniature que certains accrochent quelque part pour repousser le mauvais œil ou les mauvais sorts.
Le Coran a été révélé pour avoir une autre fonction et apporter à l'être humain beaucoup plus que d'être un fétiche quelconque. Par le Coran, Allah subhanahu wa ta'ala a changé le cours de l'histoire. C'est-à-dire que l'histoire du monde aujourd'hui serait certainement différente sans les 14 siècles de l'histoire de l'islam. Et ces siècles de l'histoire musulmane n'auraient pas été ce qu'ils étaient sans cette révélation.
Quand Allah subhanahu wa ta'ala a révélé ce livre, ce n'était pas juste un livre : c'est le document le plus important que l'être humain ait entre les mains et sur lequel il doive se pencher. Il doit surtout développer plusieurs attitudes vis-à-vis du Coran, que l'on peut résumer en trois ou quatre points importants.
La première chose est d'être disposé à croire dans le contenu du Coran. Deuxième chose, méditer dessus. Troisièmement, s'en inspirer dans la vie de tous les jours et le mettre en application. Quatrièmement, avoir un rapport régulier ou assez régulier de lecture, de récitation et de mémorisation du Coran.
JournalisteC'est vrai que le Coran lui-même invite, pour prendre un seul exemple, le croyant que nous sommes, ou que nous pourrions être, car il inspire aussi les non-croyants, à méditer sur la création sublime d'Allah subhanahu wa ta'ala. En quoi doit-il nous nourrir au quotidien dans notre réflexion, dans notre rapport à l'autre, à la nature, à la vie et à ses finalités ?
Hichem El ArafaNous savons et nous sentons au fond de nous-mêmes que, dans nos relations avec les gens comme avec la nature, ou dans notre propre réflexion sur l'univers, y compris dans son exploration scientifique, l'être humain a besoin de repères. Il ne peut pas partir d'un néant total, d'un vide fait uniquement de points d'interrogation. On part d'hypothèses que l'on essaie ensuite de vérifier.
Dans le Coran, Allah subhanahu wa ta'ala nous donne plus que des hypothèses : Il nous donne un certain nombre de repères pour nous orienter. C'est valable sur le plan social, comportemental et relationnel, comme sur le plan de la réflexion, de la tentative de compréhension et de l'analyse de l'être humain, de la société et de cet univers.
La fonction première du Coran n'est pas de nous donner des réponses scientifiques toutes faites. Si Allah subhanahu wa ta'ala nous a dotés d'une raison et d'une intelligence, c'est pour qu'elles s'exercent. Sauf qu'Il a aidé cette intelligence dans sa fonction grâce à un certain nombre de repères.
Prenons un exemple. L'être humain s'est longtemps interrogé, et les philosophes ont débattu, sur l'apparition du phénomène de la foi et de la religion. Les fouilles archéologiques montrent partout des grottes, des traces et des dessins de pratiques religieuses ou culturelles. Quand ce phénomène est-il apparu ? La théorie philosophique la plus répandue, pour schématiser, affirme que l'humanité est passée par des phases : d'abord les tâtonnements et les superstitions, puis la religion, enfin la science. Une fois l'univers compris, l'être humain n'aurait plus besoin de religion, celle-ci n'étant qu'une invention humaine pour expliquer l'inexplicable.
Or, le Coran nous dit que le premier bipède, le premier être humain à avoir mis les pieds sur Terre, Adam alayhi salam, ne tâtonnait pas : il était prophète. Il était déjà guidé, doté de la raison, mais pourvu aussi d'une révélation et d'une religion. Rien qu'un point comme celui-là aide notre réflexion sur les différents thèmes que nous analysons.
C'est également valable, et de manière encore plus visible, dans nos relations individuelles et collectives, par exemple dans la gestion de nos biens. L'être humain a inventé plusieurs systèmes qu'il jugeait utiles, généralement animé par l'avidité et le désir de gagner toujours plus. Parmi les systèmes inventés et mis en place figure l'usure, le système de l'intérêt.
Face à cette idée qui a traversé l'esprit humain depuis la nuit des temps, le Coran prévient : vous n'avez pas intérêt à emprunter cette voie, elle ne vous mènera jamais au bonheur ; attendez-vous au contraire à des ennuis insurmontables. Allah subhanahu wa ta'ala qualifie cela en disant que celui qui s'engage dans cette voie livre une guerre à Dieu, ou se voit déclarer la guerre par Dieu Lui-même.
Bien sûr, Dieu ne déclare pas la guerre en envoyant des obus.
JournalisteBien sûr.
Hichem El ArafaCe sont les conséquences sociales, économiques et humaines de ces choix qui se répercutent sur l'être humain et qui constituent l'expression de cette guerre.
Sur ce point précis, au cours des années passées depuis 2007-2008, des voix sages se sont élevées en Europe face aux cris d'alarme de la crise, que l'on croyait d'abord seulement immobilière, puis financière, économique et générale.
JournalisteVoilà.
Hichem El ArafaUn certain nombre de voix sages ont affirmé que le Coran avait raison. Je pense particulièrement à deux éditoriaux parus en septembre 2008, l'un dans Le Journal des finances et l'autre dans Challenges. C'étaient des articles écrits par des spécialistes de la finance, non musulmans, qui expliquaient que le Coran avait vu juste en fixant cette règle.
Allah subhanahu wa ta'ala offre ainsi à l'être humain une sorte de canot de sauvetage à travers le Coran, un ensemble de repères qui lui évitent de trop tâtonner et lui épargnent des difficultés concrètes, sociales ou intellectuelles.
JournalisteNous avons évoqué le Coran sous l'angle de la guidance pour l'humanité. Pouvez-vous l'aborder sous l'angle de la guérison ? Le Coran est aussi une source de shifa, n'est-ce pas ?
Hichem El ArafaOui, c'est cela.
JournalisteComment et pourquoi bénéficier de cette shifa ?
Hichem El ArafaAllah subhanahu wa ta'ala dit dans le Coran : « Wa nunazzilu mina al-qur'ani ma huwa shifa'un lima fi as-sudur ». Il dit que c'est une guérison, et le verset précise bien : « lima fi as-sudur », pour ce qui est dans les poitrines.
Ce n'est donc pas une shifa pour remédier à une rage de dents ou pour arrêter un mal de tête. Malheureusement, le commun des musulmans qui n'a pas étudié les sources et les références de l'islam a parfois tendance à prendre les choses de façon littérale et superficielle.
Il y a bien sûr des guérisons pour le corps dans le Coran, mais par la prévention plutôt que par la récitation de versets. Lorsque le Coran nous enseigne de ne pas céder à un plaisir qui mènerait par exemple à la consommation d'alcool, Allah subhanahu wa ta'ala préserve notre corps par cette règle. Ce n'est pas une guérison directe, c'est de la prévention. Quand on connaît les maladies liées à l'alcool et les milliers de décès annuels, en France et sur la planète…
JournalisteBien sûr, avec toutes les déclinaisons possibles, c'est-à-dire les drames familiaux.
Hichem El ArafaEffectivement. Pour en revenir à la shifa « lima fi as-sudur », Allah subhanahu wa ta'ala apporte à l'être humain de véritables pansements pour le cœur.
Lorsque je récite le Coran et que je découvre l'histoire d'un homme confronté à une épreuve apparemment inextricable : un père qui perd son jeune fils sans jamais perdre espoir en Dieu, et qui le retrouve 20 ans plus tard à la tête d'un État. Cela n'arrivera pas à quiconque perd un enfant, mais cet exemple montre que la main d'Allah subhanahu wa ta'ala est derrière les événements de notre vie et qu'il ne faut jamais désespérer.
Ou lorsqu'on voit une mère avec un bébé dans les bras, sous une dictature qui ordonne la mise à mort de tous les nouveau-nés, en pensant à sayyidina Moussa alayhi salam et à Pharaon. Ne sachant que faire, elle s'en remet entièrement à Dieu, n'ayant plus d'autre issue. Dieu lui inspire alors : mets-le dans un panier et laisse-le, mets-le dans le fleuve. Elle vivait en Égypte : mets-le dans le Nil. Elle s'exécute, et Allah lui dit : « Inna radduhu ilayki », mets-le, nous allons te le ramener, « wa ja'iluhu mina al-mursalin », et nous ferons de lui un messager. Non seulement l'enfant survit et revient, mais il devient quelqu'un de très important, un maître. C'est exactement ce qui s'est produit.
Quand on lit ces passages, pris ici à titre d'exemple, et que l'on comprend que la main d'Allah subhanahu wa ta'ala est présente partout, qu'Il est le Dieu bienveillant et miséricordieux, cela apaise profondément face à la difficulté. Il n'y a rien de mieux pour faire face à une épreuve.
JournalisteFace aux épreuves du quotidien.
Hichem El ArafaVoilà, pour puiser de l'énergie et résister aux difficultés et à la maladie que l'on peut rencontrer dans la vie.
JournalisteEnfin pour terminer, durant ce mois sacré de Ramadan, quel rapport dois-je avoir au Coran ? Dans ma pratique, dois-je le lire régulièrement ? C'est une question ouverte.
L'intervenantLe mois de Ramadan est le mois du Coran par excellence. C'est d'abord le mois durant lequel le Coran a commencé à être révélé. Il y a deux formes de révélation, et l'une d'elles a eu lieu pendant le mois de Ramadan.
C'est aussi un mois au cours duquel le Prophète, sallallahu alayhi wa sallam, avait pris l'habitude de réviser les révélations qui lui étaient faites chaque année. Chaque année, au bout de 12 mois, pendant le mois de Ramadan, il révisait en récitant auprès de Jibril, alayhi salam. On sait qu'à la fin de sa vie, il a récité par deux fois. Il existe donc un lien particulier entre le Coran et le mois de Ramadan.
C'est également la raison pour laquelle, lorsque le mois de Ramadan a été institué, le Prophète, sallallahu alayhi wa sallam, a commencé un rythme de prières surérogatoires supplémentaires, les tarawih. Il s'est engagé à réciter le Coran, voulant le réciter en entier, même s'il ne l'avait pas fait d'une manière publique et collective avec les compagnons. Mais très vite, les califes après lui ont compris que tel était l'esprit et ils l'ont institué.
C'est ainsi entré dans l'esprit et la pratique des musulmans depuis le début de l'islam jusqu'à nos jours : ce n'est pas une obligation, mais c'est très recommandé. L'une des meilleures choses que l'on puisse faire est de réciter ou d'écouter la totalité du Coran pendant ce mois.
Ce qui est important, c'est que le musulman essaie d'avoir un programme pendant ce mois-ci, mais aussi au-delà. Les musulmans avaient d'ailleurs l'habitude de découper le Coran en 30 ou en 60 parties, de telle sorte qu'ils le lisent en un mois ou en deux mois maximum, du début à la fin. Cela permet de découvrir ce qu'il nous dit, ce qu'il nous apporte, et cela constitue une nourriture régulière.
JournalisteC'est par excellence un mois d'éducation pour le reste de l'année.
L'intervenantExactement, effectivement.
JournalisteD'accord.
L'intervenantJe pense que c'est dans cet esprit que le musulman doit chercher et veiller à établir un lien avec le Coran : en le récitant, en le lisant, en prenant un peu de temps pour méditer dessus, pour réfléchir et essayer de le comprendre, dans la limite de ses moyens bien sûr. Il verra que, quel que soit son niveau de connaissance, même de connaissance islamique, il tirera un bénéfice du Coran. Et plus il y revient, plus ce bénéfice augmente.
JournalisteBarakallahu fik, cheikh, encore une fois pour cette intervention et pour avoir partagé votre connaissance avec nous et le public.
L'intervenantBarakallahu fik.
JournalisteÀ bientôt, inshallah.
L'intervenantInshallah. Wa salamou alaykoum wa rahmatullahi wa barakatuh.
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