Parmi les membres de l'élite musulmane qui ont vécu en France, Ahmed Rıza peut être considéré comme leur doyen. Parce qu'il était né en 1859 et il a vécu en France jusqu'en 1908, date de la révolution des la révolution turque, et à la suite de laquelle il est rentré pour présider le Sénat, puis le Parlement.
Mais c'était surtout un intellectuel qui avait fait ses études d'agronomie à l'Institut agronomique de Paris. Il était le fils d'un conseiller du sultan Abdülaziz du temps des Tanzimat, et il était en désaccord avec le régime du sultan Abdulhamid qui a mis fin et qui avait suspendu la Constitution et mis fin à la politique des Tanzimat. Et à la faveur de l'Exposition universelle à Paris de 1889, il décide de s'installer durablement à Paris où il avait fait ses études.
Et là, il devient très rapidement l'ami de Pierre Laffitte, le ce qu'on appelait le directeur du positivisme, qui était le successeur d'Auguste Comte. Et on l'a admis comme vice-président du Comité positif international qui militait pour une République occidentale, c'est-à-dire l'ancêtre de l'Union européenne actuelle. Et les comtistes considéraient que la Turquie était membre de la République pouvait être membre de la République occidentale pour laquelle ils militaient. Donc ça nous renvoie au débat actuel sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
Et c'est quelqu'un qui était un profond connaisseur de l'islam. Il dit avoir lu tous les livres de la Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu sur la Turquie et sur l'islam, et il écrivait des articles très très précis dans les revues théoriques des positivistes comme la Revue occidentale. Mais après la fin de la Première Guerre mondiale commence le temps des désillusions, et il revient en France pour publier en 1922 le livre qui l'a fait connaître, qu'il a intitulé « La Faillite morale de la politique occidentale en Orient ». Ce titre reflète beaucoup plus le contexte de l'époque que le contenu. C'est un livre qui aurait dû être intitulé « Défense et illustration de la civilisation musulmane ». Parce qu'il a découvert l'hypocrisie des puissances occidentales qui prêchaient une laïcisation mais qui, au lieu de cela, avaient ravivé les confessionnalismes juste pour démembrer l'Empire ottoman. Donc lui réagit par une défense et illustration de l'islam. Malek Bennabi était adolescent à l'époque, dans ses mémoires il cite ce livre parmi les lectures qui l'avaient le plus marqué.
Et il a écrit d'autres livres quand il était à Paris, dont « La Crise de l'Orient », que je suis en train de rééditer. C'est un livre qui récuse toute la désinformation concernant l'islam et la Turquie et le Proche-Orient. Il dénonce « la poignée de vagues écrivains qui ont induit en erreur toutes les opinions occidentales depuis des décennies », je le cite.
Donc c'est quelqu'un qui avait une grande culture, qui était engagé politiquement mais qui semblait être inspiré par la formule de Bergson qui disait qu'il fallait « penser en homme d'action et agir en homme de pensée ».
Il avait il était très attaché à la France grâce aux positivistes qui étaient des « islamo-justes », qui étaient contre le démembrement de l'Empire ottoman. Et il participait activement à leur vie intellectuelle, à leurs débats, notamment au Collège libre des sciences sociales qu'ils avaient ouvert en 1895. Il était l'un des conférenciers sur l'islam, et cette religion était enseignée dans ces dans ces structures de la société civile peut-être mieux qu'à la Sorbonne de l'époque.
Et donc c'est un exemple de de musulman comtiste qui avait comme vis-à-vis un comtiste islamisé en la personne de Christian Cherfils. Il s'est islamisé sous le prénom de Abdelhak, et il a pris le relais, donc de parce qu'il de Ahmed Rıza au sein de la Fraternité musulmane créée en 1907, donc la veille du départ d'Ahmed Rıza. Et Christian Cherfils a fait partie de l'élite musulmane qui a fait rayonner l'islam jusqu'à exactement l'inauguration de la Mosquée de Paris. La création d'un islam officiel a conduit à une sorte de normalisation, c'est-à-dire une mise au pas de des intellectuels de la société civile. Et Christian Cherfils, donc il mérite d'être cité immédiatement après Ahmed Rıza parce qu'il en était un peu le continuateur mais en plus avec une culture philosophique très très solide et un engagement permanent pour la défense de l'islam et la démonstration que l'islam peut être modernisé sans perdre son âme.
Et il a été l'un des militants de le pour la création de la Mosquée de Paris, mais au moment de la récupération du projet par les militaires et les politiciens de la Troisième République, il a été éliminé du comité. Et la mosquée a été inaugurée moins d'un an après sa mort. Et c'est le début d'une d'une sorte d'hibernation de la vie intellectuelle qui ne reprendra qu'avec le Centre culturel islamique animé par Muhammad Hamidullah.