Troisième partie de l'émission "Islam aujourd'hui" avec Ahmed Djaballah, directeur de l'Institut européen des sciences humaines à Saint-Denis.
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17 mars 2014 à 12 h 00
Troisième partie de l'émission "Islam aujourd'hui" avec Ahmed Djaballah, directeur de l'Institut européen des sciences humaines à Saint-Denis.
Transcription intégrale de la vidéo
Islam aujourd'hui reçoit le docteur Jaballah, directeur de l'IESH et membre du Conseil européen de la fatwa pour cette troisième et dernière émission sur le sujet de la citoyenneté et du vote.
Shakeel SiddiqDocteur Ahmed Jaballah, salam aleykoum.
Ahmed JaballahWa aleykoum salam wa rahmatullah.
Shakeel SiddiqAlors bienvenue sur le plateau de notre émission. Alors on a déjà fait deux épisodes sur le sujet alors du vote, bon, plus généralement de la citoyenneté, et on aura sûrement l'occasion de détailler davantage le sujet incha Allah dans les mois à venir. Alors, il y a encore d'autres versets qui peuvent justement créer la polémique au sein des enfin chez les Français de confession musulmane, des versets justement qui demandent un certain éclaircissement parce que vous avez cité des arguments lors de notre dernière émission, mais on a des versets quand même qui font assez peur, qui pourraient vraiment inciter le musulman à ne pas rentrer dans un système démocratique. Alors, je cite un verset en particulier que je trouve d'ailleurs très souvent cité sur le web et que j'entends aussi de la bouche de certains musulmans, c'est le verset 21 de la sourate 42 du Coran où Dieu dit : « Ou bien auraient-ils des divinités qui auraient établi pour eux des lois religieuses non autorisées par Dieu ? » Comme si donc il y a des lois divines, la charia, et d'un côté, on a des lois qui n'ont absolument aucun rapport et finalement, ne pas aller dans un sens, celui du religieux, viendrait à dire qu'on est dans du kufr ou bien dans de l'idolâtrie, c'est-à-dire qu'on finalement, être un citoyen, c'est être un idolâtre. C'est un peu un petit raccourci, mais bon, c'est très souvent compris de cette manière-là. Qu'en pensez-vous ? Comment comprendre ce verset ?
Ahmed JaballahOui. Encore une fois, justement, c'est la compréhension, effectivement, des versets parce que vous savez le Coran, il a sa son style particulier de parler, d'évoquer des sujets dans plusieurs versets. Il y a toute une méthodologie de compréhension de commentaire du Coran qu'on doit rassembler les versets pour essayer d'avoir une vision assez globale. Alors, ces versets-là ce verset-là, il parle de de de faire des lois au nom de la religion qui contredisent les préceptes que Dieu a révélés. Bien sûr, on ne peut pas accepter en tant que fidèle, croyant des choses qui contredisent les principes, les fondements de sa religion. Et je dirais ça c'est c'est valable pour toutes les religions. Ce n'est pas spécifique aux musulmans. Un catholique pratiquant, il veille quand même à être fidèle aux principes de sa religion. Également, un juif pratiquant, un bouddhiste, etc. Si vous voulez, ce n'est pas quelque chose de spécifique. Il est du droit du musulman vivant dans une société où la liberté de croire, de conviction, de pratique est garantie d'avoir cette possibilité de comprendre, de vivre sa religion sans bien sûr porter aucune atteinte à la liberté des autres. Mais ce n'est pas de ce verset-là qu'on doit justifier, effectivement, que la religion nous interdit de vivre avec les autres, de participer avec les autres. Parce que la loi générale, dite loi positive, qui nous gouverne tous dans une société de diversité, il ne faut pas aussi mettre cette loi en contradiction avec les préceptes religieux. On peut trouver des contradictions, nous avons connu des débats dans la société.
Shakeel SiddiqComme la famille pour tous.
Ahmed JaballahVoilà, comme la question concernant la famille, etc. Mais là, on est tenu par la règle démocratique, le respect de la liberté de tout le monde, que chacun il s'exprime, il exprime ses idées, ses points de vue. Mais après, il faut trancher sur ces questions-là et il faut dire qu'il y a des lois générales qui n'obligent pas les personnes d'être en contradiction avec leur pratique. Et ça, je pense, c'est très important de le souligner. Mais sur le reste, il ne faut pas aussi se focaliser sur ces questions de contradiction. Sur le reste, c'est c'est c'est le sens c'est le bien commun, c'est l'intérêt commun. Là, nous allons avoir des échéances par rapport aux élections municipales. Allez voir quelles sont les les missions d'une municipalité : c'est de servir les citoyens dans la commune. C'est c'est l'école, c'est les routes, c'est la sécurité, c'est la question sociale. Et je pense sur ces questions-là, il y a quand même une grande entente entre tous les citoyens quelles que soient leurs références religieuses ou philosophiques. Alors, on ne peut pas s'interdire d'être actif, d'être positif, de contribuer au bien-être général parce que sur tel sujet ou tel point, on a un avis contradictoire. Et d'ailleurs, je le souligne, même d'un point de vue, si vous voulez, politique, est-ce que tous les gens sont d'accord sur les les choix politiques, que ce soit au niveau national ou au niveau régional, local ? Non. Il y a quand même une diversité, mais on ne va pas arrêter la vie parce que, moi, je ne suis pas d'accord avec telle personne sur tel point. Vous avez toute la possibilité de de de présenter ce que vous avez, de convaincre les autres, mais il faut se soumettre après au verdict démocratique.
Shakeel SiddiqD'accord. Très bien. Alors, justement, pour les municipales, pour aller maintenant un peu plus dans le détail, alors, comment voter ? Bon, la question n'est peut-être pas pertinente. Pour qui voter ? Quelle orientation donner au vote ? Est-ce que vous avez un conseil à donner aux musulmans éventuellement sur le sujet ? Ou est-ce que vous préférez rester neutre parce que la religion n'a pas forcément son mot à dire, le citoyen doit être libre totalement ? On a tout plein d'interrogations qui vont dans ce sens-là.
Ahmed JaballahOui. Écoutez, ce qui a été justement traité par le Conseil européen lorsque nous avons travaillé sur la question de la participation, c'est que il n'est pas de la mission d'une religion ou d'institutions religieuses de donner des consignes de vote. Ça c'est clair. C'est-à-dire, on ne peut pas aujourd'hui donner un consigne de vote pour toutes les élections d'ailleurs, en en tant qu'institution ou un avis religieux pour dire aux musulmans : « Vous êtes tenus de de de voter dans dans cette direction ou pour tel candidat. » Là là là, c'est une question tout à fait claire et même dans les décisions du Conseil, elle a dit que le musulman comme tous les citoyens, ils peuvent adhérer à des partis différents.
Shakeel SiddiqMais ça serait ça serait ça serait peut-être bien, non, si si le Conseil justement ou l'UOIF ou le CFCM, j'en sais rien, invitait à voter pour même pour les présidentielles ou même pour les municipales à des personnes bien précises, désignées. Ça pourrait peut-être créer un lobby musulman ou quelque chose qui va dans ce sens ?
Ahmed JaballahÉcoutez, le le vote, c'est quand même une décision personnelle parce que on est quand même confronté à des critères qui sont différents. Et vous savez, c'est c'est le même problème qu'on rencontre chaque citoyen, qu'il soit musulman ou pas. Il y a des gens qui votent, mais est-ce que lorsqu'ils votent pour un candidat, ils sont convaincus à 100 % avec toutes ses idées, ses promesses ? Pas forcément. On est là, si vous voulez, dans une appréciation. On essaie un petit peu de de de de faire de sorte que on va choisir le mieux placé et parfois le le le le moindre mal, si vous voulez, parce que parfois, on n'a pas grand choix. Mais il faut quand même que qu'on participe. Mais c'est vraiment le choix de de chacun de de bien réfléchir. Bon, les gens, ils peuvent discuter, ils peuvent débattre, ils peuvent se concerter et ça, c'est pas
Shakeel SiddiqMais ça reste un choix pas clérigé, on va dire.
Ahmed JaballahVoilà, et après, c'est le choix de chacun. Et je dirais, je dirais on a des expériences. Je peux parler même d'une expérience personnelle dans ma famille.
Shakeel SiddiqAllez-y, je vous en prie.
Ahmed JaballahJ'ai des j'ai mes enfants qui votent et on vote pendant les les les élections, ils ne sont pas tous forcément ils ne votent pas tous pour le le même candidat. Il y a, c'est-à-dire, même dans la seule et la même famille, vous avez parfois des appréciations différentes. L'essentiel, c'est justement d'aller voter et d'être présent.
Shakeel SiddiqC'est c'est en même temps toute la liberté qu'offre l'islam sur le plan donc théologique, religieux. Donc, c'est très très intéressant. Donc, on sait ce qui se passe dans votre famille maintenant.
Ahmed JaballahEt et je dois je dois ajouter parce que là, on commence à voir des listes pour les élections, les prochaines élections. Et vous avez aujourd'hui des musulmans ou des Français de confession musulmane, si vous voulez, qui sont présents pratiquement dans les différentes listes politiques.
Shakeel SiddiqBah, il faut voter pour eux du coup ou pas ?
Ahmed JaballahIls sont parfois têtes de liste, parfois ils sont membres dans des listes. Et après, ça ça dépend, si vous voulez. On n'est pas forcément tenu de parce que il faut voir aussi
Shakeel SiddiqEst-ce qu'on doit Oui. Est-ce qu'on doit forcément voter pour le musulman ?
Ahmed JaballahNon, je pense qu'il faut voir c'est quoi plutôt le programme de ce candidat. S'il a un programme parce que je pense qu'on peut combiner à la fois deux niveaux d'intérêt. Il y a l'intérêt général parce que on doit quand même choisir le plus compétent pour bien gérer, pour servir cet intérêt. Mais il y a aussi les intérêts d'une communauté. On ne peut pas, par exemple, choisir quelqu'un qui est dans une attitude de guerre contre une communauté ou une autre d'ailleurs. Ce n'est pas forcément que la communauté musulmane. Et et je pense là-dessus, c'est ce sont les critères de choix. Mais chacun est responsable, bien sûr, après tout, de sa décision.
Shakeel SiddiqAlors justement, c'est un sujet un peu complexe et là je voudrais me référer un peu à ce que disait Albert Ali donc sur le sujet du Front national. Il disait, je reprends ses positions et donc et son idée en étant objectif, que justement le Front national donc propose sur le plan social, éthique, quelque chose qui est quelque part pas en contradiction avec avec l'éthique musulmane. Mais par contre, on sent une certaine forme d'islamophobie assez virulente du côté du Front national. Alors comment ? Est-ce qu'on choisit Enfin, est-ce que finalement Alors où où est où est le moindre mal ? Est-ce qu'on choisit Enfin, est-ce que est-ce que finalement, ce n'est pas si mal que ça que de voter ou de s'orienter vers l'extrême droite ? Donc là, c'est de la politique, on dirait.
Ahmed JaballahOui, je
Shakeel SiddiqComment on fait le Parce que c'est vrai que pour être vraiment pratique, hein, je vais je vais être un peu je vais insister un peu. Je me mets à la place à ma place, d'ailleurs, le Français de confession musulmane qui va voter, qui réfléchit : voilà, d'un côté, j'ai un musulman, d'un côté, j'ai un Front national peut-être éventuellement, je ne juge pas toutes les personnes vraiment très islamophobes, mais qui a une éthique proche de la mienne. De l'autre côté, j'ai quelqu'un qui n'est pas très islamophobe, mais au point de vue de l'éthique, on est complètement à l'opposé. Et et donc, comment finalement choisir ? Encore une fois, pas de d'orientation ou bien En tant que croyant et musulman, en plus d'être Français, est-ce que justement ma foi m'impose de de prendre quand même certains points en considération avant d'autres ? En toute franchise.
Ahmed JaballahJe pense c'est une appréciation et c'est un c'est la recherche en fait de de de de classer un petit peu les critères de choix : qui doit passer en avant ? Parce que c'est vrai que on est soucieux par rapport aux aux valeurs éthiques concernant par exemple la famille, la protection de la famille, la question de l'éducation, l'éthique, etc., la sécurité aussi, c'est une question qui qui qui nous concerne, mais aussi il y a des dangers que nous devons prendre en compte. Quelqu'un qui qui qui prône ces valeurs-là, mais en même temps, il est pour l'exclusion d'une partie des citoyens par rapport à leur conviction, leur appartenance religieuse, je trouve que l'exclusion, c'est quelque chose quand même de dangereux, de grave parce que ça peut mener à des rapports conflictuels dans la société. Et et je pense il y a des tensions et ça, ce n'est pas bon pour l'ensemble de la société.
Shakeel SiddiqPour le vivre-ensemble.
Ahmed JaballahAprès, je pense que il faut mais on n'a pas toujours le choix entre les extrêmes. On peut trouver aussi des choix où on est plus proche à la fois des des des des valeurs éthiques, de certaines valeurs, je ne vais pas dire de toutes les valeurs, et on est loin aussi des des des positions extrêmes. Et je dois dire, c'est la même problématique qui se pose devant chaque votant. Vous savez, il y a des gens qui qui n'arrivent pas même à voter, qui vont voter blanc ou qui vont s'abstenir parce que ils ne sont pas satisfaits de tous les candidats. Et et je dois dire que les les les musulmans, les Français de confession musulmane, ils se trouvent également parfois dans cette position-là. Ça n'empêche pas que les gens peuvent se concerter, dialoguer, discuter, et notamment dans au niveau des communes parce que il y a parfois des questions pratiques, il y a des projets. Moi, je connais dans des communes où des musulmans trouvent des difficultés pour avoir leurs droits, par exemple d'avoir un lieu de culte qui est un droit quand même garanti par par les les instances, les institutions de la République. Et là, parfois, ils sont amenés à voter pour un candidat plus ouvert, plus compréhensif. Bon, on ne peut pas non plus dire que ils sont communautaristes parce que c'est certain, lorsqu'on est citoyen, il faut évaluer l'ensemble des intérêts : à la fois intérêt commun, mais aussi des intérêts qui peuvent vous toucher comme communauté, comme groupe ou comme même personne, individu.
Shakeel SiddiqBien sûr. Très bien. Merci beaucoup pour tous ces pour toutes ces réflexions, tous ces renseignements. En tout cas, c'était très instructif et à très bientôt, chers oummanautes. Salam aleykoum wa rahmatullah.
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