Trente ans de silence
Saïd BranineBienvenue dans L'Esprit d'actu. Je reçois aujourd'hui un grand reporter comme on n'en fait plus, Jacques-Marie Bourget. Bonjour Jacques-Marie Bourget.
Jacques-Marie BourgetBonjour.
Saïd BranineVous étiez journaliste dans plusieurs titres de la presse française.
Jacques-Marie BourgetPresque tous, ouais.
Saïd BranineEt vous avez écrit un ouvrage...
Jacques-Marie BourgetQue je remettais à la minute, là.
Saïd BranineOuais, heureusement. Vous avez écrit un ouvrage passionnant, Sabra et Chatila, au cœur du massacre, avec des photos de Marc Simon, une préface d'Alain Louyot, qui est journaliste, ex-journaliste au Monde, et c'est édité aux Éditions Erick Bonnier.
Dans la préface de votre livre, vous qui avez couvert ce massacre, vous affirmez : « Pourtant, nous n'avons jamais ni écrit, ni montré tout ce dont nous avons été témoins les 17 et 18 septembre 1982 à Sabra et Chatila. Depuis trente ans, notre vérité s'est enrayée comme un mot qui refuse de sortir. » Pourquoi ce silence de trente ans ?
Jacques-Marie BourgetC'est vrai. C'est quand on a vu une horreur pareille. Même si à l'époque de Sabra et Chatila j'avais presque quarante ans, donc je n'étais pas un junior et j'avais déjà vu pas mal de choses épouvantables, il s'agissait de guerres. Même si c'était des guerres terribles avec des massacres à l'intérieur de la guerre, des exactions, des choses comme ça. Là, c'était une tuerie, une boucherie systématique contre des femmes, des enfants, des vieillards, des civils, des gens qui étaient en train de manger une omelette.
Saïd BranineC'est donc un profond traumatisme ?
Jacques-Marie BourgetAh oui. Quand vous arrivez là-dedans, c'est absolument épouvantable, c'est l'enfer, on n'arrive pas à comprendre.
Il y a eu le choc, et nous avons fait très rapidement une enquête pour essayer d'expliquer, qui n'a pas été publiée parce que la presse n'était pas très demandeuse. Il fallait passer à autre chose : Grace Kelly était morte, tout ça, hop, yalla, on tourne la page. C'est donc resté comme cela. J'avais beaucoup de travail, c'est toujours resté en moi, et maintenant que je suis vieux, c'est une espèce de testament et de devoir. Mon photographe est comme moi : mon bouquin, je l'ai écrit sans prendre un carnet de notes, tout était dans ma tête. Lui, ses photos étaient au fond du tiroir, il n'y avait plus qu'à les sortir.
Il fallait aussi trouver un éditeur, car trouver un éditeur pour ce genre de livre est très difficile.
Saïd BranineIl y a eu beaucoup de refus ?
Jacques-Marie BourgetBeaucoup de refus, oui : « C'est une vieille histoire, ça ne nous intéresse pas, à quoi bon », etc. Puis Erick Bonnier a eu le courage de publier ce livre avec les photos. Modestement, nous posons notre pierre dans le mur de l'histoire, on verra bien. Peut-être que dans 10 ans ou 20 ans, les gens retrouveront ce petit livre en disant : « Bah voilà le témoignage qui a été publié. »
Le contexte géopolitique
Saïd BranineAvant de rentrer dans le vif des événements, on peut rappeler le contexte géopolitique de l'époque au Liban. Israël envahit le Liban le 6 juin 1982. Vous êtes en France et vous décidez de partir pour le Liban ?
Jacques-Marie BourgetBen, c'est-à-dire que cela s'appelait soi-disant l'opération Paix en Galilée. Je suis allé couvrir cette opération qui a été, on l'oublie, extrêmement meurtrière, puisqu'il y a quand même eu 25 000 Libanais tués dans cette opération. On n'en parle pas, on parle du massacre parce que c'était l'odieux dans l'odieux, mais l'opération Paix en Galilée, c'est 25 000 morts dans un petit pays comme le Liban. C'est comme si en France il y avait 300 000 morts, c'est absolument épouvantable.
Sous la pression internationale, les Israéliens s'arrêtent autour de Beyrouth. L'objectif est de liquider les terroristes et de chasser les Palestiniens.
Saïd BranineCe qu'ils font d'ailleurs, parce que l'OLP est...
Jacques-Marie BourgetVoilà, chasser les Palestiniens, y compris les civils et les réfugiés, ailleurs, en Irak. C'était le rêve de Sharon et des Israéliens de se débarrasser de ces Palestiniens au Liban.
Les Palestiniens et ce qu'on appelle les forces progressistes, c'est-à-dire quelques milices sunnites, les Druzes...
Saïd BranineQuelques partis de gauche, oui.
Jacques-Marie BourgetEt des chrétiens non phalangistes proches du Parti communiste, se battent. Quelques chiites qui commencent à être organisés se battent aussi contre les Israéliens. On assiste alors non pas à une guerre de position, mais à une halte jusque fin août, début septembre.
Une force multinationale, où se trouvent des Américains et des Français, est soi-disant là pour protéger le cœur de Beyrouth et dire aux Israéliens d'arrêter et de ne pas y entrer. Subitement, autour du 10 septembre, ma mémoire me fait peut-être défaut sur la date exacte, après l'évacuation des combattants palestiniens sur Tunis, la force d'interposition multinationale s'en va unilatéralement, sans prévenir, sans rien. Sous la pression des Israéliens, les Américains disent : « On retire les troupes. » Au lieu de dire qu'on laisse les troupes à Beyrouth pour protéger les camps, puisque le contrat juré, craché des Américains et des Français auprès d'Arafat était de protéger les camps, Mitterrand et les autres évacuent ces gens.
Par définition, les camps ne sont plus protégés. Mais l'opinion publique se dit que les ameri-, que les Israéliens sont de grands démocrates et qu'il n'est donc pas question qu'ils touchent à une oreille d'un Palestinien. C'était cela, le thème. Puis Bachir Gemayel, le président élu phalangiste chrétien complètement lié à Israël, est assassiné le 14 septembre.
Saïd BranineDans un attentat.
Jacques-Marie BourgetOuais, dans un attentat, oui. Sharon dit alors aux phalangistes : « Bon ben maintenant, il faut vous venger, ce sont les Palestiniens qui ont fait tuer Bachir Gemayel », ce qui était complètement faux. « Il faut liquider les 2 000 terroristes qui sont encore à l'intérieur de Sabra et Chatila. » Ce n'est pas le début de la guerre contre le terrorisme, car on a connu cela en 40 et dans toutes les guerres, où le fedayin ou le résistant est qualifié de terroriste, mais c'est quand même, dans l'ère moderne, l'apparition du concept de guerre contre le terrorisme.
L'entrée dans les camps
Saïd BranineNous sommes le 16 septembre, vous êtes dans le camp de Sabra et vous avez comme un pressentiment ?
Jacques-Marie BourgetNon, le 16 septembre, je suis au cœur de Beyrouth, dans le quartier sunnite de Basta, qui est le quartier ottoman, le quartier religieux sunnite, parce que les Israéliens sont en train de rentrer dans la ville. Je suis passé dans leur dos pour aller au cœur de Beyrouth pendant l'offensive israélienne.
Le 16 septembre au soir, nous voyons le ciel s'illuminer d'obus éclairants. Nous nous demandons pourquoi, sans très bien comprendre. Le 17 au matin, Beyrouth est tombé, les Israéliens occupent toute la ville. On entend encore des tirs dans la zone des camps, au sud de Beyrouth. Mon photographe, qui était à l'époque encore plus habitué que moi à Beyrouth, dit : « Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi y a-t-il encore des tirs dans la zone des camps ? » Nous y allons.
Étonnamment, alors qu'il y avait peut-être 150 journalistes à l'époque à Beyrouth, personne ne se soucie des camps, personne. Une équipe a vaguement filmé des types passant par un trou dans un mur pour entrer dans le camp, dont on découvrira que c'étaient des phalangistes, mais à part cela, rien, personne.
Nous y sommes le vendredi après-midi. Nous traînons un peu dans le haut de Sabra. Il y a des tirs, une roquette nous passe à côté. En même temps, une femme nous offre le café : ces gens-là étaient hélas très habitués aux combats. Ce qui nous a étonnés, c'est que nous avons vu pas mal de gens quitter le camp sans courir, en silence, avec des visages d'une terreur absolue. Nous n'avons pas compris. Il y avait des vieux, des enfants qui traînaient des vieux, ils partaient.
Ce vendredi soir, comme la veille nous avions dormi chez l'habitant, je dis à mon photographe, Marc Simon : « Bah tiens, on va dormir dans le camp. » Il m'a dit : « Mais tu es malade. » Il a compris qu'il y avait une forte tension : si on nous découvrait et qu'on nous tirait dessus, nous étions morts. Nous sommes donc rentrés à l'hôtel, et le 18 au matin, nous sommes retournés très tôt dans le camp.
La découverte de l'horreur
Saïd BranineVous retournez dans le camp et vous découvrez l'horreur absolue.
Jacques-Marie BourgetBen, c'est-à-dire que dans l'allée principale du camp, il y avait quelques morts, mais dans un combat, il y a des morts. Puis je prends une ruelle à droite et là, nous tombons sur l'apocalypse : des enfants coupés en morceaux, des femmes aux seins coupés, violées, des gens poignardés, des corps traînés derrière une camionnette au bout d'une chaîne. Nous avons eu beaucoup de mal à comprendre que ce que nous craignions avait eu lieu, c'est-à-dire le massacre. Il y avait déjà un bulldozer qui creusait des trous pour enterrer des corps à pleines pelles. C'était absolument épouvantable.
Saïd BranineJe vais lire un passage de votre ouvrage. Vous affirmez : « Nous avançons. Chaque maison a été salle de torture avant d'être tombeau. L'épouvante, c'est bien ça, l'épouvante. Elle nous fait oublier l'odeur, les insectes restés seuls vivants, les liquides et le sang. »
Jacques-Marie BourgetC'est exactement cela. Là où vous êtes, c'est comme si nous avions été satellisés et que nous nous retrouvions sur une autre planète ou sur la Lune. Vous avez l'impression de ne plus être un être humain, c'est indicible. Des histoires pareilles ne semblent pas possibles.
Saïd BranineDans votre ouvrage, vous affirmez même : « Nous sommes presque soulagés, voilà des morts ordinaires. »
Jacques-Marie BourgetOui, parce qu'à un moment, nous avons vu des gens fusillés contre un mur. C'est horrible, mais c'est hélas un épisode assez banal d'une guerre civile ou d'une guerre. Le fait de voir ces gens fusillés, morts de façon banale dans ces circonstances, était presque un soulagement : on se disait qu'enfin des gens avaient eu la chance de ne pas être torturés, du moins on ne voyait pas de traces de torture, ils avaient été fusillés.
Ce qui nous a effrayés, c'est le côté systématique, lourd, maison par maison, sur des gens visiblement sans défense. Même si nous avions entendu la veille quelques jeunes avec des kalachnikovs se battre un petit peu, ce n'était rien du tout. En fait, ils sont venus tranquillement et systématiquement. De plus, les Israéliens encerclaient le camp et empêchaient les gens de fuir : ils étaient pris dans la nasse et on les a égorgés comme des poulets.
Saïd BranineQuel rôle a joué l'occupant israélien ? Vous affirmez que l'envahissement de Sabra et Chatila a été programmé par l'armée israélienne.
Le plan d'invasion des camps
Jacques-Marie BourgetOui, on a trouvé un plan daté du 17 septembre, alors que Rafael Eitan, le chef d'état-major de l'armée israélienne, disait qu'il n'avait jamais été question d'entrer dans les camps. Nous publions la photo de ce plan, retrouvé après avoir été oublié dans l'état-major le 17 septembre : il y a les flèches et on envahit les camps.
De toute façon, nous avons désormais quelques verbatims. Très peu d'historiens s'occupent d'essayer de savoir ce qui s'est passé, mais il existe des éléments. Sharon avait mis une pression absolue sur les phalangistes pour qu'ils rentrent dans les camps. Malin, Bachir Gemayel avait compris la difficulté par rapport à ses amis sunnites, dont il avait besoin des voix pour être élu président de la République. C'était donc un peu délicat de soutenir cela. Mais au sein des phalangistes, comme tous ces individus avaient été formés en Israël et que Rafael Eitan déclarait que les phalangistes étaient comme leurs propres troupes, il est clair qu'ils ont été envoyés à l'intérieur des camps.
J'ai le témoignage d'un professeur de violon qui rapporte que sous ses fenêtres, on a parlé en hébreu, et l'on a retrouvé des caisses de munitions avec des inscriptions en hébreu. Alain Ménargues, dans son livre, cite le nom d'un commando arrivé dans le camp avec pour mission d'exécuter très précisément un certain nombre d'intellectuels et de personnes ciblées. Je ne sais pas. Je sais simplement que, d'une part, les phalangistes ont été entraînés et motivés pour entrer dans les camps. D'autre part, c'était le but de Sharon, qui a même eu des querelles avec les Américains. Les Américains essayaient de le freiner, et il disait : « Mais comment ? Ce n'est pas vous, c'est notre survie qui est en jeu. Il faut tuer ces terroristes, il faut tuer ces terroristes, il faut tuer ces terroristes, il faut tuer ces terroristes. »
Ensuite, il y a eu la commission Kahan, une commission bidon en Israël qui a estimé que Sharon ne devait plus faire de politique. On a vu ce que la suite a donné. Il a été un petit peu sanctionné, ainsi que le chef d'état-major, mais c'était un peu de la rigolade.
Saïd BranineDans votre livre, vous décrivez quand même une scène hallucinante. Le 22 septembre, vous revenez sur les camps de Sabra et Chatila, et vous affirmez : « Les assassins reviennent sur les lieux du crime pour en commettre d'autres sous les yeux de militaires français. »
Les assassins de retour sous les yeux des Français
Jacques-Marie BourgetAbsolument. C'est-à-dire que nous allions tous les jours dans les camps pour voir ce qui s'y passait. Ils ont enterré les morts, il y a eu des fosses communes ouvertes, cela a été absolument terrible. Puis, le 22, les fameuses troupes multinationales d'interposition sont revenues, et les Français sont arrivés les premiers. Nous voyons les troupes françaises prendre position dans Sabra et Chatila. On se dit : « Bon bah voilà, ils reviennent trop tard, mais ils sont là. »
Puis, nous apercevons un camion militaire kaki avec, à l'arrière sur les bancs, de jeunes hommes palestiniens menacés par des armes, certains ayant les pouces attachés dans le dos avec du fil de fer. C'était un camion militaire des phalangistes arborant le portrait de Bachir Gemayel sur la portière. Quatre jours après le massacre, voilà les phalangistes à nouveau dans le camp pour continuer à capturer des gens.
J'avise un colonel présent sur place et je lui demande« Mais vous savez ce qui se passe ? » Il me répond : « Non. » Ben je lui dis : « Il y a les phalangistes qui continuent à venir prendre des hommes. » Il me répond : « Mais non, ce ne sont pas des phalangistes, ce sont les autorités. » Évidemment, ce militaire français ne connaissait rien à la problématique. En voyant des hommes en uniforme kaki avec un camion kaki, il s'est dit : « Ben c'est l'armée, ce sont des militaires, ce sont les autorités. » Je lui explique que non, que ce sont les phalangistes qui ont commis le crime. Il me rétorque : « Non, occupez-vous de ce qui ne vous regarde pas. Moi, je suis formel, ce sont les autorités, ce sont les autorités. » Après cela, j'ai alerté Régis Debray.
Saïd BranineOui, vous lui avez envoyé un télex, et vous le rencontrez même.
Jacques-Marie BourgetOui, alors que je ne le connaissais pas. En 82, il était conseiller de François Mitterrand.
Saïd BranineQui était conseiller de François Mitterrand.
Jacques-Marie BourgetOui, en 82, conseiller de François Mitterrand. Je pensais que c'était un honnête homme, alors je lui ai écrit : « Bon ben, je ne vous connais pas, mais je vous envoie un télex, il se passe des choses terribles. » Il ne m'a jamais répondu. Je l'ai croisé 15 jours plus tard par hasard dans une soirée à Paris, et je lui ai demandé ce que signifiait cette histoire. Il m'a répondu : « Bah écoutez, j'ai vérifié auprès de la Défense et des Affaires étrangères, on n'a trouvé aucune trace de cela. » Finalement, l'affaire est sortie dans la presse anglo-saxonne : on estime qu'environ 500 personnes, en plus des premiers morts, ont été capturées à ce moment-là puis liquidées dans la montagne.
L'impunité et l'oubli politique
Saïd BranineTrois mois plus tard, le 16 décembre 1982 exactement, l'Assemblée générale de l'ONU qualifie cet acte de barbarie d'acte de génocide, mais cela ne sera jamais soumis à un tribunal ni jamais jugé.
Jacques-Marie BourgetNon, ce qui est paradoxal, le génocide étant normalement imprescriptible. La commission Kahan a servi d'exutoire pour l'opinion, alors que 450 000 personnes avaient tout de même manifesté en Israël pour protester contre cette barbarie. On s'est dit, bon bah, l'affaire est jugée. Puis on a affirmé : « Bah ce sont les chrétiens, c'est finalement une histoire entre Arabes, entre Palestiniens et chrétiens arabes. Nous n'avons rien à voir là-dedans. Certes, Sharon a été un petit peu imprudent, le chef d'état-major Rafael Eitan a été un peu imprudent, mais nous ne sommes pas concernés. »
Ensuite, une commission d'enquête Germanos a existé au Liban, mais cela s'est très vite perdu dans les sables. Une loi d'amnistie a été votée, un peu à l'image de celle qui protège en France l'OAS ou les criminels de guerre en Algérie : c'est-à-dire qu'on n'a plus le droit de les juger ni de les condamner. Quant à l'Assemblée des Nations unies, ben c'est comme les décisions qu'elle prend pour la prétendue existence de la Palestine : cela reste lettre morte, cela ne prospère pas. C'est très étonnant, mais c'est ainsi.
Saïd BranineEt comment expliquez-vous en France ce black-out médiatique, alors que l'on célèbre, entre guillemets, le trentième anniversaire de ces massacres ?
Le déclin de la cause palestinienne
Jacques-Marie BourgetOui. Ben je crois que la cause palestinienne a été très liée aux courants internationalistes généreux des années 68, 70 jusqu'à 80, et pas mal liée au mouvement marxiste de libération des peuples, sans que ce soit péjoratif dans ma bouche.
Saïd BranineAnti-impérialiste.
Jacques-Marie BourgetVoilà, anti-impérialiste. Maintenant, tout cela est fini. L'anti-impérialisme n'existe plus. On envoie désormais des troupes en Afghanistan pour lutter contre on ne sait qui, on envoie des troupes détruire l'Irak pour des motifs inexistants. Cette reconstruction du monde occidental a transformé les Palestiniens en terroristes inscrits sur des listes noires. Quiconque veut s'en occuper devient un antisémite, un rouge-brun ou je ne sais quoi.
C'est extrêmement difficile. Il y a eu la division des Palestiniens entre eux, mais cela n'explique rien selon moi. C'est-à-dire que la cause palestinienne n'est plus à la mode, elle est devenue ringarde. Les gens parlent du conflit israélo-palestinien, mais il n'y a pas de conflit israélo-palestinien : il y a simplement un pays qui en occupe indûment un autre. Il n'y a pas de guerre, il n'y a pas de conflit. Je ne supporte pas d'entendre ce terme.
Saïd BranineVous qui êtes journaliste et avez travaillé pour de nombreux magazines de la presse française, peut-on parler de ce sujet sans subir de pressions ?
Jacques-Marie BourgetBen, c'est-à-dire que la pression a suivi cette évolution. Il y a 30 ans, 20 ans, il était plus facile de s'exprimer sur les Palestiniens, car le déni de justice, la série de massacres et de malheurs étaient évidents. Aujourd'hui, le Palestinien est assimilé au terroriste ou au radical religieux. On réécrit l'histoire en prétendant qu'Arafat aurait refusé des propositions de paix, alors qu'on ne lui a jamais rien proposé. On assiste à un enterrement systématique des Palestiniens. Ce qui se passe avec les colonies est hallucinant : des colons tirent sur la population et sur les enfants dans une impunité absolue, c'est effrayant.
Saïd BranineBen merci à vous, Jacques-Marie Bourget. Je rappelle le titre de votre ouvrage : « Sabra et Chatila, au cœur du massacre », avec les photographies de Marc Simon, publié aux éditions Erick Bonnier. C'est un livre que je recommande particulièrement. Merci à vous.
Jacques-Marie BourgetMerci.