Des dérives contraires aux valeurs républicaines
J'ai voulu alerter l'opinion publique sur ce qui se passe à la police aux frontières d'Orly du fait de certains fonctionnaires de police, pour faire changer les choses. J'ai été témoin et j'ai moi-même subi des faits complètement contraires aux valeurs républicaines : du racisme, de l'homophobie, de la corruption, de l'abus de pouvoir et du sexisme.
On peut travailler, bien sûr, mais il faut se battre pour se faire accepter, et ce n'est pas toujours évident. Il y a constamment un doute au-dessus de notre tête, une épée de Damoclès permanente, parce que s'appeler Sihem est plus difficile que s'appeler Stéphanie.
La politique du chiffre et ses conséquences
Depuis plusieurs années, une politique du chiffre est imposée dans la police de façon tellement militaire qu'on nous demande du rendement tous les jours. Nous ne sommes plus une police au service du public, mais une police pour faire du chiffre, dont certains politiciens font tout simplement leur fonds de commerce présidentiel.
Le matin, en arrivant, nous avons des objectifson nous demande de faire tant de gardés à vue, tant de reconduites à la frontière. Et lorsqu'il n'y en a pas, que fait-on ? Il faut les inventer. Cela amène des dérives chez certains fonctionnaires de police, engendre du stress et provoque aussi des suicides.
Le refus d'une autorisation d'absence religieuse
Des collègues officiers ont demandé une autorisation d'absence pour la fête musulmane de l'Aïd-el-Kébir. Cette absence est autorisée par une circulaire de la fonction publique datant de 1967, et elle est respectée par la direction générale de la Police nationale. Tout fonctionnaire d'origine musulmane a le droit de demander une autorisation d'absence pour ce jour-là, comme pour d'autres fêtes religieuses lorsque l'on est juif ou catholique, peu importe.
La réponse écrite de la hiérarchie de la police aux frontières a été : « Les bras m'en tombent », ajoutant qu'il fallait rappeler à ce fonctionnaire de police que la France est laïque, et la demande a bien sûr été refusée. On va donc à l'encontre de cette circulaire mise à jour chaque année.
L'officier en question a ensuite déposé un recours auprès de la Halde. Sous la présidence de Jeannette Bougrab, il a reçu une réponse affirmant en gros que cette circulaire n'existe pas. Pourtant, elle figure noir sur blanc sur Internet et on la retrouve partout. La Halde écrit que cette circulaire n'existe pas et rejette sa demande, ce qui est extrêmement grave. Madame Jeannette Bougrab se permet d'aller au-delà de la loi républicaine elle-même. C'est elle qui bafoue la loi républicaine, puisqu'il existe une circulaire de 1967 autorisant cette absence pour ce jour-là, et madame Bougrab, en tout cas sous sa présidence, affirme en gros que cela n'existe pas.
Le choix de rester et de se battre
Je compte bien sûr rester dans la police. Je vais me battre jusqu'au bout. Ce n'est pas à moi de partir de la police, mais à ces personnes qui commettent des faits illégaux.
C'était mon devoir d'écrire ce livre, et je l'ai fait. Je me considère comme une lanceuse d'alerte. J'ai accompli mon devoir de citoyenne, j'ai la conscience tranquille. Ce n'est pas à moi de partir, c'est à ces gens-là de partir, et je me battrai jusqu'au bout.