Après Haïdar Bammate, on va parler de son fils, Nadjm oud-Dine, qui était né à Paris en 1922 et qui avait de très brillantes études à la fois à Paris au lycée Buffon et puis à l'École nationale des langues orientales, et puis une thèse de droit romain soutenue à Lausanne. Entre-temps, il avait fait un séjour à Cambridge où il avait étudié les sciences sociales, l'islamologie. Son père l'a envoyé parachever ses études à Al-Azhar, où il a étudié les usul al-din. Il a fait des études de théologie islamique et de littérature arabe. Il avait comme correspondant quand il était étudiant à Al-Azhar, Abdel Wahid, René Guénon, le fameux Français converti à l'islam et établi au Caire à partir de 1930. Ça explique un peu son immense culture dans le domaine de la mystique musulmane.
Juste après la guerre, il participe à la rédaction du livre de son père, Visages de l'Islam, et on sait maintenant que le chapitre sur l'art musulman de ce livre était entièrement rédigé par Nadjm oud-Dine, le fils. Après la fin de ses études, il obtient un poste à la Croix-Rouge et puis après, il est nommé par l'Afghanistan délégué de ce pays à l'ONU. C'est à New York qu'il a fait la connaissance du représentant de l'Union soviétique à l'ONU à l'époque, qui était Andreï Gromyko. Il est resté son ami jusqu'à la fin, le futur ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique.
Mais son passage à New York aura été de très courte durée, puisqu'au moment de la création du Pakistan, l'Afghanistan lui a demandé de voter contre. Mais son père, de Paris, lui a télégraphié pour lui demander de démissionner plutôt que de voter contre la création d'un État musulman. Il obéit à son père. En 1947, il avait 25 ans, il était encore très attaché aux recommandations de son père. Il est immédiatement recruté par la suite à l'UNESCO, où il finira sous-directeur, après avoir eu en charge plusieurs projets, notamment le projet majeur de dialogue Orient-Occident. Dans les années 50, ce projet a conduit à l'édition de livres pour faire connaître l'islam du grand public, de manière à répondre à la demande croissante de connaissances sur l'islam, suscitée par la décolonisation et notamment la guerre d'Algérie. C'est ainsi qu'en 1957, ce projet a facilité la publication de Grandeur de l'Islam, rédigé par Gaston Wiet, qui était professeur au Collège de France. C'est un livre dont la réédition est envisagée dans le cadre de la revalorisation du patrimoine islamique francophone et islamologique.
À l'UNESCO, il a été très proche de René Maheu, à tel point qu'il était pressenti pour lui succéder au moment de son départ. Mais ce sont des délégués musulmans et arabes notamment qui avaient voté contre lui, parce qu'il faisait beaucoup de jaloux parmi ces bureaucraties peu instruites. Son brio, son éloquence, sa maîtrise d'une quinzaine de langues, dont le japonais, faisaient que les gens qui ne pensaient aux diplômes que pour avoir des postes et s'éloignaient de la réflexion et du débat d'idées ne l'appréciaient pas beaucoup. C'est ce qui l'a empêché d'être directeur général de l'UNESCO, alors qu'il y en a d'autres qui sont moins brillants que lui qui ont pu accéder à ce poste.
Il a été par la suite très actif dans le, au moment de la décolonisation, il s'est rendu lui-même, il a pris un congé spécial pour participer à la conférence de Bandung en avril 1955, en Indonésie, la conférence dite afro-asiatique. Et dans la vie de l'islam en France, on a parlé de lui après la création de Connaître l'islam pour produire l'émission islamique télévisée dominicale à partir de janvier 1983, où il a pu assurer un grand rayonnement à cette émission vu son talent et son érudition, mais il est mort prématurément en janvier 1985, à l'âge de 63 ans.