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Le monde musulman entre régression et affirmation de soi

Le monde musulman en général et le monde arabe en particulier subissent aujourd’hui de profonds bouleversements à la fois politiques, sociaux, culturels et religieux. L’omniprésence du voile et du "qamis" ne cesse de nourrir les polémiques, notamment en Europe et plus particulièrement en France. On voit se développer un islam « cathodique » à travers la multiplication des chaines satellitaires religieuses. La multiplication dans ces chaines, des émissions qui édictent des fatwas en direct, montre une véritable obsession du "halal" et du "haram". On assiste également à une explosion du nombre de demandes de "roqya". Cette pratique musulmane, censée accompagner spirituellement des personnes malades en situation de fragilité, est devenue aujourd’hui un véritable business qui génère des revenus conséquents, alors que beaucoup de ces maladies relèvent plus de la psychologie ou de la psychiatrie. 

Les intellectuels musulmans se disputent l'interprétation de ces changements sociaux (ou sociétaux) et religieux dont nous voyons les manifestations aujourd’hui. Les uns appréhendent ces pratiques en termes de "régression", de « retour en arrière ». Pour eux, les sociétés musulmanes sont entrées dans un lent processus de sclérose qui produit des archaïsmes. Pour les autres, il s'agirait plutôt d'une volonté d'autonomie culturelle, un retour vers les sources et un pas important vers l’affirmation de soi.

Nous vivons incontestablement une époque d’éveil spirituel et de désir de changement sans précédent. Beaucoup de musulmans aspirent à être réellement ce qu’ils sont, devenir enfin libres, dignes, heureux, souples, détachés et surtout retrouver la paix et la sérénité profonde. Malheureusement, ce désir de changement s’est traduit par des formes de pratiques et de manifestations religieuses qui ont généré une véritable inversion des valeurs islamiques.

Les mosquées sont remplies, surtout en période de ramadan, mais la prière est devenue une pratique gestuelle dénuée de sens et de profondeur. Le jeûne est vécu comme une simple privation du corps, sans aucune dimension spirituelle, et le pèlerinage un simple voyage sans conscience, sans remplir son cœur de Sa présence et sans nourrir son intimité de Sa proximité.

Il nous arrive de croiser des personnes pleines de bonne volonté. Animées sans doute de bonnes intentions, elles sont très attachées à la prière à la mosquée qu’elles ne ratent pour ainsi dire presque jamais. Elles jeûnent les lundis et jeudis et lisent régulièrement le coran. Mais il suffit de discuter quelques minutes avec ces mêmes personnes, pour lesquelles nous devons avoir du respect, pour s’apercevoir qu’elles entretiennent une profonde confusion entre le sens et les techniques. Les pratiques sont là, elles sont nombreuses et méticuleuses mais le sens, le souffle et le cœur n’y sont pas. Avec le temps, les actes d’adoration sont devenus une "habitude gestuelle". On prie sans vraiment de désir, sans profondeur, sans amour. On jeûne en privant notre corps de nourriture et de boisson mais le cœur ne jeûne pas. On lit le Coran sans conscience, on psalmodie des mots appris sans profondeur.

Le Coran ne cesse pourtant de nous prévenir "Que ne parcourent-ils la Terre pour acquérir des cœurs aptes à comprendre et des oreilles aptes à entendre ? En vérité, ce ne sont pas les yeux qui se trouvent atteints de cécité, mais ce sont les cœurs qui battent dans les poitrines qui s’aveuglent" (coran 22/46). Pour traduire leur expérience de la présence de Dieu, les mystiques parlent des « yeux de l’âme », du cœur qui « sent et écoute » les paroles Divines, d’un ravissement dans une clarté supérieure. Pour eux, l’homme intérieur est pourvu de sens spirituels grâce auxquels il perçoit les réalités suprasensibles et éprouve la « douceur » de Dieu. Dans son livre "la délivrance de l’erreur", le grand imam et célèbre philosophe Abu Hâmid Al-Ghazâlî dit presque la même chose : "L’homme a un œil intérieur, l’œil du cœur qui lui permet de voir les réalités suprasensibles et d’être éclairé par la lumière de l’eternel".

Aujourd’hui, les musulmans ne savent plus parler de leur religion et de leur foi, de leurs cœurs et avec leurs cœurs, et de leur spiritualité. Ils confondent sans cesse l’éducation profonde de l’être et l’usage technique et parfois technicien des actes d’adoration. Or, il ne peut y avoir vraiment de pratique sans spiritualité. Comme il n y a pas de spiritualité sans conscience, sans efforts, sans travail intérieur et sans quête de sens et de vérité. Cette quête a un prix. L’effort et le combat intérieur en ont un aussi. 

Aux musulmanes et aux musulmans de savoir où ils veulent aller, et sur qui ils peuvent compter pour avancer sur ce chemin vers la paix, c’est-à-dire vers l’islam.

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