Tariq Ramadan analyse le phénomène de l'islamophobie et ses implications dans les sociétés contemporaines.
Oumma TVIslamophobie & DiscriminationsIdées & Débats4:26
6 août 2008 à 08 h 49
Tariq Ramadan analyse le phénomène de l'islamophobie et ses implications dans les sociétés contemporaines.
Transcription intégrale de la vidéo
Bismillah ar-Rahman ar-Rahim.
Par rapport à la question de l'islamophobie, on se rend bien compte aujourd'hui qu'en France, il y a une montée de ce sentiment, ce sentiment qui dans le fond est un sentiment raciste, et qui est surtout dû effectivement à cette nouvelle présence des musulmans en France, de plus en plus visible, et qui va de ce point de vue-là faire en sorte de s'exprimer par différentes facettes.
Je crois que ce dont il faut se rendre compte, c'est qu'aujourd'hui, derrière l'islamophobie, se cachent un certain nombre de postures intellectuelles qu'on trouve chez nos interlocuteurs. La première, c'est l'idée que intrinsèquement l'islam est porteur de violence, est porteur d'exclusivisme, est porteur d'expansionnisme, qui est une religion violente, qui est une religion discriminatoire à l'endroit des femmes. Donc il y a une première dimension de l'islamophobie dans le discours dominant aujourd'hui, c'est que ça n'est pas essentiellement les groupes les plus radicaux, les plus extrêmes qui posent problème, mais c'est l'islam en tant que tel. Et donc, le seul fait de la présence de 5 millions de musulmans en France, mais de tant d'autres musulmans en Europe, c'est l'idée que c'est la cinquième colonne, attention, il y a une invasion rampante. Donc il y a tout un discours qui se dessine de ce point de vue-là.
Il y a des choses qui sont un tout petit peu plus subtiles, c'est-à-dire l'idée de dire la même chose, mais en commençant par discuter de ceux qui sont les plus radicaux. Alors on dit et on commence le discours sur l'islamisme et on fait toute une construction sur le danger de l'islamisme ou des radicaux, pour finalement dire : mais en fait, ces gens-là ne font que s'appuyer sur ce qu'est l'islam. Et donc on en revient à l'autre idée, c'est que en passant par les extrêmes, ce que l'on veut discréditer, c'est la religion musulmane en tant que telle et les musulmans quels qu'ils soient. Et donc ça veut dire que toute musulmane ou tout musulman qui serait pratiquante ou pratiquant, et ben finalement n'est que la voie qui va mener au radicalisme et qu'il faut pas qu'on se trompe. Donc, on distingue les deux dans un premier temps de la réflexion pour les confondre dans le second temps. C'est toute la production de Alexandre Del Valle qui écrit sous pseudonyme et qui, de ce point de vue-là, mène campagne, c'est ce qu'on entend dans les mouvements d'extrême droite de la même façon.
Vous avez encore autre chose qui est finalement une réalité, c'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de questions qui sont sincèrement posées aux musulmans sur la question de la violence, sur la question des femmes, sur la question, un certain nombre de questions qui font problème. Mais la façon dont ils sont dont ces questions sont posées, c'est finalement sans écouter aucune des réponses que donnent les musulmans. C'est-à-dire que finalement, c'est une espèce de machine comme ceci à poser des questions et à pousser les musulmans à être sur la défensive, et ceux-ci ne font que répondre à ce que l'islam n'est pas, ils n'ont plus le temps, ni même la disponibilité intellectuelle et sociale, de dire ce que l'islam est. Et c'est une autre des voies de l'islamophobie.
Dernier élément, je crois que ce qu'on peut mettre en évidence, c'est que tout cela crée quoi ? Tout cela crée en amont un sentiment de peur. Et l'une des victoires de l'islamophobie aujourd'hui, c'est au travers d'un certain type de discours que l'on tient, de créer une atmosphère de crainte, une atmosphère de peur, une atmosphère de suspicion générale. Et finalement, en amont du débat, faire en sorte que toute discussion sur l'islam soit passionnée est l'une des victoires fondamentales de l'islamophobie appliquée. C'est-à-dire, vous pouvez plus discuter du sujet sans que la tension monte, sans que finalement les crispations se fassent, et là c'est la subtilité même. Raison pour laquelle les musulmans par rapport à ce phénomène-là, doivent en comprendre les textures et les orientations, faire un pas en arrière, prendre de la distance et décider, eux, de ce à quoi ils doivent répondre. C'est-à-dire, ne jamais accepter la stigmatisation et le racisme déguisé, ne jamais accepter la stigmatisation et l'attaque appliquée par des questions dont on n'entend pas finalement les réponses. Et puis finalement leur grande responsabilité, c'est d'avoir un agenda clair, c'est-à-dire une vision claire de ce qu'ils sont, une vision claire de ce comment comment ils doivent dire ce qu'ils sont, et finalement trouver des partenaires, parce qu'il en est de nombreux en France et en Europe qui sont prêts à avec eux construire ce discours, le diffuser, et puis finalement être des citoyens quelle que soit leur confession, appliqués à défendre le droit et à lutter contre tout type de racisme.
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VidéoAvec Soufiane Djilali · 2 novembre 2026
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