Comment faire une roqya soi-mêmeالرقية

On peut faire une roqya sur soi-même, sans raqi, sans matériel et sans payer : c'est même ce que faisait le Prophète quand il était malade. Il suffit de réciter des passages du Coran et des invocations transmises, de souffler légèrement et de passer la main sur le corps. Voici les textes à réciter, avec leurs références, le geste, et la différence entre ce qui vient de la Sunna et ce qui relève d'usages plus tardifs.

Comment faire une roqya soi-même

Peut-on faire une roqya seul ?

Oui, et c'est la forme la plus proche de la Sunna. 'Â'icha rapporte que chaque fois que le Prophète tombait malade, il récitait les deux sourates protectrices puis soufflait sur son corps (Al-Bukhârî, n° 5016). Chaque soir, au coucher, il joignait ses mains, y soufflait après avoir récité les sourates 112, 113 et 114, puis les passait sur sa tête, son visage et le devant de son corps, trois fois (Al-Bukhârî, n° 5017).

Faire sa roqya soi-même a deux avantages. On ne dépend de personne, ce qui protège des abus décrits sur notre page bien choisir un raqi. Et l'on reste dans l'esprit du tawakkul, la confiance en Dieu, que loue le hadith des soixante-dix mille (voir la roqya en islam). Un proche peut aussi réciter sur un malade : pendant la dernière maladie du Prophète, c'est 'Â'icha qui récitait sur lui.

Il suffit de connaître les textes, ou de les lire, et d'en comprendre le sens : la roqya est une prière.

Double page enluminée d'un Coran ottoman portant le texte de la sourate al-Fatiha en écriture naskh
La sourate al-Fâtiha copiée par le calligraphe ottoman Cheikh Hamdullah (1436-1520) : la première sourate du Coran, que le Prophète a reconnue comme une roqya. (Cheikh Hamdullah (Aga Khan Museum, AKM 00262), domaine public)

Avant de commencer : moment, état, intention

Les textes n'imposent ni heure, ni lieu, ni nombre de séances. Le Prophète récitait quand il souffrait et chaque soir avant de dormir : on peut donc faire sa roqya le soir, au coucher, après une prière, ou au moment où la douleur se fait sentir. Un compagnon récita la Fâtiha sur un malade « pendant trois jours, matin et soir » (Abû Dâwûd, n° 3901) : répéter n'est pas interdit, mais il n'y a pas de protocole fixe.

Être en état d'ablution (wudû') est recommandé par respect pour le Coran, comme pour toute lecture, sans être une condition rapportée par les hadiths de la roqya. On commence par demander la protection de Dieu contre le diable, comme le demande le Coran : « Lorsque tu lis le Coran, demande la protection d'Allah contre le Diable banni » (16:98), puis on dit bismillâh.

Pas besoin de pièce obscure, d'encens ni de récitation hurlée : une voix posée suffit. Si l'angoisse monte, on s'arrête et l'on reprend plus tard.

Les sourates et versets à réciter

Les passages qui reposent sur un hadith authentique :

La Fâtiha (sourate 1). Un compagnon la récita sur un chef de tribu piqué par un scorpion, qui guérit ; le Prophète demanda : « Comment saviez-vous que la Fâtiha est une roqya ? » (Al-Bukhârî, n° 5736).

Les trois dernières sourates : al-Ikhlâs (112), al-Falaq (113) et an-Nâs (114). Le Prophète les récitait sur lui-même, trois fois, au coucher (Al-Bukhârî, n° 5017). Récitées trois fois matin et soir, « elles te suffiront contre tout », dit un hadith rapporté par An-Nasâ'î. La sourate 113 demande la protection « contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds » et « de l'envieux quand il envie » (113:4-5).

Le verset du Trône (2:255). Récité au coucher, un gardien envoyé par Dieu protège jusqu'à l'aube, selon le récit d'Abû Hurayra que le Prophète a confirmé (Al-Bukhârî, n° 5010). Voir notre page sur l'Âyat al-Kursî.

Les deux derniers versets de la sourate al-Baqara (2:285-286) : « Si quelqu'un les récite la nuit, cela lui suffira » (Al-Bukhârî, n° 5009).

De nombreux raqis ajoutent des versets sur Moïse et les magiciens de Pharaon (7:117-122, 10:81-82, 20:69) ou sur le Coran guérison (17:82). C'est un choix des générations suivantes, permis, mais pas une liste fixée par le Prophète.

Page de Coran avec deux titres de sourate écrits à l'encre rouge sur fond doré
Page d'un Coran iranien avec le titre enluminé de la sourate al-Ikhlâs (112), que le Prophète récitait chaque soir avec al-Falaq et an-Nâs avant de passer ses mains sur son corps. (Anonyme, Iran (Walters Art Museum, manuscrit W.567), domaine public)

Les invocations du Prophète, en arabe et en français

Pour un malade, ou pour soi. « Allâhumma rabba n-nâs, adhhibi l-ba's, ichfi anta ch-châfî, lâ chifâ'a illâ chifâ'uk, chifâ'an lâ yughâdiru saqamâ » : « Ô Allah, Seigneur des gens, enlève le mal et guéris, Tu es le Guérisseur ; il n'y a de guérison que la Tienne, une guérison qui ne laisse aucune maladie » (Al-Bukhârî, n° 5743). Le Prophète la disait en passant la main droite sur l'endroit douloureux.

Contre une douleur précise. 'Uthmân ibn Abî l-'Âs se plaignait d'une douleur. Le Prophète lui dit : « Pose ta main à l'endroit où tu as mal, dis trois fois bismillâh, puis sept fois : a'ûdhu billâhi wa qudratihi min charri mâ ajidu wa uhâdhir » (« Je cherche refuge auprès d'Allah et de Sa puissance contre le mal que je ressens et que je crains ») (Muslim).

La roqya de Gabriel. « Bismillâhi arqîk, min kulli chay'in yu'dhîk, min charri kulli nafsin aw 'aynin hâsid, Allâhu yachfîk, bismillâhi arqîk » : « Au nom d'Allah je fais sur toi la roqya, contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme ou de tout œil envieux ; qu'Allah te guérisse » (Muslim ; Ibn Mâjah, n° 3523).

Pour protéger un enfant. Le Prophète disait pour al-Hasan et al-Husayn : « U'îdhukumâ bi-kalimâti llâhi t-tâmma, min kulli chaytânin wa hâmma, wa min kulli 'aynin lâmma » : « Je vous mets sous la protection des paroles parfaites d'Allah, contre tout démon, toute bête nuisible et tout mauvais œil » (Al-Bukhârî, n° 3371). Pour soi, le soir : « A'ûdhu bi-kalimâti llâhi t-tâmmâti min charri mâ khalaq » (Abû Dâwûd, n° 3898).

On peut aussi prier Dieu avec ses propres mots, dans sa langue : c'est une du'â à part entière.

Le geste : souffler, poser la main

Le geste prophétique tient en trois mouvements. On récite, on souffle, on passe la main. Le souffle (nafth) est un souffle léger, avec à peine un peu de salive, entre le souffle et le crachat. Interrogé sur la manière dont le Prophète le faisait, l'imam az-Zuhrî répondit : « Il soufflait sur ses mains, puis les passait sur son visage » (Al-Bukhârî, n° 5751). Dans le récit du scorpion, le compagnon rassemble un peu de salive et souffle sur la piqûre.

Pour une douleur localisée, on pose la main droite sur l'endroit, comme le faisait le Prophète avec ses épouses (Al-Bukhârî, n° 5743) et comme il l'a enseigné à 'Uthmân ibn Abî l-'Âs. Sur un proche malade, on souffle sur ses propres mains et on les passe sur lui, comme 'Â'icha le faisait pour le Prophète.

Aucun texte ne demande de frapper, de serrer la gorge ou de forcer à boire : une « roqya » qui fait mal ou humilie n'est pas prophétique. Si une personne réagit par une crise, des convulsions ou une perte de connaissance, on arrête et l'on appelle les secours : ce peut être un malaise médical.

Eau, huile, miel, musc : Sunna ou usages tardifs ?

L'eau. Un seul usage de l'eau est rapporté avec certitude, et il concerne le mauvais œil : on demandait à la personne dont l'œil avait nui de faire ses ablutions, et l'on versait cette eau sur la personne atteinte (Abû Dâwûd, n° 3880 ; Mâlik, Muwatta'). Le récit où le Prophète souffle dans un bol d'eau puis la verse sur Thâbit ibn Qays (Abû Dâwûd, n° 3885) a une chaîne jugée faible. Réciter sur de l'eau pour la boire est une pratique ancienne, admise par de nombreux savants, mais ce n'est pas un geste décrit par un hadith authentique, et cette eau n'a rien de magique.

L'huile d'olive. Le Prophète a dit : « Assaisonnez avec l'huile d'olive et enduisez-vous-en, car elle provient d'un arbre béni » (Ibn Mâjah, n° 3319). C'est une recommandation générale, pas un rite de roqya ; on ne force jamais personne à en boire.

Le miel. Le Coran dit qu'il contient « une guérison pour les gens » (16:69). C'est un aliment, pas un exorciste.

Musc noir, sel, encens, feuilles de jujubier, roqya en MP3. Usages postérieurs ou commerciaux, souvent vendus cher. Écouter une récitation enregistrée apaise, mais la roqya prophétique se fait soi-même, avec son souffle et sa main.

Plusieurs bols en métal gravés d'inscriptions arabes, photographiés en vitrine
Bols de guérison ottomans (şifa tası) couverts de sourates et de prières : on y buvait de l'eau en espérant la guérison, un usage populaire qui n'est pas décrit dans les hadiths authentiques. (Satirdan kahraman (Wikimedia Commons), CC BY-SA 4.0)

Roqya pour la maison et la famille

Pour « protéger la maison », la Sunna ne prévoit ni sel dans les coins, ni bouteilles d'eau récitée, ni produits à vaporiser. Elle prévoit la récitation. « Ne transformez pas vos maisons en cimetières. Le diable s'enfuit de la maison où la sourate al-Baqara est récitée », dit le Prophète selon Muslim. Lire la sourate al-Baqara chez soi, en une fois ou par morceaux, est la « roqya de la maison » des textes. On y ajoute la prière à la maison, le verset du Trône et les sourates protectrices au coucher, et les invocations du matin et du soir.

Pour un bébé, on récite doucement la formule dite pour al-Hasan et al-Husayn, on souffle sur ses propres mains et on les passe sur lui.

Enfin, la roqya ne soigne pas tout. Si l'angoisse, l'insomnie, les crises ou les pensées obsédantes (waswas) persistent, consulter un médecin ou un psychologue est un moyen que Dieu met à disposition : « Il n'y a pas de maladie qu'Allah ait créée sans qu'Il ait aussi créé son remède » (Al-Bukhârî, n° 5678). On peut faire les deux en même temps. Si l'on préfère être accompagné, voir nos conseils pour choisir un raqi sans tomber dans une arnaque.

Questions fréquentes

Comment faire une roqya seul ?+

On récite la sourate al-Fâtiha, le verset du Trône et les sourates 112, 113 et 114, on souffle légèrement dans ses mains et on les passe sur son corps, comme le faisait le Prophète. On peut y ajouter les invocations de guérison qu'il a enseignées, en posant la main sur l'endroit douloureux.

Peut-on faire une roqya le soir ?+

Oui. Le Prophète récitait les sourates protectrices chaque soir avant de dormir, puis passait ses mains sur son corps trois fois. Aucune heure n'est imposée : matin, soir ou moment de la douleur conviennent.

Faut-il faire ses ablutions pour une roqya ?+

C'est recommandé par respect pour le Coran, mais les hadiths de la roqya n'en font pas une condition. Les invocations peuvent se dire en tout état.

Comment faire une roqya dans l'eau ?+

Certains récitent sur de l'eau puis la boivent ; de nombreux savants l'admettent, mais aucun hadith authentique ne décrit ce geste comme roqya. Le seul usage de l'eau bien établi concerne le mauvais œil, avec l'eau des ablutions de la personne qui l'a causé.

Comment faire une roqya pour la maison ?+

Selon Muslim, le diable s'enfuit de la maison où l'on récite la sourate al-Baqara. Réciter cette sourate chez soi, prier à la maison et dire les invocations du matin et du soir constituent la protection prévue par les textes. Sel, encens ou eau vaporisée n'ont pas de fondement dans la Sunna.

La roqya en MP3 est-elle efficace ?+

Écouter une récitation du Coran est permis et peut apaiser. Mais la roqya enseignée par le Prophète est une récitation faite par soi-même ou par un proche, avec le souffle et la main posée. L'enregistrement ne remplace pas sa propre prière.

Peut-on faire une roqya avec de l'huile d'olive ?+

Le Prophète a recommandé de consommer l'huile d'olive et de s'en enduire, en raison de sa bénédiction (Ibn Mâjah). Ce n'est pas un rite de roqya. On ne doit jamais forcer quelqu'un à en boire.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de UFCM, Latifa Bouhafsi, Tahar Gaïd, Azzedine Gaci.