L'Esprit d'actu reçoit Farida Belghoul, fondatrice de la Journée de retrait de l'école (JRE), et ancienne figure de la "marche pour l'égalité et contre le racisme " dans les années 1980.
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14 février 2014 à 12 h 00
L'Esprit d'actu reçoit Farida Belghoul, fondatrice de la Journée de retrait de l'école (JRE), et ancienne figure de la "marche pour l'égalité et contre le racisme " dans les années 1980.
Transcription intégrale de la vidéo
Saïd BranineBienvenue dans « L'esprit d'actu ». Je reçois aujourd'hui Farida Belghoul, porte-parole de Convergence 84, mais également fondatrice et porte-parole des JRE, Journées de Retrait de l'École.
Bienvenue, Farida Belghoul.
Farida BelghoulMerci de m'avoir invitée, Saïd.
Saïd BranineJe disais tout à l'heure que vous êtes l'ancienne porte-parole de Convergence 84. Vous avez milité au sein de Convergence 84 il y a...
Farida BelghoulC'était il y a 30 ans maintenant. À l'époque, à 25 ans, je militais avec d'autres enfants d'immigrés dans le mouvement qu'on appelait alors la deuxième génération. Après la marche de 83, j'ai lancé une deuxième initiative, Convergence 1984. Au cours de cette initiative, j'ai découvert que l'antiracisme était une idéologie qui n'était finalement pas favorable aux quartiers populaires et à l'immigration, contrairement aux apparences. C'était une idéologie qui consistait à instrumentaliser les banlieues, au profit du Parti socialiste notamment.
Saïd BranineNous allons revenir sur votre parcours après cette période militante au sein de Convergence 84. Vous affirmez avoir redécouvert l'islam quelques années après avoir milité au sein de Convergence 84 ?
Farida BelghoulJ'ai terminé ma participation au Mouvement beur en novembre 1989. À cette date, avant de démissionner, j'étais directrice à l'information de Radio Beur et secrétaire générale de l'association Radio Beur de l'époque. J'ai disparu après avoir déposé au conseil d'administration une contribution dans laquelle je demandais notamment qu'on se préoccupe du débat islamo-catholique. Il me paraissait important de s'appuyer sur l'identité religieuse de ce qu'on appelait à l'époque notre communauté.
Saïd BranineDès 89, donc.
Farida BelghoulDès 89. Le texte est historique, il est là, je peux vous le montrer, il peut passer à l'ADN, il a été écrit à l'époque. Dès 89, j'avais proposé que l'on s'appuie sur notre identité de musulmans, mais aussi que l'on aille, à partir de là, s'adresser aux catholiques pour voir ensemble ce que l'on pourrait faire. Je l'ai écrit noir sur blanc dans cette contribution que je pourrai vous communiquer quand vous le voudrez : la France est un pays chrétien, un pays catholique, nous étions musulmans, et nous avions beaucoup plus d'intérêt à discuter des questions islamo-catholiques pour sauver la France, l'immigration, les quartiers populaires et les classes moyennes, plutôt que de se lancer dans un débat judéo-arabe proposé à l'époque par Julien Dray et Harlem Désir, qui finalement ne concernait pas la France en première instance.
Saïd BranineVous avez également milité au sein des étudiants communistes de France, l'UEC. Qu'est-ce qui vous a motivée à entrer dans une telle structure ?
Farida BelghoulCela se situe avant ma participation au mouvement de la seconde génération d'immigrés, quand j'avais 17 ans. À 17 ans, j'étais déjà portée sur l'action militante. Je me suis fait happer par la jeunesse communiste. J'y suis restée 3 ou 4 ans, de 17 à 20-21 ans, et j'ai passé une année ou deux dans les structures étudiantes communistes de l'université. En 3 ou 4 ans, j'ai fait le bilan : ma place n'était pas là-bas. J'ai quitté les jeunesses communistes et le Parti communiste, et on ne m'a plus jamais revue dans une quelconque organisation politique.
Depuis 35 ou 40 ans maintenant, selon le compte avec mon âge, j'ai 55 ans, je n'ai jamais remis les pieds dans une organisation politique. Ces trois années à l'UEC et aux jeunesses communistes m'ont appris que le cadre politique politicien n'était pas ma place. J'y avais mis les pieds parce que j'avais cru à la propagande du PC à l'époque : c'était censé être un parti qui défendait la classe ouvrière, or mon père était ouvrier, et un parti internationaliste, or mon père était étranger. J'ai donc cru y trouver une place pour œuvrer dans le sens des intérêts de la classe ouvrière et de l'immigration.
Je me suis rendu compte très vite, avant même d'atteindre l'âge de 21 ans, que tout cela n'était qu'escroquerie, et l'histoire l'a prouvé par la suite. Par ailleurs, je n'ai jamais été d'extrême gauche, contrairement à ce qu'on laisse entendre et qu'on répand dans les médias aujourd'hui. Il n'a jamais été question pour moi d'être d'extrême gauche, car j'ai tout de suite compris, et je le dois au PC, que l'extrême gauche, dans son ensemble et quelles que soient ses composantes, est un espace de manipulation de ce qu'ils appellent les damnés de la terre, c'est-à-dire les pauvres et les travailleurs.
Saïd BranineIl y a 3 ans, vous avez décidé de quitter la France pour partir en Égypte. Pourquoi ?
Farida BelghoulÀ 52 ans.
Saïd BranineÀ 52 ans, pourquoi avoir quitté la France, et pourquoi spécialement l'Égypte ?
Farida BelghoulEn ce moment, on parle de mon départ en Égypte. Il n'y a pas de secret, puisque je l'ai annoncé moi-même. On laisse entendre que j'y ai eu des activités extrêmement suspectes. Cela m'amuse beaucoup, car je détiens les documents qui prouvent que j'y étais expatriée pour l'Éducation nationale en tant que professeur de français. L'année dernière, j'y étais dans le cadre de la Mission laïque française, et l'année précédente avec un contrat local au lycée français du Caire. L'année encore d'avant, j'animais une troupe de théâtre pour enfants au Caire qui a eu énormément de succès ; là aussi, toutes les preuves existent.
Pourquoi Le Caire et pourquoi partir ? Le Caire, parce que c'était un pays musulman. Face au constat de la déstructuration et de la décadence dans les banlieues, j'avais voulu faire le choix de sauver mes enfants. Toutes les propositions que j'ai faites ces 30 dernières années, depuis ma sortie du Mouvement beur et notamment depuis 1993 au sein de l'Éducation nationale, n'ont jamais été entendues.
Cela fait des décennies que je défends la cause de l'enfance. Je l'ai défendue notamment en 2008 lorsque j'ai créé l'association REID, dont je suis toujours présidente. Lorsque j'ai voulu travailler sur la question de l'illettrisme et de l'échec scolaire, je me suis retrouvée toute seule. J'ai proposé de multiples solutions qui n'ont jamais été écoutées. J'ai moi-même déscolarisé mes enfants : l'aînée en fin de sixième, et je n'ai pas scolarisé les deux suivants parce que la méthode globale était imposée de manière autoritaire par l'Éducation nationale, alors que seule la méthode syllabique apprend au mieux à lire et à écrire.
Tous ces échecs m'ont fait penser que je n'avais plus rien à faire en France, qui était un pays de vaincus, et je ne voulais pas être vaincue ni sacrifier mes enfants dans un pays qui partait à vau-l'eau. J'ai choisi l'Égypte car c'est un pays musulman qui me détachait complètement de mon rapport à la France. En Algérie, le souvenir de la France aurait été extrêmement présent ; j'ai voulu couper tous les ponts.
Saïd BranineQue retenez-vous de ce passage en Égypte durant 3 années ?
Farida BelghoulJe retiens qu'il faut revenir en France, parce que c'est en France que le combat se mène. Si la France gagne, le monde entier suivra et bénéficiera de cette victoire. On l'a vu avec la Manif pour tous, qui a eu des échos jusqu'à Taïwan. Même si je déplore aujourd'hui que Ludovine de La Rochère soit extrêmement frileuse à soutenir les JRE, la base de la Manif pour tous est constituée d'une population de catholiques fervents. Ce sont aujourd'hui les premiers guerriers levés pour défendre l'enfance et la famille. Je les salue au passage, et nous, musulmans, devons nous associer à eux.
Saïd BranineNous allons y revenir. Jusqu'à présent, vous étiez connue comme une militante engagée sur les questions d'égalité et contre le racisme. Vous changez à présent d'optique pour aborder des thèmes comme la famille et l'éducation. Qu'est-ce qui explique cette évolution ?
Farida BelghoulLe fond n'a pas changé. Quelles que soient les notions empruntées selon les époques, je me suis toujours battue pour sauver mon intégrité, et je défends aujourd'hui l'intégrité des enfants. Je me suis toujours battue pour que la dignité de ma communauté, mais aussi de tous les Français et des classes moyennes dans les établissements scolaires, soit préservée, notamment par l'acquisition d'un niveau scolaire minimum permettant d'être un citoyen honorable capable de défendre les siens.
Il y a une constante dans mon actionje ne suis pas une vendue et je ne le serai jamais. J'ai un profil loyal, je ne trahirai personne. Je suis aussi, comme mon père, extrêmement reconnaissante envers ceux qui m'ont tendu la main, et je resterai fidèle malgré d'éventuelles divergences d'appréciation sur la politique. Je suis une femme de principes, cela n'a pas changé.
Lorsque, dans les années 80, il était question d'égalité parce que nous pensions que l'égalité permettait de sauver la dignité et l'intégrité des personnes, j'étais sur ce terrain. Aujourd'hui, avec le mariage gay et la théorie du genre, la notion d'égalité est utilisée pour nous tromper, nous manipuler et porter atteinte à l'intégrité des parents et des enfants innocents. Je me place donc là où l'on défend cette intégrité, c'est-à-dire dans la défense de la famille et des enfants.
Saïd BranineDans vos vidéos, vous utilisez souvent un langage métaphysique : vous parlez de satanisme au sujet de la théorie du genre. N'est-ce pas un discours clivant, qui risque d'effrayer des militants désireux de lutter contre la théorie du genre mais qui ne sont pas musulmans, ni même croyants ?
Farida BelghoulCe n'est pas un langage clivant.
Saïd BranineVous parlez tout de même de satanisme.
Farida BelghoulJ'en parle très peu, mais je l'assume. Nous avons affaire à un ennemi qui nous dépasse. Normalement, lorsqu'on est musulman, on le sait : des forces hostiles et ténébreuses sont à l'œuvre dans notre univers humain, et nous prions chaque jour pour nous en protéger. Lorsque je dis : « A'oudhou billahi mina chaytan ar-rajim », je ne parle ni de Vincent Peillon, ni de Najat Vallaud-Belkacem, ni de François Hollande, ni d'aucun être humain. Je parle d'une force invisible agissante dans ma vie, contre laquelle je cherche refuge auprès de Dieu.
Il n'y a là aucun secret pour les musulmans, et cela ne peut pas diviser les chrétiens non plus. J'explique simplement aux athées qu'il ne s'agit pas d'une guerre entre les hommes, mais d'un combat à mener, unis entre hommes, contre des forces dont ils n'ont peut-être pas conscience mais qui existent : nous ne contrôlons pas tout dans l'univers.
La théorie du genre vient de très bas. Elle s'est emparée de personnes qui en sont devenues les agents, parfois de toute bonne foi. Nous devons réaffirmer, nous musulmans, que le diable existe. Sa plus grande victoire à l'époque moderne est d'avoir fait croire qu'il n'existait pas. Je compte sur les musulmans pour relancer cette information : le diable, Sheitan, existe, il a ses agents et ses armées.
Saïd BraninePour entrer dans le détail de la théorie du genre : est-elle réellement enseignée au sein de l'Éducation nationale, ou s'agit-il de cas isolés ?
Farida BelghoulÉcoutez.
Saïd BranineLorsqu'on vous écoute, on a le sentiment que cette théorie est formellement inscrite au programme de l'Éducation nationale.
Farida BelghoulCe n'est pas seulement le cas lorsqu'on m'écoute : tous les spécialistes catholiques de la question l'affirment également, et les documents existent.
Saïd BranineEst-ce enseigné actuellement dans toutes les écoles de France ?
Farida BelghoulDix académies, à peu près 600 élèves ou plus, je n'ai pas le chiffre exact.
Saïd BranineC'est 10 académies, mais c'est 600 élèves. Est-ce que c'est enseigné...
Farida BelghoulExpérimental, laissez-moi finir.
Saïd BranineC'est expérimental, mais ce n'est pas enseigné de manière systématique.
Farida BelghoulLaissez-moi finir. Je suis en train de vous dire que nous sommes dans la phase expérimentale. Qu'on se serve de nos enfants comme cobayes aujourd'hui pour une expérimentation en effet diabolique est très grave. Nous portons en tant que parents une responsabilité incroyable si nous ne nous levons pas aujourd'hui, notamment dans le cadre des JRE, pour protéger les gamins.
Quand je vous dis que c'est officiel, c'est officiel. Aujourd'hui, vous avez une réponse de madame Vincent Peillon et monsieur Belkacem qui affirme que c'est une rumeur, que cela n'existe pas, que je serais folle et manipulée par l'extrême droite.
Saïd BranineOn y reviendra tout à l'heure.
Farida BelghoulOn y reviendra tout à l'heure. Je dis une chose très simple : les parents ont beaucoup de mal à prendre connaissance des rapports officiels, et je peux le comprendre, surtout lorsqu'on ne maîtrise pas, par exemple dans les quartiers populaires, la langue et la lecture. Cela a été fait exprès, même au niveau des jeunes. L'école a fabriqué l'illettrisme pendant des années pour que, comme je le disais déjà dans les années 2000 et 2008, nous ne soyons plus en mesure de nous défendre. C'est bien réussi, c'est bien monté : il fallait d'abord créer l'illettrisme avant de balancer la théorie du genre. Si nous avions été en situation de pouvoir lire et écrire convenablement et massivement, dans les quartiers et dans les classes moyennes également, nous serions compétents pour prendre connaissance des rapports officiels et nous rendre compte que Peillon a signé, et Belkacem aussi.
Nous avons des documents qui montrent que je ne mens pas, car je suis en train de sacrifier ma vie pour ce combat. Je suis professeur titulaire, je suis sortie de mon devoir de réserve, et je vais probablement subir des ennuis administratifs extrêmement graves. Madame Peillon et monsieur Belkacem nous en ont déjà fait part et m'en ont menacée à la télévision.
Je poursuis parce que je sais que je dis la vérité, que tout le monde le sait, et que j'entends bien la faire émerger. Dans mes vidéos en particulier, mais pas seulement, nous avons des documents extrêmement intéressants où l'on voit Najat Vallaud-Belkacem en classe avec des militants LGBT faire la promotion d'un film comme Le Baiser de la Lune, qui raconte les histoires homosexuelles de deux petits poissons à des classes de CM2, avec l'intervention sur place d'un militant LGBT.
Saïd BranineMais là, il s'agit de l'homosexualité.
Farida BelghoulAux côtés de l'institutrice.
Saïd BranineIl s'agit de l'homosexualité.
Farida BelghoulL'homosexualité est-elle un sujet d'enseignement pour des enfants de 10 ans ? Cela fait-il partie des programmes ? Quand on lit les textes officiels, les discriminations et la lutte contre l'homophobie deviennent une priorité de l'Éducation nationale dans des quartiers où l'on sait à peine lire et écrire. C'est quand même suspect. Et il ne s'agit pas seulement d'homosexualité. Lorsqu'on s'exprime à partir d'une association LGBT, on parle aussi de bisexualité et de transsexualité.
Je crois savoir que dans les banlieues comme dans les classes moyennes, les parents, papa et maman, n'ont pas envie que l'on parle de sexualité à leurs enfants, et a fortiori d'homosexualité. L'homosexualité est une pratique particulière au sein de la sexualité, beaucoup moins répandue qu'on ne veut nous le faire croire, et elle ne peut pas constituer un modèle pour une civilisation appelée à se reproduire. Nous devons avoir des enfants pour poursuivre l'œuvre de Dieu dans les hommes sur la Terre.
Saïd BranineVous êtes mère de famille...
Farida BelghoulOui, et d'une famille nombreuse d'après le critère français, avec trois enfants.
Saïd BranineVous avez trois enfants...
Farida BelghoulDes enfants que j'ai allaités, pour lesquels je me suis levée la nuit toutes les deux heures, pour lesquels je me suis sacrifiée comme toutes les mamans, pour lesquels j'ai volé. Ce ne sont pas des enfants que je vais livrer ainsi à la théorie du genre.
Saïd BranineVous avez éduqué ces trois enfants et vous leur avez certainement transmis des valeurs...
Farida BelghoulDes principes. Les valeurs relèvent du marchand.
Saïd BranineDes principes. L'école n'est pas le seul lieu de socialisation, il y a aussi la famille. Ce n'est pas parce qu'on apprend des théories à l'école que les enfants seront automatiquement contaminés par ces théories.
Farida BelghoulBen ça, nous savons très bien que c'est faux. Lorsqu'il a été question pour Jules Ferry de séculariser l'école, c'est-à-dire d'y enseigner l'athéisme, nous avons vu le résultat : les enfants sont effectivement devenus des athées, puis ces adultes...
Saïd BranineCe n'est pas systématique.
Farida BelghoulCe n'est pas systématique ? La grâce est toujours présente. Comme disent les chrétiens : là où le péché abonde, la grâce surabonde.
Saïd BranineVous vous focalisez sur l'école.
Farida BelghoulLaissez-moi répondre à votre question.
Saïd BranineLaissez-moi poser des questions.
Farida BelghoulVous ne voulez pas que je réponde ?
Saïd BranineAllez-y, je vous poserai une question juste après.
Farida BelghoulLa famille peut-elle réparer les dégâts causés par l'école ? Non, ou si partiellement que les enfants demeurent en danger. En temps et en heures, nous voyons beaucoup moins nos enfants à la maison que l'école ne les accueille. Madame Ségolène Royal propose même de les scolariser dès l'âge de 2 ans, alors que certains ne sont pas encore propres.
À raison de 8 heures de classe, 5 jours par semaine et 8 mois par an , un rythme scolaire par ailleurs contesté par les parents ,, s'ajoute l'aura et le poids de l'institution sur les enfants. Les parents sont débordés par les soucis de la vie quotidienne. Combien de familles ont une heure le soir à consacrer à un dialogue de bilan, d'amour et de partage avec leurs enfants ? Très peu.
Quand la mère rentre de son travail , et cela a été une grande victoire du diable d'envoyer les femmes au travail ,, nous constatons, après nous être félicitées d'une indépendance qui n'a fait de nous que des salariées et des esclaves, que le salariat féminin conduit à l'abandon des enfants. Nous les avons livrés à une institution qui veut désormais leur parler d'homosexualité, de bisexualité et de transsexualité en priorité pédagogique, alors que ces enfants ne savent même pas lire et écrire parce qu'on a fait en sorte qu'ils l'ignorent.
Saïd BranineVous avez une proximité avec certains groupes identifiés...
Farida BelghoulJe n'ai de proximité avec personne.
Saïd BranineJe ne parle pas spécialement de Soral, bien qu'il en fasse partie, mais vous avez une proximité avec des groupes plus ou moins identifiés à l'extrême droite.
Farida BelghoulQuels sont ces groupes ?
Saïd BranineCivitas, par exemple. Ce ne sont pas des sociaux-démocrates.
Farida BelghoulQu'est-ce que c'est, selon vous ?
Saïd BranineCivitas est un groupe chrétien dont la charte affirme clairement la volonté de rechristianiser la France.
Farida BelghoulOui, et alors ?
Saïd BranineNe craignez-vous pas de faire les frais de cette rechristianisation ?
Farida BelghoulNon. Je suis musulmane, j'ai fait ce choix dans une démarche délibérée.
Saïd BranineCela ne vous choque pas de travailler avec un groupe comme Civitas, qui affiche clairement dans sa charte la volonté de rechristianiser la France ? Que fait-il des musulmans comme vous ?
Farida BelghoulBen, il a l'air de les soutenir pour l'instant. Laissez-moi répondre sur la rechristianisation.
Saïd BranineVous soutient-il parce qu'il a besoin de troupes pour mener ce combat commun contre la théorie du genre ? Ne vous utilise-t-il pas d'une certaine manière ?
Farida BelghoulC'est une question qui réclame une longue réponse, mais je vais essayer de faire simple.
Je ne connaissais Alain Escada que sur Internet avant mon action au sein des JRE. Que ce monsieur veuille rechristianiser la France dans le cadre de son association est un dessein que je comprends parfaitement. Si j'étais en Algérie, par exemple, j'aimerais que notre pays d'origine soit cohérent avec sa religion. Le projet de Civitas de rechristianiser la France ne constitue pas une attaque à l'égard des musulmans, mais une attaque contre ce qu'ils appellent la franc-maçonnerie et contre le processus de déchristianisation de toute l'Europe. Ce processus conduit aujourd'hui à des projets sociaux, économiques et sociétaux contraires aux principes chrétiens, principes qui sont d'ailleurs partagés avec l'islam.
Je vous rappelle qu'en tant que musulmans, nous attendons le retour de Jésus, sayyidunâ 'Îsâ 'alayhi as-salâm. Nous n'attendons personne d'autre. Personnellement, je l'attends, et c'est ce que j'ai compris lors de mon retour à l'islam il y a plus de 30 ans maintenant ; c'est ce qui m'anime. Pouvoir échanger aujourd'hui avec un représentant de Civitas est une chose magnifique. Il n'est question pour personne de sombrer dans un syncrétisme religieux, mais de reconnaître notre accord sur le salut de l'enfance, condition fondamentale de l'avenir de notre civilisation.
Nous nous accordons sur le fait que le christianisme et l'islam disparaîtront comme neige au soleil si les enfants deviennent tous LGBT et transsexuels. Chrétiens et musulmans doivent être ensemble aujourd'hui. Si la théorie du genre l'emporte, il n'y aura plus ni chrétiens, ni musulmans, ni juifs, mais seulement des êtres asexués, non identifiés et transgenrés, dépourvus de père, de mère, de racines et de terre.
Saïd BranineVous n'exagérez pas un petit peu ?
Farida BelghoulÉcoutez, faites les recherches, incitez justement vos auditeurs à les faire. Invitez Civitas ! Invitez Civitas et parlez avec lui. La rechristianisation de la France n'est pas hostile à la présence des musulmans. Nous avons de multiples exemples dans l'histoire de France où les chrétiens ont reçu les musulmans et les ont respectés. Et je vous signale que dans l'histoire du Prophète, 'alayhi salam, c'est pareil. Rappelez-vous l'histoire du Négus qui prend en charge la protection du Prophète et des compagnons lorsqu'ils ont pris la fuite.
Entre le christianisme et l'islam, il y a des ponts. Que ces ponts aient été rompus par la République laïque, massacrés par les contre-principes religieux de la République laïque, c'est un fait. Aujourd'hui, peut-on faire bouger les lignes ? Et je dis : peut-on discuter avec Civitas quand on est musulman ? Je dis oui, car faudrait-il encore savoir exactement quelles sont les positions de Civitas. Je vous invite à l'inviter, vous verrez, c'est très intéressant.
Saïd BranineRapidement sur Alain Soral. Vous affirmez que vous n'êtes pas membre d'Égalité et Réconciliation ? Vous êtes totalement indépendante par rapport à Alain Soral ?
Farida BelghoulBen évidemment. Et je resterai loyale par rapport à Alain Soral. Je suis, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, loyale. C'est-à-dire que c'est la seule personne en 29 ans qui a endossé ma critique de l'antiracisme sur la base de mon expérience, dont j'ai témoigné à Égalité et Réconciliation. L'équipe d'Égalité et Réconciliation, validée par Alain Soral, a accepté ce témoignage. Ce témoignage a été une bombe dans le champ d'Internet parce que j'ai apporté un témoignage qui était censuré depuis 29 ans. Il a eu le courage, lui et son équipe, d'endosser ce témoignage, pour ça, chapeau.
Pour autant, je suis une femme indépendante, je l'ai toujours été, je le resterai. Mon but n'est pas de faire de la politique. Mon but est d'appeler, puisque nous sommes à OummaTV, les musulmans par exemple à s'allier avec les catholiques.
Saïd BranineMais quels catholiques ?
Farida BelghoulTous les catholiques ! Pas ceux qui travaillent pour Vincent Peillon, il y en a. Mais dès lors qu'on travaille pour sauver l'enfance de la théorie du genre, tous les catholiques le sont.
Saïd BranineVous n'avez pas une vision un petit peu essentialiste de l'islam et du catholicisme ?
Farida BelghoulÇa veut dire quoi, essentialiste ?
Saïd BranineVous parlez des musulmans, vous parlez des catholiques. Or on sait très bien qu'au sein même de l'islam, au sein même du catholicisme, au sein même des pratiques des musulmans et des catholiques, il y a des visions, des courants, des mouvances totalement différentes.
Farida BelghoulAbsolument, mais ce n'est pas de cela dont je veux parler. Moi, je suis sur une priorité, c'est-à-dire sauver les enfants. C'est-à-dire que quels que soient les courants dont vous me parlez et qui m'importent peu aujourd'hui, parce que comme je vous l'ai dit tout à l'heure, si la théorie du genre passe, il n'y a plus de musulmans, il n'y a plus de juifs, il n'y a plus de chrétiens, il ne reste plus rien. Les courants de chacune de ces familles religieuses auront déjà implosé depuis bien longtemps.
Moi, je parle d'une seule chose qui est très clairenous avons des enfants. Devant Dieu et devant les hommes, je dis cela pour les athées, devant Dieu et devant les hommes, Saïd, nous portons la responsabilité sacrée de les protéger.
Saïd BranineVous avez donc une vision messianique de votre militantisme.
Farida BelghoulVous employez des mots. J'espère que vous savez ce que veut dire messianique. Écoutez, je ne me prends pas pour le Messie, je suis une maman. Je suis une maman. Oui, nous avons des comptes à rendre. On le dit tous les jours.
Saïd BranineD'accord, mais on a le sentiment, lorsqu'on vous écoute, qu'on a des comptes à rendre spécialement si on ne lutte pas contre la théorie du genre.
Farida BelghoulNon. Je dis que je ne lutte pas contre la théorie du genre, je suis pour son interdiction. J'œuvre en termes positifs. Je veux qu'on se définisse pour l'interdiction de cette idéologie. Et je veux qu'on se définisse pour son interdiction, tout simplement parce qu'elle est délictueuse, elle est criminelle sur la personne de tous les enfants. Tous les enfants ont des parents, peu importe la religion de leurs parents. Les enfants sont des anges et ils ont droit à la protection de leur papa et de leur maman. Il n'y a aucune loi aujourd'hui, humaine ou divine, qui puisse aller contre ce que je dis.
Saïd BranineUne dernière question. On va terminer avec Kaïssa Titous, que vous avez bien connue, qui a travaillé avec vous.
Farida BelghoulKaïssa ?
Saïd BranineOui, Kaïssa Titous, exactement.
Farida BelghoulVous voulez vraiment qu'on parle d'elle ?
Saïd BranineNon, mais rapidement. Vous avez travaillé avec elle à Convergence ?
Farida BelghoulNon, elle n'a pas été à Convergence 84.
Saïd BranineElle n'était pas à Convergence ? C'est ce qu'elle dit en tout cas, non ?
Farida BelghoulNon, jamais. Elle dit ce qu'elle veut, je n'ai pas lu ce qu'elle disait.
Saïd BraninePeu importe, en tout cas vous l'avez connue.
Farida BelghoulOui.
Saïd BranineCe n'est pas quelqu'un qui travaille pour le système, entre guillemets, elle a plutôt été marginalisée. Dans un article publié sur StreetPress, je crois, elle s'adresse à vous, elle vous tutoie, donc elle vous connaît.
Farida BelghoulElle n'a pas à me tutoyer, parce que dans l'espace public on devrait se vouvoyer.
Saïd BranineElle dit : « Tu voudrais qu'aujourd'hui nous fassions des alliances avec des forces politiques qui n'ont pas arrêté de prospérer sur la haine de nos quartiers. Tu alimentes et renforces notre criminalisation, notre propre stigmatisation et relégation. »
Farida BelghoulJe viens d'y répondre en partie à propos de Civitas et de Soral. J'ai un objectif qui est clair : c'est le salut des enfants. Lorsqu'on prétend, comme elle le dit, que je suis en train de favoriser je ne sais quelle opération obscure, je ne veux pas lui rentrer dedans immédiatement, mais je pourrais lui renvoyer à sa propre histoire des choses qu'elle a faites qui sont terribles. Mais je ne perds pas de vue qu'elle ne fait pas partie de mes ennemis.
Qu'elle se serve de la presse mainstream aujourd'hui pour venir cracher sur Farida Belghoul, quand cette presse-là ne lui a pas donné la parole depuis 30 ans pour raconter quelles étaient ses activités et ses luttes, notamment sur la question de la rénovation urbaine où je sais qu'elle a beaucoup travaillé. Personne ne lui a tendu le micro pour parler de la rénovation urbaine. Et elle s'est précipitée pour me cracher dessus, alors que je suis en train de vouloir créer un front uni pour le salut et l'intégrité des gosses.
J'appelle tout le monde, quelle que soit sa religion, quelle que soit l'idéologie politique dans laquelle il croit et s'investit, quelle que soit sa philosophie, quelle que soit sa race, quelle que soit sa classe sociale, à constituer aujourd'hui un front uni, sacré, pour la défense de l'enfance. Là-dessus, je ne reviendrai pas.
Je déplore aujourd'hui que des militants de l'immigration considèrent que cette cause n'est pas assez sacrée pour appeler à l'unité de tous, et qu'ils aillent s'exprimer dans les colonnes de soutiens de Pierre Bergé, par exemple, qui lui, favorable à la théorie du genre, propose qu'on loue le ventre des femmes pauvres dans le monde pour porter des enfants en échange d'un salaire pour les homosexuels européens. Kaïssa Titous se situe désormais dans ce camp-là. C'est déplorable, elle n'est pas la seule, que Dieu la guide.
Saïd BranineMerci Farida Belghoul.
Farida BelghoulEt moi je vous remercie de m'avoir invitée.
Saïd BranineÀ très bientôt pour un autre numéro de « L'esprit d'actu ».
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