Bonjour. Islam aujourd'hui reçoit le docteur Omero Marongiu-Perria.
Shakeel SiddiqDocteur Omero, salam aleykoum.
Omero Marongiu-PerriaWa aleykoum salam.
Shakeel SiddiqDonc vous êtes docteur en sociologie, spécialiste de l'islam en Europe, membre du Cismoc, rédacteur en chef du magazine La Plume, vous êtes aussi conférencier. Donc je représente, hein, parce qu'on vous a déjà présenté il y a pas bien longtemps. Donc là ici votre magazine La Plume, hein, donc qui qu'on peut obtenir, hein, dans dans dans les mosquées, dans plusieurs points de vente. Et puis si vous pouvez d'ailleurs nous rappeler votre site ?
Omero Marongiu-Perriawww.plumedelest.fr
Shakeel SiddiqTrès bien. Vous avez aussi une page Facebook, hein ?
Omero Marongiu-PerriaNous avons également une page Facebook.
Shakeel SiddiqD'accord, très bien. Alors, on était partis sur plusieurs émissions concernant le sujet des conversions à l'islam. Donc on va continuer dans cette voie-là avec ce regard très très, très très spécialiste, hein, parce que vous parlez en tant que sociologue. Donc vos analyses sont vraiment très très intéressantes et nous permettent de voir beaucoup plus clair sur le sujet. Alors, j'ai envie de commencer par la question suivante. Est-ce que l'islam c'est la religion des Arabes ? Ou bien des Maghrébins ?
Omero Marongiu-PerriaJe vais vous répondre d'une façon un peu décalée. Je dirais que
Shakeel SiddiqLa question l'est aussi en plus, hein ! Ça tombe bien.
Omero Marongiu-PerriaTout à fait. On va pas répondre de la façon basique : « Ben non, l'islam c'est pas la religion des Arabes, c'est une religion universelle. » Ça, les personnes qui regardent l'émission le savent très bien. Mais ce qu'il faut avoir à l'esprit, c'est que, pour une personne non-musulmane, et pour paraphraser ma consoeur Dounia Bouzar qui disait que « Monsieur Islam » n'existe pas, ce sont des des musulmans qui existent, il n'y a pas un Monsieur Islam fictif, les musulmans, ce sont pour les non-musulmans ou l'islam est, pour les non-musulmans, avant tout incarné dans les musulmans qu'ils voient. Et en France, la majorité des musulmans viennent du Maghreb. Alors ici, il y a une confusion sémantique puisque la majorité de ces musulmans du Maghreb ne sont pas arabes, sont berbères, donc entre les Chleuhs, les Riffains, les Kabyles et puis les Chaouis, on a une panoplie et certainement d'autres berbères que j'ai dû oublier, on a une panoplie de de de populations qui viennent du Maghreb. Donc de ce point de vue là, pour la société française, l'islam est en lien avec ces musulmans de l'aire géographique du Maghreb. Par contre, au plan théologique et au plan du développement de la religion, on sait pertinemment que 80 % des musulmans ne sont pas de la péninsule Arabique. Donc ils ne sont pas arabes.
Shakeel SiddiqTrès bien. Est-ce qu'un Maghrébin, finalement, alors du coup vous avez déjà plus ou moins déjà répondu à la question, il est il est forcément plus musulman qu'un Français de souche qui a embrassé l'islam ?
Omero Marongiu-PerriaNon. Au plan théologique, je dirais, je vais pas ici me substituer aux théologiens, mais dans cette question a été l'objet d'ailleurs d'un d'un débat puisque on sait, dans l'étude du développement de l'islam, notamment durant une période de l'Empire omeyyade, on sait qu'il y avait une ségrégation très forte vis-à-vis à la fois des populations non-musulmanes, mais également des populations fraîchement converties à l'islam, notamment ce que l'on appelait les Mawali, qui subissaient le joug des des sultans omeyyades. Et d'ailleurs, ça a été un point sur lequel Abou Abou Hanifa va bâtir une partie de sa théologie qui consiste à dire que, dès lors que l'on fait la profession de foi, dès lors que l'on atteste de l'unicité divine et de la prophétie de Mouhammad, on a pleinement la foi. Donc ici, il y a la notion de la foi qui peut augmenter, mais en aucune façon ici de de degré de la foi. C'est-à-dire : quand je suis musulman, j'ai cette plénitude de la foi au plan au plan théologique. Ça ça ça va donner naissance d'ailleurs à tout un courant théologique que l'on va qualifier de mourjite par la suite. Donc de ce point de vue là, on ne peut pas considérer qu'un musulman aurait un degré supérieur de par sa naissance car ce serait remettre en cause cette idée d'égalité dans dans la foi au plan théologique.
Shakeel SiddiqEst-ce que vous pouvez nous citer éventuellement une ou deux personnalités en Occident qui se sont qui ont vraiment qui sont qui ont énormément évolué spirituellement, avancé intellectuellement tout en étant musulmans et non arabes de souche ?
Omero Marongiu-PerriaÀ travers les âges, on a vraiment l'embarras du choix. Vraiment, il y a eu énormément de figures qui ont qui ont imprégné l'histoire de de l'islam. Je vais me baser, si moi, uniquement sur l'époque contemporaine puisque
Shakeel SiddiqPour que les auditeurs aient une idée un peu à ce sujet.
Omero Marongiu-Perriac'est ce qui nous intéresse le plus. Par exemple, peu de gens savent que un personnage comme René Guénon, par par par exemple, qui a René Guénon, on le cite souvent chez les musulmans sans connaître forcément toute la profondeur de son parcours parce que c'est un personnage qui a fréquenté tout ce qui a pu exister quasiment comme obédiences initiatiques dans le monde occidental : Rose-Croix, franc-maçonnerie, etc. Puis, il est passé à l'islam. Il s'est converti. Il a résidé en Égypte. Il est d'ailleurs mort là-bas. Il a pris habits également musulmans, us et coutumes et il a influencé tout un courant de spiritualité musulmane dans l'aire occidentale avec tout un ensemble d'élèves comme Michel Vâlsan, par exemple, qui a produit un ensemble d'ouvrages sur sur l'islam, mais également sur la spiritualité. Peu de musulmans connaissent des personnages comme Eva de Vitray-Meyerovitch, qui était une personne très connue dans les milieux académiques français et qui a produit tout un ensemble d'ouvrages en matière de de de spiritualité. Ou encore Michel Chodkiewicz, Michel Chodkiewicz qui, dans dans la continuité, je pourrais dire, des guénoniens, va développer tout un courant spirituel en France. Il sera également très impliqué dans les éditions du Seuil, par exemple. Ce sont des personnages qu'on connaît peu, qui sont contemporains, qui sont de de de de culture et de tradition française, mais également des musulmans qui ont eu un impact dans la société, concrètement par une production intellectuelle, mais pas uniquement, par leur cercle de fréquentation dans la société : maisons d'édition, cercles intellectuels, cercles militants et politiques parfois, et qui ont laissé à la pérennité une partie de cette pensée. Malheureusement, on continue à voir par exemple des mosquées Al Mohsinine ou bien Tawhid et on a peu de mosquées qui portent des noms, par exemple, de ces hauts personnages ou des centres culturels musulmans qui pourraient justement porter comme signe fort ces ces noms par exemple.
Shakeel SiddiqOuais, c'est une remarque très intéressante d'ailleurs, hein. À cogiter pour les responsables
Omero Marongiu-PerriaLe centre culturel René Guénon, il n'y a pas de centre culturel ou de mosquée qui s'appelle René Guénon. À ma connaissance, non. Il y a très peu de mosquées qui portent ou d'associations de ce de ce genre.
Shakeel SiddiqTrès intéressant. Alors, le converti à l'islam, comment il peut parce que bon c'est pas évident pour lui, distinguer entre ce qui est religieux et ce qui est culturel ? Par rapport donc aux Algériens, aux Marocains et tout ça, toutes ces différentes nationalités qui les entourent.
Omero Marongiu-PerriaBen, c'est bien d'être converti
Shakeel SiddiqAlors d'ailleurs, en plus, je crois que c'est une bonne question pour vous parce que il me semble, vous êtes italien, c'est ça, d'origine ? Et vous êtes, je crois, marié à une dame qui est d'origine marocaine, c'est ça ?
Omero Marongiu-PerriaJe suis d'origine italienne. Ah, là je suis pas d'accord. On rentre dans la sphère privée, on quitte la sphère sociologique.
Shakeel SiddiqBon. On quitte. Alors, là on quitte alors.
Omero Marongiu-PerriaMais qui est ? Non, mais je vais je vais répondre, bien entendu.
Shakeel SiddiqTrès bien ! Surtout, je voudrais pas vous, comment dire, vous embêter. Alors si vous voulez répondre, c'est impeccable. Alors du coup, vous qui vous êtes converti aussi à un moment donné de votre vie à l'islam, alors comment vous avez fait pour distinguer ? Puis est-ce que vous avez distingué entre le côté maghrébin marocain et l'islam ?
Omero Marongiu-PerriaMoi, j'aime bien le côté marocain. J'aime bien parce qu'il y a il y a des bons plats et puis et puis une culture assez profonde au Maroc, mais c'est le cas également des autres pays du Maghreb et des autres pays d'islam, bien entendu. Alors plaisanterie mise à part,
Shakeel SiddiqAh, bah oui.
Omero Marongiu-Perriapour répondre à cette question d'un point de vue sociologique cette fois-ci, il faut savoir que il n'y a pas de religion sans culture. C'est-à-dire que forcément on ne peut pas pratiquer une religion désincarnée. Même s'il y a certains discours aujourd'hui qui tentent de de découpler les deux en en prétendant renouer avec une espèce de de culture prophétique ou de ce qui serait censé être l'islam des premiers musulmans. On pense qu'en s'habillant d'une certaine façon, qu'en adoptant un certain comportement, on va reproduire ce qu'était l'islam des premiers musulmans. C'est absolument un leurre. Ce type de discours ne fait que découpler deux choses à savoir la religion et la culture qui sont complètement imbriquées parce que là maintenant on est en train de discuter en français, on emploie un vocabulaire qui est connoté en langue française, nous avons une façon de nous habiller, nous avons une gestuelle, des manières de ce que Durkheim qualifierait des des manières de penser, de sentir et d'agir qui fondent un peu le comportement d'une personne qui sont en lien avec notre société française. Donc, on ne peut pas se penser en tant que musulman en dehors d'une culture. Et c'est quelque chose d'inconscient même, je dirais. C'est-à-dire que je peux le théoriser, mais la plupart du temps, je me pose pas de question. Ce qui fait que pour quelqu'un qui est issu de l'aire maghrébine par exemple, il va mettre en œuvre son islam à travers ce que ses parents lui ont appris. Le converti qui va fréquenter une mosquée, il va fréquenter des musulmans et il va prendre ses us et coutumes. Moi, si je commence à vous parler arabe, ben je vais vous faire une espèce de khawwada, c'est-à-dire dans le langage marocain. Je vais vous prendre des mots d'arabe littéraire, des mots de darija marocaine, etc., parce que c'est j'ai vécu avec des Chleuhs, j'ai vécu avec des des Marocains arabes. Donc forcément, j'ai été imprégné de cela. Si un converti côtoie des Pakistanais, je ne dis pas ça parce que j'ai Shakeel Siddiq en face de moi, mais
Shakeel SiddiqD'origine pakistanaise.
Omero Marongiu-Perriad'origine pakistanaise, forcément, il va prendre des traits. Par exemple, au lieu de dire Sidi, il va dire Hazrat, etc. Il va il va employer un vocabulaire connoté parce qu'il est dans une dans une ère culturelle. Donc, je pense qu'il faut dépassionner cela. On a des traditions parce que la religion forcément s'imbrique dans les traditions. Aux théologiens et aux juristes musulmans de dépatouiller, je dirais, de faire le tri entre ce que les textes fondamentaux disent du corpus dogmatique, je pourrais dire : « Voilà, tu dois croire à ça. Et attention parce que il y a un certain nombre de traditions qui peuvent aller en en en en contradiction avec ce socle fondamental de la religion. » Là, oui, le théologien peut séparer les deux. Quant à dire qu'il y aurait une religion vraie et des coutumes et des traditions, c'est un discours qui ne tient pas trop la route.
Shakeel SiddiqTrès bien. Autre question. Est-ce qu'on est Alors, est-ce qu'il est important pour un un converti à l'islam, hein, on utilise ce mot pour l'instant, de changer de prénom ? Apparemment, vous l'avez pas fait, hein ?
Omero Marongiu-PerriaAlors moi, j'ai eu j'ai eu plusieurs qualificatifs. Moi, je m'appelle Omero Marongiu-Perria. Donc, on m'a appelé à un moment Omar Taliani. Donc pour dire un peu, parce que dès lors Omar Taliani, apparemment, en France, s'il y en a il y en a qu'un, c'est c'est moi, mais peut-être que depuis il y en a eu beaucoup d'autres. Donc, j'ai eu droit à tout : à Omeïro, Amro, Amiro, etc. J'ai eu droit à tout.
Shakeel SiddiqMais vous avez choisi un un peut-être un un un nouveau prénom ?
Omero Marongiu-PerriaVous savez, en général, quand un converti se présente à la mosquée, c'est plus l'environnement qui va avoir tendance à le faire rentrer dans un moule arabe. Par exemple, moi quand je me suis présenté la première fois à la mosquée, bon, il fut un temps parce que ça fait déjà pas mal d'années, il y avait un ancien. Il m'a dit : « Toi, tu t'appelles comment ? » J'ai dit : « Moi, je m'appelle Omero. » Il m'a regardé, il m'a dit : « Non, toi, Omar. » Donc à partir de là, il y a un qualificatif qui va vous coller. Parfois, certains convertis désirent dans un dans un souci de manifester leur nouvelle identité, être appelés à travers un un un qualificatif particulier.
Shakeel SiddiqMais il n'y a pas d'obligation.
Omero Marongiu-PerriaVous savez, les les Arabes de à l'époque de de la prophétie employaient plusieurs qualificatifs. On sait très bien qu'il y avait le nom en tant que tel, il y avait le laqab, le kunya, c'est-à-dire tout un ensemble de de qualificatifs. Aujourd'hui, vous trouvez des des qualificatifs du type, si je reprends mon cas, je pourrais m'appeler Abou Houdayfa Al-Itali ou bien Abou Houdayfa Al-Faransi. C'est une espèce de kunya puisque mon grand fils s'appelle Houdayfa, donc je pourrais prendre ce qualificatif de « père de Houdayfa, le Français ou l'Italien », ou Al-Roumi peut-être, l'Occidental ou l'Européen. C'est une pratique culturelle qui perdure dans des ères culturelles musulmanes. Est-ce que c'est une obligation ? Non, puisque c'est une pratique culturelle. D'un point de vue de la tradition musulmane, on sait que le Prophète changeait certains noms qui avaient une consonance péjorative. Si quelqu'un s'appelle Qabih par exemple, quelqu'un qui est laid ou sale, le Prophète le transformait en Jamil, c'est-à-dire celui qui est beau. En dehors de ça, il n'y a aucun texte qui mentionne qu'il faudrait changer de
Shakeel SiddiqTrès bien.
Omero Marongiu-Perriaprénom.
Shakeel SiddiqAlors le le converti enfin le le converti, oui, le Français de souche entre guillemets. J'aime pas très bien j'aime pas trop ces mots, hein. Bon, j'utilise des mots on va dire clairs, compréhensibles, hein. J'espère que personne m'en voudra pour ça d'ailleurs. Voilà, donc lorsqu'il se convertit à l'islam, est-ce qu'il se soumet à un système de pensée ou bien il doit garder absolument un esprit critique ?
Omero Marongiu-PerriaAlors, par exemple
Shakeel SiddiqAlors, par exemple, est-ce qu'il doit apprendre sans poser de question ?
Omero Marongiu-PerriaBen déjà
Shakeel SiddiqOu est-ce qu'il doit absolument se renseigner, faire des démarches pour en savoir plus ? S'il n'est pas d'accord, il souligne son son désaccord. Voilà, dans ce sens-là, hein, ce que j'entends. Ou est-ce qu'il se soumet de plein gré et c'est comme ça ?
Omero Marongiu-PerriaAlors là là, vous me demandez de prendre Islam, soumission à l'islam, vous voyez ? Alors, est-ce que je dois prendre position sur cette question ? Là là, c'est plus le sentiment personnel qui va s'exprimer, à savoir que si l'on s'appuie sur une tradition prophétique qui mentionne que deux catégories d'individus ne sont pas sur la bonne voie, à savoir : celui qui pense savoir tout et celui qui ne pose pas de questions, je dirais on on ne doit pas se soumettre sans avoir un minimum d'informations et de poser des questions. Adhérer à un dogme, adhérer à un dogme, c'est quelque chose de fort. Quand je dis « je suis musulman », c'est que j'adhère en pleine conscience à un certain nombre de de dogmes fondamentaux de l'islam, ceux en tout cas qui, pour moi, me parlent, et je dois bien sûr questionner. Quant à savoir si je dois tout gober de ce que me disent des musulmans, je pense que le converti va s'apercevoir très rapidement que la majorité des musulmans qui sont autour de lui n'ont pas forcément un bagage religieux très important. Donc de là, si on veut aller plus loin, il faut bien entendu puiser sa religion à des sources qui soient un tant soit peu fiables. Et quand je parle de sources fiables, je mets en garde, moi, contre les discours de ce que j'appelle, moi, les diffuseurs de discours, c'est-à-dire ceux qui parlent de l'islam et qui considéreraient que seule leur vision de l'islam est la bonne vision et les autres sont des visions erronées. Moi, je pars du principe que toute personne qui parle de l'islam en considérant que son point de vue est le seul valable, c'est déjà une personne dont il faut se méfier.
Shakeel SiddiqD'accord, très bien. Dernière question, justement le mot « conversion ». Est-ce que c'est un mot qui vous semble pertinent ? Parce qu'il y a certains qui parlent de retour à l'islam, ou retour à la fitra, c'est-à-dire la nature originelle de de l'homme telle qu'il a été créé. Certains parlent de reconversion parce que il est né musulman, il s'est égaré, et puis finalement, il est revenu à Dieu, donc il s'est reconverti. Qu'est-ce que vous en pensez finalement de tout ça ? De cette terminologie, c'est c'est c'est pas forcément évident.
Omero Marongiu-PerriaIl y a même des musulmans qui disent : « Je me suis reconverti à l'islam. » C'est-à-dire il y a pendant un certain temps, je me suis éloigné de la religion et après j'ai adhéré au vrai islam. On emploie souvent ce mot. D'ailleurs, il y a un site internet sur la sur la conversion à l'islam et qui emploie le terme de « reconversion », c'est-à-dire de de lien qui est effectué avec la fitra, c'est-à-dire « je renoue avec ma fitra ». Alors, moi je vais vous répondre de manière très simple. Le terme de « conversion », il a une origine latine. « Conversio » en latin signifie changer de regard ou se tourner vers Dieu. C'est un mot qui a une connotation religieuse à la base. Ensuite, le terme de « conversion » est passé dans différentes disciplines et différentes sciences. Mais à la base, c'est un terme religieux qui signifie tourner son regard et l'orienter vers Dieu. Ça nous rappelle un verset du Coran lorsque Abraham dit : « Inni wajjahtu wajhiya lilladhi fatara as-samawati wal-ard hanifa », c'est-à-dire très certainement j'ai orienté mon regard, ou orienté ma face, « wajjahtu wajhi », c'est-à-dire j'oriente ma personne vers celui qui a créé les cieux et la terre. Donc on retrouve ici cette notion de changement d'orientation. La conversion, c'est ce changement qui est opéré de manière plus ou moins radicale chez chez des personnes, radicale ici pas dans un sens péjoratif, mais en termes de rupture avec avec son passé. Donc le terme convient aussi bien en français que dans la langue arabe. On trouve dans le Coran ce terme de de de j'ai orienté mon regard, on trouve également celui qui oriente sa face, entrer, « udkhulu fi-s-silm », c'est-à-dire ou « udkhulu fi-s-silmi », c'est-à-dire entrer dans dans la paix, donc « wa man dakhala al-islam ». Donc ici cette notion de pénétration, j'entre dans la religion. Donc pour moi, les termes sont toujours connotés dans leur définition, mais ils ne sont pas péjoratifs. Donc on peut tout à fait employer « la conversion » dans un sens sociologique pour décrire un parcours. Quant à l'individu, puisque au final c'est toujours ça, la conversion c'est avant tout un individu qui parle de lui, qui exprime ses sentiments, l'individu qui sent qu'il retourne vers une nature primordiale, je dirais au plan philosophique ou au plan spirituel, c'est avant tout lui qui qui voit la façon dont il va nouer ce lien avec Dieu.
Shakeel SiddiqDocteur Omero, merci beaucoup pour votre intervention. Chers Oummanautes, je vous dis à très bientôt. Salam aleykoum wa rahmatullah.