Qu'est-ce qu'un raqi en islam ?
Le mot râqî vient de la même racine que roqya : c'est « celui qui fait la roqya ». Dans les hadiths, il ne désigne pas une fonction religieuse. Ce sont des compagnons ordinaires qui récitent : celui qui lit la Fâtiha sur un chef piqué par un scorpion (Al-Bukhârî, n° 5736) ; 'Â'icha au chevet du Prophète (Al-Bukhârî, n° 5016) ; Anas ibn Mâlik qui propose à un ami malade de lui réciter « la roqya du Messager d'Allah » (Al-Bukhârî, n° 5742) ; une femme, ach-Chifâ', à qui le Prophète demande d'enseigner sa roqya à Hafsa (Abû Dâwûd, n° 3887).
Autrement dit, il n'existe pas de « raqi certifié ». Pas d'école, pas d'ordre, pas de diplôme. Un imam n'est pas raqi par fonction, et un raqi n'a pas d'autorité religieuse particulière. Celui qui se présente comme le seul capable de « défaire » un mal, ou qui se dit doté d'un don, d'un pouvoir sur les djinns ou de « serviteurs » invisibles, s'écarte de ce modèle.
Le métier de raqi tel qu'on le connaît aujourd'hui, avec cabinet, rendez-vous et tarifs, est récent. En France, les recherches « roqya Paris », « roqya Marseille » ou « roqya Lyon » se comptent par milliers chaque mois. Cette page ne recommande personne : elle donne des critères pour juger par soi-même.

Faut-il vraiment passer par un raqi ?
Les textes donnent la priorité à la roqya faite sur soi. Le Prophète récitait sur lui-même quand il était malade, et chaque soir avant de dormir. Dans le hadith des soixante-dix mille qui entreront au paradis sans jugement, il décrit ceux qui « ne se soignent pas par la roqya », au sens, pour la plupart des savants, de ne pas la demander aux autres, et « placent leur confiance uniquement en leur Seigneur » (Al-Bukhârî, n° 5705).
Ce n'est pas une interdiction : le Prophète a lui-même ordonné qu'on récite sur des personnes atteintes. Mais l'ordre des priorités est clair. D'abord sa propre récitation, que l'on peut apprendre en quelques minutes (voir comment faire une roqya soi-même). Ensuite un proche de confiance : un parent, un conjoint, un ami qui récite bien. Enfin, si l'on y tient, une personne extérieure, choisie avec prudence.
L'Union française des consommateurs musulmans (UFCM) le rappelait, citée par Oumma : la meilleure roqya est celle que l'on se fait soi-même par le dhikr et la récitation du Coran. Elle ajoutait que celui qui soigne doit maîtriser le Coran et la Sunna, mais aussi avoir des notions de psychologie, pour ne pas confondre une souffrance psychique avec une affaire de sorcellerie (source).
Comment reconnaître un raqi sérieux
Quelques repères, tirés des conditions posées par les savants et du simple bon sens.
Ce qu'il récite. Des passages du Coran et des invocations connues, à voix audible, que vous pouvez suivre. Pas de mots incompréhensibles, pas de « noms secrets », pas de papiers griffonnés, pas d'appel aux djinns. C'est la condition du hadith : « Il n'y a pas de mal à la roqya tant qu'elle ne contient pas d'associationnisme » (Muslim).
Ce qu'il ne dit pas. Il ne vous désigne pas un coupable dans votre famille, ne « voit » pas qui vous a ensorcelé, ne prédit pas l'avenir. Le Prophète a dit : « Celui qui rend visite à un devin et l'interroge, ses prières ne seront pas acceptées pendant quarante nuits » (Muslim).
Comment il se comporte. Il ne touche pas le corps au-delà de la main posée sur la tête ou l'épaule, avec l'accord de la personne. La plupart des savants demandent qu'une femme soit accompagnée d'un proche (mahram) et ne soit jamais seule avec un raqi. Il ne crie pas, ne frappe pas, n'immobilise pas.
Ce qu'il demande. Une offrande libre ou un montant modeste annoncé à l'avance, pas des forfaits de séances ni des produits à acheter chez lui. Il vous encourage à réciter vous-même et ne vous rend pas dépendant de rendez-vous à répétition.
Ce qu'il dit de la médecine. Il demande si vous êtes suivi, et vous encourage à consulter. Le Prophète a dit : « Soignez-vous », car Dieu n'a pas créé de maladie sans remède (Abû Dâwûd, n° 3855). Quiconque conseille d'arrêter un traitement, en particulier psychiatrique ou antiépileptique, doit être quitté sur-le-champ.
Les arnaques à la roqya : exemples types
La roqya par téléphone. En 2013, l'UFCM signalait sur Oumma une arnaque qui a fait de nombreuses victimes. Un appel annonce que vous avez « gagné » une séance de roqya gratuite ; il suffit de rappeler un numéro. Le numéro est surtaxé, souvent en 08, et l'on fait durer la récitation le plus longtemps possible. À la fin du mois, la facture atteint des centaines, voire des milliers d'euros. Les escrocs invoquent la présence de « cheikhs » pour convaincre.
Le forfait et la boutique. On vous annonce un diagnostic (« sorcellerie mangée », « djinn amoureux »), puis un forfait de séances, et une liste de produits vendus sur place : musc noir, eau « coranisée », huiles, savons, feuilles. Aucun de ces produits n'a de fondement dans la Sunna. Le Prophète a permis une récompense pour une roqya (Al-Bukhârî, n° 5737) ; il n'a pas fondé un commerce.
Le spectacle. Cris, voix qui changent, « djinn » qui parle et donne des noms : ces scènes impressionnent et fidélisent. En 2016, une séance filmée devant un collège de La Réunion, où une femme prenait la voix de la « possédée », semblait à Oumma une mise en scène. Le « djinn » qui accuse une belle-mère ou une voisine détruit des familles.
L'emprise. Séances toujours plus nombreuses, conseils de couper les ponts avec la famille ou le médecin, sentiment d'être « en danger » si l'on arrête : ce sont des signes d'emprise, quel que soit le discours religieux qui les enrobe. Azzedine Gaci observait sur Oumma que la roqya, censée accompagner des malades fragiles, est devenue un véritable business.

Les dérives graves : violences, abus, décès
Au-delà de l'argent, certaines séances mettent la vie en danger. Le cas le plus documenté est celui de Latifa Hachmi, 23 ans, morte le 5 août 2004 à Schaerbeek, près de Bruxelles, au terme de plusieurs semaines de séances de roqya. Elle a été battue, plongée dans des bains d'eau très chaude puis étranglée. En 2012, la cour d'assises de Bruxelles a condamné son mari et un coaccusé à neuf ans de prison pour tortures ayant entraîné la mort, et d'autres participants à des peines avec sursis.
Les abus sexuels sont l'autre danger. En 2012, Oumma relayait, d'après la presse algérienne, l'affaire d'un « raki » de Bordj El Kiffan, près d'Alger, accusé d'avoir violé une trentaine de jeunes femmes après les avoir endormies. Le schéma se répète : une personne fragile, seule avec le guérisseur, convaincue que ce qui se passe fait partie du « soin ».
Les séquelles psychiques sont plus discrètes. La psychothérapeute Latifa Bouhafsi raconte, dans un entretien sur Oumma, le cas de Sarah : eau et huile d'olive avalées de force, coups, bandeau sur les yeux. Elle en a gardé des crises de panique au simple son d'une récitation du Coran inattendue. Pour Latifa Bouhafsi, beaucoup de « possédés » souffrent en réalité de traumatismes, et la violence aggrave leur état.
Rien de cela n'a de base dans la Sunna. Le Prophète soufflait, posait la main, invoquait. Il n'a jamais frappé un malade ni prétendu parler à un djinn logé dans son corps.
Que faire si l'on est victime ou témoin ?
Pendant une séance. On a le droit de dire stop et de partir, à tout moment. Si quelqu'un est frappé, étranglé, forcé à boire, ou perd connaissance, on appelle les secours (15 ou 112, et 17 pour la police) : ce peut être une urgence médicale autant qu'une agression.
Après coup. Les violences, les agressions sexuelles et l'exploitation d'une personne vulnérable sont des infractions, quel que soit le cadre religieux invoqué. On peut porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie, garder les preuves (messages, reçus, factures téléphoniques) et en parler à un médecin. Les situations d'emprise peuvent être signalées à la Miviludes, chargée en France des dérives sectaires, y compris dans le domaine de la santé.
Pour un proche. Ne pas le juger, ne pas le couper de sa foi, mais l'aider à reprendre un suivi médical, à réciter lui-même, et à s'éloigner de la personne qui l'exploite. Un imam de confiance ou une association peut aider à remettre les choses à leur place.
Enfin, rappeler l'essentiel : la roqya est une prière, gratuite et accessible à tous. Les invocations du matin et du soir, le verset du Trône et les sourates protectrices n'ont besoin d'aucun intermédiaire. Si les troubles persistent (angoisse, insomnie, pensées obsédantes, voir waswas), c'est vers un médecin ou un psychologue qu'il faut aussi se tourner.










