Nous poursuivons notre série consacrée aux grandes figures intellectuelles de l'islam de France. L' historien Sadek Sellam évoque aujourd'hui les mémoires de Haïdar Bammate (1895-1965) et son fils Najm Oud-din Bammate (1922-1985).
Oumma TVHistoireHistoire & MémoireIdées & Débats9:16
25 juillet 2011 à 14 h 50
Nous poursuivons notre série consacrée aux grandes figures intellectuelles de l'islam de France. L' historien Sadek Sellam évoque aujourd'hui les mémoires de Haïdar Bammate (1895-1965) et son fils Najm Oud-din Bammate (1922-1985).
Transcription intégrale de la vidéo
Aujourd'hui, on va parler de deux grands intellectuels musulmans de France de très haut niveau. C'est Bammate le père, Haïdar, et Bammate le fils, Najm-oud-Dine.
Haïdar Bammate a commencé par être un homme d'action, puisqu'il a dirigé la diplomatie de l'éphémère République du Caucase du Nord, proclamée à partir de 1918, qui a résisté aux assauts de l'Armée rouge. Et il est devenu par la suite président du Conseil de cette république. Et la résistance qu'il a menée a duré jusqu'en 1921. Et donc, à la suite des ruses de l'Armée rouge, qui a demandé l'autorisation de traverser son territoire pour aller au secours de la Turquie, ils se sont installés définitivement. Et donc lui, il a mis fin à son action armée qui avait infligé de sévères revers à l'Armée rouge.
Alors, il était né en 1895 dans le Daghestan, dans une famille de notables religieux. Et il avait étudié à Petrograd, donc la future Léningrad, redevenue Saint-Pétersbourg. Et c'est là qu'il a commencé à étudier le français, qu'il maîtrisait directement. Il écrivait des articles dans des revues spécialisées pour défendre la cause des musulmans de l'Empire soviétique dès 1918.
Et donc, il était déjà imprégné des idées de ce qu'on appelait le djadidisme, à l'époque, c'est le mouvement de réforme de l'islam de l'Empire tsariste, qui était inspiré par les idées d'un réformateur comme Chihabeddine el-Mardjani, un Tatar de Kazan, né en 1817, par un Tatar de Crimée comme Ismaïl Gasprinski, qui dirigeait la grande revue Terdjuman. Et il était en même temps proche des confréries mystiques qui avaient conduit le jihad contre l'Armée rouge en même temps que lui, notamment la Qadiriyya et la Naqshbandiyya.
Une fois qu'il s'est installé en France, en 1921, il continuait le combat par les idées contre le communisme, qu'il accusait d'avoir été responsable de génocides, de véritables génocides contre les populations musulmanes des territoires conquis. Et il crée la revue Caucase, qu'il a publiée pendant 14 ans, en plusieurs langues : en russe, en français, en anglais, en allemand et en turc. Et il informait les opinions occidentales sur ce qui se passait dans ces pays, de manière à ce qu'on n'oublie pas qu'ils sont devenus communistes sous la contrainte.
Et il était très actif dans les associations des réfugiés du Caucase à Paris. Et on parle de lui comme quelqu'un qui prenait le métro, lui qui était un ancien président du Conseil, pour aller enseigner l'islam aux familles musulmanes réfugiées à Paris.
Et son fils Najm-oud-Dine, né en 1922, donc dès son installation à Paris, d'une mère tchétchène de la famille Tchermoeff, et Tchermoeff était un des dirigeants de la résistance qui secondait Haïdar Bammate.
Et donc c'est le début d'une d'une épopée à la fois politique et intellectuelle, comparable à son épopée militaire. Et son héroïsme lui a rapporté la citoyenneté afghane, qui lui a été accordée par le roi d'Afghanistan et qui l'a nommé chargé d'affaires d'Afghanistan à la fois en Suisse et à Paris.
Et il écrira plus tard, juste après la Première Guerre mondiale, un grand livre, « Visages de l'Islam », qui a été réédité plusieurs fois. La dernière édition date de l'an dernier à Alger, ce qui n'a pas empêché un éditeur peu regardant de faire une édition pirate à Paris, qui fait l'objet d'une contestation en ce moment. Mais c'est un livre qui a donné ou redonné une fierté aux jeunes musulmans menacés de déculturation et de désislamisation. C'est un livre qui a été publié par Payot à Lausanne et réédité par le Centre culturel islamique créé en 1952 autour de Hamidullah et dont il était l'un des grands animateurs, en collaboration avec les grands orientalistes comme Louis Massignon, Jacques Berque, Laoust, Henri Massé, etc. Donc il fait partie intégrante de la vie et de l'histoire intellectuelle des musulmans en France.
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