Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec la journaliste Stéphanie Marteau, co-auteur du livre « Voyage dans la France Musulmane » éditions Plon, Paris, 2005.
Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec la journaliste Stéphanie Marteau, co-auteur du livre « Voyage dans la France Musulmane » éditions Plon, Paris, 2005.
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On a décidé de faire ce voyage dans la France musulmane sous la forme d'une enquête de terrain, avec l'idée de donner la parole à des gens qui ne l'ont pas souvent, ou en tout cas rarement de façon directe, puisque les médias choisissent volontiers des personnalités ou des associations pour les représenter et parler en leur nom.
Notre idée était donc de rencontrer des « monsieur et madame Tout-le-Monde », des gens issus de milieux socioprofessionnels divers : des jeunes, des moins jeunes, des filles et des garçons, des filles voilées, des filles en minijupe, qui tous avaient cette envie de parler en tant que citoyens français et d'aborder des thématiques sur lesquelles on les entend peu.
Cela faisait partie des points auxquels nous avons prêté une attention particulière. Nous avons essayé de définir les chapitres et les thèmes de ce livre non pas en fonction des débats à la mode dans les médias, mais à partir de ce qui remontait du terrain, c'est-à-dire des préoccupations des gens.
L'exemple le plus évident que je cite souvent est celui de Tariq Ramadan. Il se trouve en ce moment au cœur de toutes les polémiques et de tous les débats, mais il ne représente pas une réalité pour les Français de culture musulmane ; il ne fait pas partie de leur quotidien ni de leur réflexion. C'est un sujet que nous abordons très peu, de la même manière que nous parlons assez peu du voile. Le voile a cristallisé des tensions pendant un moment et a été l'occasion d'un affrontement entre les Français de culture musulmane et les institutions. Pourtant, dans le quotidien des gens, ce n'est pas non plus quelque chose de très fondamental.
Ce qui leur importe beaucoup plus, c'est la place qu'ils occupent dans les partis politiques, l'image que les médias donnent d'eux, la façon dont fonctionne l'école, ou encore la manière dont ils peuvent se marier et fonder une famille en France. Ce sont ces thématiques qui nous ont semblé importantes après avoir discuté avec toutes ces personnes.
Pour revenir sur l'un des thèmes particulièrement centraux dans nos discussions, à savoir les médias, nous avons constaté un divorce clair entre le monde médiatique et les Français de culture musulmane. Ils ne se sentent absolument pas compris, s'estiment souvent injustement traités et, surtout, se sentent caricaturés par les médias.
Nous sommes donc allés interroger des journalistes de culture musulmane qui travaillent aujourd'hui dans la presse quotidienne, à la télévision ou à la radio, pour leur demander comment ils vivaient de l'intérieur cette double identité, comment ils parvenaient à être d'un côté et de l'autre en même temps.
Ce qui en ressort, c'est que la situation n'est évidemment pas simple. On place souvent au cœur du problème le faible nombre de Français de culture musulmane dans les rédactions, mais ce n'est finalement pas une question essentielle. L'essentiel réside plutôt dans le fait de faire changer leur représentation et de faire évoluer les discours. Or, on s'aperçoit que même lorsqu'il y a des Français de culture musulmane dans les médias, ils ne sont pas toujours en position, ni n'ont toujours l'envie, de faire évoluer ces discours et ces représentations.
Après six mois d'enquête, le constat qui ressort de ce livre est finalement plutôt positif. On s'aperçoit que les Français de culture musulmane sont des Français comme les autres, avec les mêmes préoccupations. Ce qui détermine leur vote, par exemple, est exactement ce qui détermine le vote des « Gaulois ». Il n'y a pas de différence, et donc pas vraiment de raison pour que nous ayons du mal à vivre ensemble.
Les faits montrent d'ailleurs que l'on vit globalement plutôt bien ensemble, même s'il subsiste des zones de friction et des heurts ponctuels.
Si nous avons constaté sur le terrain que tout allait bien, nous avons également remarqué que ce n'est pourtant pas ce que les médias donnent à penser. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il existe un problème de mixité sociale. Comme à Sarcelles ou à Saint-Denis, il n'y a finalement pas beaucoup plus de mixité, de brassage, de mélange et de rencontre dans le 6e ou le 16e arrondissement que dans certains quartiers qualifiés de ghettos. C'est ce qui pousse parfois les intellectuels, les politiques ou les journalistes à caricaturer les relations entre les Français de souche et les Français de culture musulmane, alors qu'en réalité, au quotidien, elles se passent plutôt bien.
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VidéoAvec Soufiane Djilali · 2 novembre 2026
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