Au programme de l'Esprit d'actu, la seconde partie de l'entretien avec le journaliste et géopolitologue Jean-Michel Vernoche, auteur du livre Iran, la destruction nécessaire paru aux éditions Xenia.
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8 février 2013 à 12 h 00
Au programme de l'Esprit d'actu, la seconde partie de l'entretien avec le journaliste et géopolitologue Jean-Michel Vernoche, auteur du livre Iran, la destruction nécessaire paru aux éditions Xenia.
Saïd Branine : Bienvenue dans L'Esprit de l'actu avec la seconde partie de l'entretien avec Jean-Michel Vernochet, auteur du livre "Iran, la destruction nécessaire". Bonjour Jean-Michel Vernochet. Vous êtes l'auteur de cet ouvrage passionnant, "Iran, la destruction nécessaire". Vous parlez d'une alliance occidentale, composée notamment des États-Unis, d'Israël et de l'Europe en vue de détruire l'Iran.
Jean-Michel Vernochet : Il est bien clair qu'aujourd'hui, face à l'Iran, il existe un bloc occidentalisme. Ce bloc occidentalisme comprend tant l'Amérique du Nord, c'est-à-dire les États-Unis et le Canada, que l'Union européenne bruxelloise, et Israël. Israël d'ailleurs étant profondément intégré à cette Union européenne puisque ses instances dirigeantes participent à tous les niveaux au centre, aux décisions de l'Union européenne. Mais ça c'est un fait peu connu du grand public. Donc, Israël est en vérité à la fois le cinquante-et-unième État américain mais également le vingt-neuvième État européen, puisque la Croatie vient d'entrer et nous n'en sommes plus à vingt-sept. Voilà. Oui, il y a une volonté commune, dirigée, pilotée depuis les centres décisionnaires ou décisionnels de l'Amérique-monde pour réintégrer l'Iran dans la sphère d'influence occidentaliste, et ce par tous les moyens. Toutes les options sont sur la table, comme dit à la fois le Département d'État et monsieur Obama, sauf qu'aujourd'hui monsieur Obama et l'administration américaine semblent vouloir privilégier des options relevant du soft power, c'est-à-dire d'une diplomatie armée, indirecte voire subversive, mais certainement pas de choc frontal comme le préconisait, comme le préconise encore monsieur Netanyahou, mais qui aujourd'hui n'a plus, peut-être espérons-le, la majorité suffisante dans l'État hébreu au lendemain des élections législatives anticipées, n'a plus peut-être les moyens légaux pour ou la légitimité suffisante pour engager directement une guerre contre l'Iran.
Saïd Branine : Quelles sont les raisons qui poussent justement à la destruction de l'Iran et qu'est-ce que vous entendez par destruction ?
Jean-Michel Vernochet : Destruction, c'est au sens le plus large, ce n'est pas métaphorique, c'est...
Saïd Branine : Normalisation, c'est ça ?
Jean-Michel Vernochet : Je l'entends au sens de normalisation. Je le dis et je le répète : ce n'est pas contre les Iraniens eux-mêmes, ce n'est pas même contre le régime des mollahs ou la mollahrachie, comme vous voudrez. Ce n'est pas contre l'islam chiite. C'est contre le caractère révolutionnaire et souverainiste, au fond, de la révolution initiée par l'imam Khomeini. Là, aujourd'hui, l'Iran est extérieur, est une sorte de caillou dans la botte du géant et empêche ce même géant, cet ogre, de marcher convenablement.
Saïd Branine : Vous dites également que l'Iran est une puissance qui échappe au nivellement libéral-démocratique du monde.
Jean-Michel Vernochet : C'est ça le fond de mon propos. C'est-à-dire, elle ne s'intègre pas, elle n'est pas entièrement, elle résiste à la digestion, à la dissolution. On veut bien que l'islam de façon résiduelle existe encore, un islam soft, du Coca light islamique, mais on ne veut plus que ça soit un islam arc-bouté sur des valeurs de tradition qui s'opposent à la segmentation du marché à l'infini, à l'atomisation sociale, à la libéralisation des mœurs que préconisait encore il y a peu et notamment essaie d'imposer à l'Afrique madame Clinton. Libéralisation et la permissivité qui accompagnent l'ultra-libéralisation des sociétés. Donc, l'Iran résiste, elle est un bastion, peut-être parce qu'elle s'arc-boute sur des valeurs métaphysiques, sur une théologie qui justement est contraire à l'idolâtrie de l'argent et de la marchandise.
Saïd Branine : Il y a d'autres raisons également, notamment le fait que l'Iran est un couloir énergétique, mais également parce que l'Iran pourrait remettre en cause le feu nucléaire, le monopole du feu nucléaire d'Israël.
Jean-Michel Vernochet : Il y a une multitude de raisons qui militent. J'ai exposé, plutôt évoqué la raison de fond : le rouleau-compresseur mondialiste qui ne peut pas tolérer qu'il y ait un obstacle sur son chemin et qui doit digérer cet obstacle véritablement. La dimension énergétique : mais l'énergie, ce n'est pas seulement les gisements pétroliers et gaziers de l'Iran, qui sont importants, le troisième gisement gazier de la planète, mais le fait que l'Iran soit aussi, il est tout aussi important que l'Iran soit un couloir d'acheminement énergétique. Le transit énergétique est tout aussi important que la source. Mais également, cette histoire de feu nucléaire est tout à fait essentielle. Non pas, contrairement à ce que les médias-seringues ressassent en permanence, que l'Iran serait une menace directe pour Israël, pour l'Europe. On veut nous faire croire que les missiles iraniens, si tant est qu'ils puissent acheminer leur charge, menaceraient l'Europe. Ce sont plutôt, et nous le savons, ce sont plutôt peut-être les missiles israéliens qui menaceraient l'Europe comme cela a été dit il y a déjà un certain nombre d'années par tel ou tel expert israélien en la matière. Il est important de le dire et de le rappeler. L'arme nucléaire aux mains, si tant est que les Persans, les Iraniens parviennent ou souhaitent s'en doter, sanctuariserait surtout le territoire iranien qui ne pourrait plus être attaqué. C'est surtout cela. Il est bien clair d'ailleurs que Tel-Aviv veut le monopole sécuritaire de la région. De proche en proche, elle fait le ménage. Le ménage a été fait au Soudan, le ménage a été fait en Irak, le ménage aujourd'hui, il y a un gouvernement comprador en Jordanie. Le ménage est en cours d'achèvement en Syrie...
Saïd Branine : Justement.
Jean-Michel Vernochet : Pas tout à fait...
Saïd Branine : Justement.
Jean-Michel Vernochet : Pas tout à fait achevé, mais en cours.
Saïd Branine : Justement, vous parlez de la Syrie. Pour préparer la destruction de l'Iran, il est important de détruire ses bases avancées que sont le Hezbollah et la Syrie.
Jean-Michel Vernochet : Il est clair, il y a une sorte d'axe qui va de Téhéran, qui passe par Damas et qui arrive à Beyrouth. Il faut tronçonner cet axe, il faut découpler. Aujourd'hui, si des missiles arrivent au Hezbollah, ils transitent par l'Iran ou ils transitaient par l'Iran. Si on tronçonne et si on isole, de toute façon, il faut faire déjà l'isoler non seulement diplomatiquement, politiquement, internationalement, diaboliser l'Iran ou l'isoler par un blocus, l'affaiblir par l'embargo actuel, et il fonctionne cet embargo, mais également le couper de ses alliés. Donc la Syrie est le vestibule de cette guerre contre l'Iran. Les Russes d'ailleurs, ce pourquoi Moscou s'arc-boute sur ses positions diplomatiques à l'égard de la Syrie, c'est parce qu'elle sait très bien si la ligne rouge syrienne est franchie, demain c'est peut-être Moscou qui sera menacée par une révolution de velours. Il y a déjà eu plusieurs tentatives. Le pouvoir n'est pas faible, mais le pouvoir sait très bien qu'il y a des procédures de déstabilisation de l'intérieur, de mobilisation de l'opinion publique. Aujourd'hui, Internet fonctionne dans tous les sens et fonctionne aussi dans ce sens-là. Pour revenir et pour ne pas conclure sur le sanctuaire iranien : demain matin, l'Iran n'aurait qu'une seule et même bombe, qu'évidemment elle ne pourrait pas utiliser, monsieur Chirac l'a dit d'ailleurs, c'est une bombe de dissuasion et purement de dissuasion, et certainement pas une bombe offensive puisque en cas d'usage, en cas d'usage impromptu, l'Iran serait nucléarisé dans les minutes qui suivent. Donc le jour où l'Iran est véritablement en possession d'une arme, l'Iran devient inattaquable. Donc, il peut se sanctuariser. Or, je crois que pour nos occidentalistes, c'est tout à fait intolérable.
Saïd Branine : Vous affirmez que les États-Unis disposent d'une arme particulièrement redoutable, qui est une arme électromagnétique, qui peut paralyser toutes les activités d'un pays.
Jean-Michel Vernochet : Les essais viennent d'être réalisés, transportée par missile de croisière mais mieux encore par des super-drones. Cette arme peut, mieux qu'une... Il existe des armes nucléaires explosant en très haute altitude qui créeraient un orage électromagnétique et qui donc détruiraient toutes les communications, tous les ordinateurs, toutes les services bancaires, absolument tout dans un pays. Mais là, ça fait, c'est sale, les bombes nucléaires. Donc on a une nouvelle arme qui peut, sur des zones données, paralyser à la fois le fonctionnement d'une centrale nucléaire, les communications d'une armée, non pas le frigo mais l'ordinateur domestique, mais également les systèmes de régulation d'approvisionnement en eau, donc paralyser tout un pan, toute la vie, geler toute la vie d'un pays. Plus de transactions bancaires, donc pénurie d'argent. Donc on peut très bien par ce moyen paralyser. J'ignore si cet engin est déjà opérationnel, mais les essais sont très avancés et cela doit s'inscrire dans la stratégie actuelle des États-Unis qui vise exactement les mêmes choses que autrefois naguère monsieur Bush ou que hier et aujourd'hui encore monsieur Netanyahou, la confrontation ouverte. Il ne faut pas croire que monsieur Obama soit plus bénévole, plus bienveillant à l'égard de l'Iran. Il poursuit exactement les mêmes objectifs, mais par des moyens différents, des moyens plus discrets, des moyens plus subtils, mais à l'arrivée nous nous trouverons devant le même résultat.
Saïd Branine : Pour conclure, vous affirmez qu'une victoire militaire contre l'Iran coûterait de toute façon très cher à l'Occident.
Jean-Michel Vernochet : L'Iran a des moyens de rétorsion. Si demain matin, il y a un blocage du détroit d'Ormuz, Téhéran faisant couler un certain nombre de bateaux dans cet étroit par où, cette veine jugulaire du pétrole par où transite près de 30, entre 30 et 40 % des approvisionnements énergétiques de la planète, notamment de pays comme le Japon. Même si ce blocage n'intervient que pendant quelques heures, après tout le détroit d'Ormuz n'est pas très large mais il est très profond, s'il y a des mines qui sont diffusées, même si la crise... Déjà il y aura un choc psychologique, si la crise ne dure que deux, trois jours, quatre jours, une semaine, c'est déjà deux, trois ou quatre jours de trop. Et on verra bondir le baril à 200 ou à 300, et la situation économique et financière de l'Occident n'est pas telle qu'elle puisse supporter ce type de choc. De toute façon, les Iraniens, même s'ils sont destinés à perdre la guerre face à la surpuissance américaine ou occidentaliste, feront payer cher. D'autant que le régime, même si tout le monde n'est pas totalement aligné derrière le régime, il y aura, et c'est assuré, un réflexe nationaliste. Les Iraniens sont un peuple mystique, ils ont le sens du sacrifice, ils l'ont montré dans la guerre Iran-Irak. Et à quoi servirait de paralyser l'Iran s'il n'y a pas occupation du terrain ? Tout cela est beaucoup trop coûteux en prévision et je puis vous dire que les états-majors, et depuis longtemps déjà depuis 2010, aussi bien israéliens, les services de renseignement israéliens, l'armée israélienne, comme le Pentagone aux États-Unis freinent des quatre fers et s'opposent à l'option militaire.
Saïd Branine : Merci à vous Jean-Michel Vernochet. Je rappelle donc le titre de cet ouvrage que je vous recommande particulièrement : "Iran, la destruction nécessaire" aux éditions Xenia.
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