Au programme d'OummaTV, le dernier volet de la série consacrée aux grandes figures intellectuelles de l'islam de France. Sadek Sellam évoque aujourd'hui la mémoire de l'éminent penseur algérien Malek Bennabi (1905-1973).
Oumma TVHistoireHistoire & MémoireIdées & Débats9:16
25 juillet 2011 à 17 h 28
Au programme d'OummaTV, le dernier volet de la série consacrée aux grandes figures intellectuelles de l'islam de France. Sadek Sellam évoque aujourd'hui la mémoire de l'éminent penseur algérien Malek Bennabi (1905-1973).
Transcription intégrale de la vidéo
Alors aujourd'hui, on va parler d'un autre grand nom de l'histoire intellectuelle de l'islam en France, c'est Malek Bennabi. Malek Bennabi était né à Constantine, le 1er janvier 1905, et il a grandi à Tébessa, une ville qui est beaucoup plus au sud, dans les hauts plateaux, et il vivra un premier tiraillement entre Constantine, une ville un milieu citadin très raffiné, et le milieu de Tébessa, qui était un milieu de semi-sédentaires, de gens beaucoup plus rudes, qu'il a admiré pendant le caractère trempé des gens de des hauts plateaux l'a attiré beaucoup plus que le raffinement de des gens de Constantine dont il faisait partie aussi. Et ensuite, il a connu un autre tiraillement, c'est entre l'école coranique qu'il a fréquenté très tôt et l'école communale française, où il dit, enfant, avoir été amoureux de son institutrice française. Donc vous avez quelqu'un qui était très attaché à un milieu féminin de dont sa mère, qui lui a inculqué les valeurs et la foi religieuse même, et cette institutrice très loyale, très dévouée, à laquelle il était très attaché. Donc c'est un autre tiraillement entre la culture coranique traditionnelle et la culture française moderne. Et l'autre tiraillement, c'est quand il décide d'aller à Paris, après la fin de ses études à la Médersa de Constantine. La Médersa, c'est avec un grand M, c'est un établissement qui formait des interprètes, des auxiliaires de la magistrature musulmane ou des des enseignants sur l'islam, et ce sont des établissements qui ont été créés en 1850, alors que beaucoup de politistes arabisants qui ne s'intéressent qu'à l'islamisme radical continuent de confondre, jusqu'à nos jours, avec les médersas libres des oulémas. Ce sont deux deux types d'établissements très éloignés les uns des autres. Et donc lui, après avoir eu ce diplôme, après avoir travaillé un peu dans la magistrature, il décide de venir poursuivre ses études à Paris, mais des études d'ingénieur en électricité. Et donc on a un autre tiraillement entre la culture littéraire et la culture scientifique. Et ce tiraillement a été décrit par un auteur anglais qui s'appelle Snow, dans son livre The Two Cultures, qui aide à comprendre Malek Bennabi. Alors, l'autre tension qu'il a vécue, c'est sa fréquentation de l'Union chrétienne des jeunes gens de Paris, du 14, rue Trévise, dans le 9e arrondissement à Paris. C'était un milieu de peintres, d'intellectuels, de poètes, de gens qui étaient fascinés par le débat d'idées, et où il a été admis comme musulman. Il dit avoir été fasciné par la modernité donc de Paris, qu'il découvre en 1930, mais dans le même temps, il a développé sa culture religieuse générale sur toutes les religions, au contact de ce milieu-là. Alors l'année d'après, en 1931, il prend contact avec l'Association des étudiants musulmans nord-africains, qui ne parlait que de politique et de carrière, les les les dirigeants de cette association. Et c'est ce différentiel entre ces deux associations qui a été à l'origine de sa réflexion sur la notion de civilisation, qui est un concept clé dans toute sa pensée, et un concept qui surplombe à la fois le politique et le religieux. Il il dit que les problèmes du monde musulman ne sont pas d'ordre seulement politique, c'est pas seulement l'arriération économique, c'est pas seulement le besoin de réformer la la religion pour la débarrasser des innovations blâmables, ni l'épuration de la langue arabe envahie par les sabirs. Il dit : « Il s'agit d'un problème général de civilisation. » Et il a mis au point une sorte de philosophie de l'histoire sur la la naissance, le développement et le déclin des civilisations. Et lui, il a théorisé la notion de renaissance. Et un de ses livres s'appelle Les Conditions de la renaissance. Il dit que le problème de l'islam, c'est un problème de civilisation qui a été essoufflée, qui a connu une un déclin, mais qui a la possibilité de renaître, à condition que les que les les promoteurs de cette renaissance réunissent les conditions du succès. C'est Et il était évidemment très tôt contre le système colonial, mais il ne considérait pas la la colonisation comme le problème numéro un, il considérait que c'était la conséquence de la colonisabilité. Il a forgé le concept, qui lui a valu beaucoup de malentendus, de colonisabilité. C'est l'état de faiblesse qui a exposé les peuples musulmans et les a rendus vulnérables au point qu'ils ont succombé sous les assauts des puissances impérialistes. Et sa devise : « On cesse d'être colonisé quand on cesse d'être colonisable. » Et son œuvre, qu'il a écrite essentiellement à côté de Dreux, à la campagne, dans un village qui s'appelait Luat-Clairet, a été qualifiée comme étant un programme de réforme de l'homme musulman. Et elle reste toujours d'actualité, surtout quand nous avons des apprentis réformateurs de l'islam en France qui prétendent réformer le Coran. Malek Bennabi a écrit sur le Coran, il a dit : « C'est l'homme musulman qu'il faut réformer, et non pas le Coran. »
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