Islam et nouveaux médias, c'est une manière de poser le problème, mais ce n'est pas forcément de cette manière-là que je le ferais. De mon point de vue, l'islam est une partie de la question des nouveaux médias, mais pas la seule.
Les nouveaux médias, comme tous les médias, se définissent essentiellement, particulièrement, je crois, par la langue. Ce qui est très intéressant, c'est que dans le monde arabe, justement par rapport à la langue, la langue arabe dont je parle, il y a eu quelque chose de très important au XIXe siècle : l'introduction dans cette région du monde d'un nouveau système de diffusion qui était l'imprimerie.
Ce système de diffusion a considérablement transformé tout ce qui s'est passé dans cette région, à la fois sur le plan religieux et politique. L'introduction de l'imprimerie a aussi bien produit un nouveau discours religieux, ce qu'on appelle l'islah dans l'islam, qu'une nouvelle doctrine politique qui est l'arabisme politique, le nationalisme arabe, etc.
De l'imprimerie à Internet
Aujourd'hui, avec Internet, on assiste peut-être à quelque chose d'aussi important que cela, c'est-à-dire qu'il y a un nouveau média qui apparaît. Il est un petit peu comme l'était l'imprimerie au XIXe siècle : un outil qui permet à toute une région de se retrouver autour des mêmes discours, des mêmes idées, des mêmes propositions politiques ou intellectuelles.
Les gens qui regardent Al Jazeera aujourd'hui se trouvent n'importe où dans le monde, peu importe, mais ils se réunissent autour d'Al Jazeera parce qu'ils parlent l'arabe. On est en train de voir se passer quelque chose de très important : une espèce de nouvelle renaissance qui, à mon avis, va avoir des effets sur la pensée et dans le domaine politique.
L'interactivité des nouveaux médias
Il y a quelque chose de plus qui se rajoute par rapport à ce qui s'est passé au XIXe siècle : les médias traditionnels sont des médias très hiérarchisés. C'est-à-dire qu'il y a un émetteur et cinquante mille récepteurs, mais celui qui émet reste tout seul dans son coin et les gens qui reçoivent n'ont pas la possibilité d'interagir.
La grande différence avec les nouveaux médias, Internet, le chat, les SMS, les textos, tout ce que l'on voudra, c'est que le récepteur est effectivement capable d'interagir avec celui qui envoie.
Mettre en place un site comme Oumma.com, ce n'est pas mettre en place une télévision comme TF1 : ce n'est pas du tout la même gamme d'argent qui est en cause ou en jeu. On peut facilement prendre la parole d'une manière très différente, et Facebook est un autre exemple de ce qui se passe.