Bismillah ar-Rahman ar-Rahim. Al-hamdu li-Llah wa salatu wa salamu 'ala rasuli-Llah. Mes frères et sœurs, salam aleykoum wa rahmatullahi wa barakatuh.
Le sujet que je vous propose aujourd'hui est un sujet très important, portant sur notre compréhension de l'islam. Depuis un moment, on entend souvent parler de la nécessité de réformer l'islam, de réformer notre compréhension de l'islam. La question qu'on devrait se poser est : la réforme, d'accord, mais laquelle ?
Parallèlement au retour à l'islam qu'on voit au sein de notre communauté depuis quelques années ici en France, et même depuis quelques décennies dans le monde musulman, des voix s'élèvent de manière récurrente pour appeler à la nécessité de réformer.
Cet appel en soi est légitime. Le Prophète (sallallahu 'alayhi wa sallam) lui-même nous rappelle dans un hadith qu'environ chaque siècle, Dieu suscitera quelqu'un qui viendra renouveler la religiosité de la communauté musulmane.
Réformer ou déformer ?
En plus de ces voix qui s'élèvent de l'intérieur de la communauté musulmane, et plus précisément de l'intérieur des références musulmanes, d'autres voix s'élèvent également de l'extérieur de nos références pour appeler, elles aussi, à la nécessité de réformer l'islam. On est en droit de se demander quelle est l'intention, quel est l'objectif. Est-ce de donner un nouvel élan à l'islam et de le promouvoir ? Ou bien, sous couvert de le réformer, l'effet recherché et escompté est-il de le freiner, de le diluer, de le dissoudre, de le perturber ?
Ce qui permet de comprendre quelle démarche relève de la réforme et quelle démarche peut déformer et non réformer l'islam, c'est d'analyser le discours, le contenu et les arguments.
Pour vous donner un exemple, il y a quelque temps, un penseur au sein du monde musulman a appelé à tenir compte des nouvelles conditions de travail dans nos sociétés musulmanes et dans les sociétés en général. Du fait que les jours de repos dans la plupart des pays musulmans sont le samedi et le dimanche, il a dit qu'il serait judicieux que le rendez-vous hebdomadaire des musulmans autour de la prière de salat al-joumou'a, la prière du vendredi, soit décalé et accompli le dimanche, de telle sorte que cela puisse convenir à un grand nombre de musulmans.
Des propositions contraires aux textes
En apparence, cette proposition est logique. La question qu'on peut se poser est : d'un point de vue purement islamique, cette proposition est-elle acceptable ? Ne l'est-elle pas ? Pourquoi ? Sur quelles bases peut-on proposer de changer telle ou telle règle ?
Des voix de ce genre se sont élevées, avec plusieurs propositions. Je peux vous citer un autre exemple, partant de ce qu'on appelle l'historicité des sources, c'est-à-dire le fait que nos références islamiques s'inscrivent dans un cadre historique, ayant été révélées au VIIe siècle, et qu'il faut en tenir compte. Certains n'hésitent pas à dire que le hijab, ou le foulard, ou le voile, était une tradition du Proche-Orient depuis plusieurs siècles, qu'elle n'est pas propre à l'islam, et que les musulmans devraient la revoir aujourd'hui, vu que le contexte dans lequel nous vivons est nouveau. D'autres affirment que telle ou telle règle présente dans nos sources et nos références islamiques devrait également être revue à la lumière de ce contexte nouveau.
Il est facile de dire qu'il faut tout revoir. L'important n'est pas de revoir ou non, mais d'observer le résultat final : est-ce encore l'islam ou pas ? Ou est-ce autre chose à laquelle on donnerait l'étiquette de l'islam, mais qui ne correspond pas du tout à l'islam ?
C'est la question que nous essaierons d'analyser de manière plus profonde : les modes de raisonnement et les mécanismes utilisés dans ce que certains appellent une réforme, mais qui est plutôt une invitation à déformer et à se défaire des références islamiques. Nous verrons également quels sont les outils méthodologiques proposés par les sciences islamiques pour répondre à ce défi.