Saïd Branine : Bienvenue dans L'Esprit de l'actu pour une revue de presse internationale avec Jean-Michel Vernochet. Bonjour Jean-Michel Vernochet, vous êtes écrivain, géopolitologue.
Jean-Michel Vernochet : Bonjour à vous et bonjour à tous.
Saïd Branine : On va parler tout de suite de la crise entre Chypre et l'Union européenne avec notamment cette annonce hallucinante de la Banque centrale européenne de taxer les dépôts bancaires en deçà de 100 000 euros.
Jean-Michel Vernochet : Oui, alors vous avez raison de dire que c'est hallucinant. C'est un véritable braquage, c'est un acte de grand banditisme. Mais je vois tout de suite, il faut aller aux conséquences. Les conséquences sont dramatiques, voire tragiques puisque les pays qui sont en difficulté ont besoin de capitaux extérieurs. Et pour que les capitaux affluent, il faut que la confiance règne. Si on sait que ces capitaux peuvent être les comptes bancaires peuvent être saisis ou en tout cas gelés, eh bien les capitaux vont fuir. Déjà, on pensait que les grandes victimes de l'affaire chypriote allaient être les fonds russes entre 3 et 5 milliards d'euros, ce n'est pas rien, sauf qu'il y a eu une sorte de délit d'initié. Le gouvernement chypriote qui a envie de ménager ses arrières et peut-être aussi sa sortie de l'euro a prévenu les investisseurs russes de retirer leurs fonds. Donc les fonds ont été exfiltrés, expatriés et les dégâts sont moindres. Ce qui veut dire que ça va être une opération blanche pour la Banque centrale européenne qui n'aura pas pu réaliser son hold-up. Mais par contre, la destruction de la confiance, elle, est quelque chose de gravissime.
Saïd Branine : Vous pensez qu'une telle décision peut un jour s'appliquer en France par exemple ?
Jean-Michel Vernochet : Écoutez, c'est déjà plus ou moins prévu pour l'Espagne. En France, monsieur Ayrault, au lieu de rassurer tout le monde et on a l'air de considérer J'entendais monsieur Cohen ce matin sur France Inter considérer que les déposants de 100 000 euros étaient des riches, voire des super-riches. Mais enfin bon, à la fin d'une vie, tout le monde, on peut l'espérer, a une assurance-vie d'au moins 100 000 euros. Monsieur Ayrault, au lieu donc de rassurer, de dire : « Ça n'aura jamais lieu en France », a dit : « Non, non, nous ne toucherons pas en dessous de 100 000 euros. » Enfin monsieur Ayrault, pardonnez-moi, mais enfin je pense soit est un arriéré mental, soit un irresponsable, ou les deux à la fois, mon capitaine.
Saïd Branine : Alors on va parler de la situation en Syrie. Donc lundi, la Coalition nationale syrienne a nommé un Premier ministre, monsieur Ghassan Hitto, qui tout de suite n'a pas été reconnu par l'ASL, l'Armée syrienne libre. Comment interprétez-vous ces divisions au sein de l'opposition syrienne ?
Jean-Michel Vernochet : Alors je note d'abord que ces divisions sont graves voire gravissimes et qu'elles perdurent à travers le temps. En juillet dernier, on a voulu, on a déjà refondé cette représentation de la rébellion syrienne, mais rien ne tient jamais. En fait, tout cela reflète des dissensions profondes, graves, d'ordre tactique mais surtout stratégique entre les différents commanditaires de la rébellion. Chacun a ses propres objectifs qui ne sont pas ceux du voisin. On peut penser que ceux d'Israël ne sont pas ceux des États-Unis. Ceux des États-Unis ne sont pas exactement ceux du Qatar, même si ces ensembles et ces sous-ensembles se recourent partiellement. La Turquie joue également son jeu et donc aujourd'hui on est dans une sorte non seulement sur le terrain dans une sorte de chaos militaire, mais en fait on est on assiste à la confusion politique la plus extrême.
Saïd Branine : Alors la France et l'Angleterre souhaitent lever l'embargo sur les armes à destination de l'opposition syrienne. Comment analysez-vous cette position de la France et de l'Angleterre ?
Jean-Michel Vernochet : Ben je pense qu'ils veulent passer à la vitesse supérieure. Les États-Unis livrent des armes soi-disant non létales, mais les armes non létales Qu'est-ce que des armes non létales quand elles sont engagées sur le théâtre des opérations ? Ce sont forcément toujours des des amplificateurs de lumière permettent de de situer l'ennemi, de le voir dans l'obscurité, donc de le
Saïd Branine : Mais quel est l'objectif réel de cette politique ? Est-ce que c'est réellement de faire triompher l'opposition syrienne ou plutôt ajouter du chaos au chaos ?
Jean-Michel Vernochet : Peut-être les deux aussi. Je pense qu'aujourd'hui ils veulent en finir. Ils veulent en finir parce que il y a d'autres objectifs, régler la question iranienne par exemple. Bon les États-Unis fournissent des armes, les Européens en fournissent aussi mais officieusement et en petite quantité. Aujourd'hui on veut le Royaume-Uni et la France ont mis Bruxelles devant l'obligation d'officialiser ces livraisons. Mais de toute façon, elles vont avoir lieu. Regardez l'affaire de l'ogive chimique qui aurait été utilisée, qui aurait tué 16 personnes, utilisée selon Moscou utilisée par la rébellion. La rébellion dit évidemment que ce sont les forces assadiennes. L'amorce n'a pas fonctionné, mais on aurait pu déboucher sur une crise beaucoup plus grave puisque l'OTAN avait annoncé une intervention directe si les choses se confirmaient. Bon, l'affaire a fait long feu, mais je pense qu'aujourd'hui beaucoup poussent pour régler la question la question syrienne de façon éventuellement militaire.
Saïd Branine : Mais comment justement voyez-vous l'évolution de ce conflit ?
Jean-Michel Vernochet : Mal. Je pense que on assiste à une escalade à peu près à peu près constante. Également, il y a la guerre des rumeurs, des communiqués. Cette semaine des des sites israéliens ou proches d'Israël, relayés malgré tout par des grands médias français comme Le Point, annonçaient la mort de Bachar el-Assad. Donc on essaie on essaie d'entraîner la chute du système et je pense que actuellement on essaie de mettre les bouchées doubles. Reste que l'opposition syrienne étant profondément divisée, il y a aussi une concurrence entre les intervenants et les commanditaires, et cette concurrence est à mon sens gravissime. De toute façon, si vous parlez de chaos, le chaos c'est la politique c'est la politique constante de règlement des questions du Proche-Orient. L'Irak connaît le chaos, mais le Pakistan, d'une certaine façon, aussi. Je crois que le chaos certains certaines factions visent le chaos et non pas le règlement de de questions ou la simple installation de la démocratie.
Saïd Branine : Alors, on va revenir un peu sur le voyage d'Obama en Israël. Il y a un fait qui est passé complètement inaperçu, c'est que Obama a demandé au Likoud de s'excuser pour l'affaire du bateau le Mavi Marmara, enfin ce fameux bateau humanitaire qui avait été attaqué par l'armée israélienne.
Jean-Michel Vernochet : Oui, alors c'est proprement époustouflant, on n'a jamais vu on n'a jamais vu ça, c'est sans précédent, sauf que la presse évidemment a passé ce fait sous silence, alors que c'est un fait absolument majeur. Bon, si monsieur Netanyahou a mangé son chapeau, c'est qu'il avait de bonnes raisons de le faire et que dans son propre camp ou à la périphérie de son camp, je pense notamment aux militaires israéliens, il a été contraint de le faire. Il y a une explication toute bête et toute simple, c'est que dans le cadre d'une possible extension du conflit dans la zone du Proche-Orient, il ne fallait pas qu'il subsiste des divergences trop apparentes et trop fortes entre la Turquie post-kémaliste et Israël. Il faut d'une certaine façon coordonner les efforts, d'abord pour abattre la Syrie, mais le cas échéant pour viser l'Iran. Donc il fallait au moins dans la forme régler cette affaire. Cela a coûté très cher très cher à Israël moralement parlant et on peut penser qu'il Israël n'oublie jamais rien. Tôt ou tard, il y aura le on demandera le prix de de cette concession qui est considérable, mais il faut l'interpréter dans le dans le contexte d'une montée en puissance du conflit syrien, mais également d'une extension à la région.
Saïd Branine : Merci à vous Jean-Michel Vernochet. À très bientôt pour un autre numéro de L'Esprit de l'actu.