La journaliste Stéphanie Marteau évoque son enquête et son ouvrage intitulé Voyage dans la France Musulmane.
La journaliste Stéphanie Marteau évoque son enquête et son ouvrage intitulé Voyage dans la France Musulmane.
Transcription intégrale de la vidéo
On a décidé de faire ce voyage dans la France musulmane pour, enfin on l'a fait sous forme d'enquête de terrain en fait, avec l'idée de donner la parole à des gens qui ne l'ont pas souvent, en tout cas qui l'ont rarement de façon directe puisque les médias choisissent volontiers des personnalités ou des associations pour les représenter, pour parler en leur nom.
Là, notre idée c'était donc de rencontrer des messieurs et mesdames Tout-le-monde, des gens qui, voilà, qui sont issus de milieux socioprofessionnels divers, de rencontrer des jeunes, des moins jeunes, des filles et des garçons, des filles voilées, des filles en minijupe, qui tous donc avaient cette envie de parler et de parler en tant que citoyens français, c'est-à-dire d'aborder des sujets, des thématiques sur lesquelles on les entend peu.
Alors, ça faisait partie également des choses auxquelles on a prêté une attention particulière. On a essayé de définir les chapitres de ce livre, les thèmes abordés dans ce livre, non pas en fonction de ce qui était à la mode comme débat dans les médias, mais en fonction de ce qui remontait du terrain, c'est-à-dire des préoccupations des gens. On a essayé de... Alors bon, l'exemple le plus évident que je cite souvent, c'est celui de Tariq Ramadan par exemple, qui est en ce moment au cœur de toutes les polémiques, de tous les débats, qui n'est pas une réalité en fait pour les Français de culture musulmane, qui fait pas partie de leur quotidien, de leur réflexion. C'est bon, c'est un sujet qu'on aborde très peu, de la même manière qu'on parle assez peu du voile. Le voile a cristallisé pendant un moment des... bon enfin, c'est pareil, a en fait été le lieu où c'est, enfin l'occasion pour les Français de culture musulmane et pour les institutions de s'affronter. On s'aperçoit que dans le quotidien des gens, c'est pas non plus quelque chose de très fondamental, que ce qui leur importe beaucoup plus, c'est la place qu'ils ont dans les partis politiques, c'est l'image que les médias donnent d'eux, c'est la façon dont marche ou ne marche pas l'école, c'est la façon, je sais pas moi, dont ils peuvent se marier, construire une famille en France. C'est ce genre de thématiques en réalité qui nous ont semblé importantes après avoir discuté avec tous ces gens.
Voilà. Pour revenir donc sur un des thèmes qui était particulièrement central dans toutes les discussions qu'on a pu avoir, à savoir les médias, bon, on a constaté clairement un divorce entre le monde médiatique, pour parler un peu vite, et les Français de culture musulmane. Ils se sentent absolument pas compris, ils se sentent souvent injustement traités, surtout ils se sentent caricaturés par les médias. On est donc allés voir, nous, des journalistes de culture musulmane qui sont, eux, aujourd'hui ben dans... qui travaillent dans la presse quotidienne, qui travaillent à la télé, qui travaillent à la radio, pour leur demander comment eux vivaient de l'intérieur leur... ben leur identité de Français de culture musulmane et de journaliste, comment on était d'un côté et de l'autre en même temps. Ce qui en ressort, c'est que, ben c'est qu'évidemment c'est pas évident et qu'en réalité, c'est pas tellement une question... enfin, on met souvent au cœur de ce... de cette question le fait qu'il y ait peu de Français de culture musulmane dans les médias. C'est pas tellement... c'est pas tellement une question essentielle finalement. Ce qui est essentiel, c'est de faire changer leur représentation et c'est de faire changer, de faire évoluer les discours. Voilà. Et on s'aperçoit que même quand il y a des Français de culture musulmane dans les médias, ils sont pas toujours en position, en tout cas ils ont pas toujours l'envie de faire changer les discours et les représentations.
Ce qui ressort de ce livre, donc après six mois d'enquête, ben c'est un constat qui est finalement plutôt positif. On s'aperçoit que ben les Français de culture musulmane sont des Français comme les autres, qu'ils ont les mêmes préoccupations, que ce qui détermine par exemple leur vote est exactement ce qui détermine le vote des Gaulois et qu'il n'y a pas de différence, qu'il n'y a donc finalement pas vraiment de raison pour qu'on ait du mal à vivre ensemble. Et d'ailleurs, les faits sont là pour montrer que finalement on vit globalement plutôt bien ensemble, même s'il reste des zones de friction, qu'il y a des heurts ponctuels. Et donc, si sur le terrain on a constaté que tout allait bien, on s'est aussi effectivement aperçus que c'était pourtant pas ce que les médias donnaient à penser. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il y a un problème, comme à Sarcelles ou à Saint-Denis, un problème de mixité sociale. Dans le 6e arrondissement comme dans le 16e, il y a finalement pas beaucoup plus de mixité, de brassage, de mélange et de rencontres que dans certains quartiers dont on dit que ce sont des ghettos. Voilà ce qui parfois même pousse les intellectuels, les politiques ou les journalistes à caricaturer un peu les relations entre les Français de souche et les Français de culture musulmane, alors qu'en réalité, au quotidien, elles se passent plutôt bien.
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VidéoAvec Soufiane Djilali · 2 novembre 2026
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