La perte du badge d'accès à Roissy
Soufiane GhasmiSalam aleykoum. Je me présente : je m'appelle Soufiane Ghasmi.
J'ai été embauché en 1998 sur la plateforme aéroportuaire de Roissy. En 2006, j'ai reçu une convocation. Avant cela, j'avais toujours été un employé modèle, sans aucun reproche par rapport à mon entreprise. La police aux frontières, la PAF, m'a envoyé une convocation, ainsi que le préfet de la Seine-Saint-Denis chargé des aéroports, en me disant : « Vous représentez un danger pour la sûreté nationale. »
Je me suis dit qu'ils s'étaient trompés de personne, qu'ils avaient envoyé un courrier à mon nom mais qu'il ne m'était pas destiné. J'ai toujours vécu en France, je n'ai jamais eu de problème. Aujourd'hui, moi, être un danger pour la sûreté nationale ?
J'ai cherché à rencontrer le préfet sans y parvenir. Je lui ai écrit pour lui dire qu'il se trompait peut-être de personne. Ben non, l'affaire s'est avérée et on m'a retiré mon badge.
Lors du jugement, il y a eu un échange de pièces. Quand nous sommes arrivés devant le juge, les représentants du préfet ont sorti une feuille qu'ils ne nous avaient transmise ni à moi ni à mon avocat pour que nous puissions plaider. Ils ont posé ce document devant le juge, qui a tranché : « On vous enlève votre badge. »
Cette feuille n'avait ni en-tête ni signature, rien du tout, sauf qu'elle mentionnait qu'ils avaient découvert, en menant des enquêtes, que j'avais une association organisant le pèlerinage. C'est pourtant quelque chose de tout à fait légitime. N'importe quel citoyen français a le droit d'organiser des voyages à l'étranger, qu'ils soient religieux ou non. Cela relève de la sphère privée, et je ne vois pas pourquoi ils se mêleraient de cela.
Ce qu'ils me reprochent, c'est d'organiser la vie de personnes âgées qui vont au pèlerinage. C'est ce que j'ai compris dans cette affaire. Quant à savoir s'il s'agit d'islamophobie ou pas, chacun devra en juger en écoutant et en voyant les pièces.
Licencié pour le port de la barbe
En octobre 99, je suis entré à Auchan Bagnolet. Tout se passait bien, que ce soit avec mes collègues, la direction ou les chefs de rayon. En 2003, j'ai décidé de me laisser pousser la barbe. Tout continuait à très bien se passer avec mes collègues, femmes comme hommes.
Sauf qu'en 2007, le magasin a changé de directeur, et c'est là que tous mes problèmes ont commencé. J'ai eu l'écho qu'il ne me voulait plus dans le magasin du fait que j'avais la barbe. Il a sous-entendu que je devais quitter le magasin, qu'il paie ou non.
Pour assurer mes arrières, je me suis mis en congé d'éducation parentale pour m'occuper de mes enfants, en essayant de me faire oublier. Au bout d'un an, lorsque j'ai demandé à reprendre mon travail, ils ne m'ont pas répondu. Ils m'ont laissé de côté, comme si je ne faisais plus partie de la société.
J'ai alors pris rendez-vous avec le RRH. Lors de cet entretien, on m'a signifié clairement que ma religion et ma barbe n'étaient pas compatibles avec la société.
J'ai dit« Qu'a à voir mon travail et ma religion ? Ce sont deux choses différentes. »
On m'a proposé plusieurs fois de l'argent pour quitter l'entreprise : 10 000, 18 000 et 25 000 euros. J'ai refusé. Au bout de quelques mois, on m'a signifié une mise à pied parce que je n'avais pas serré la main à ma chef de rayon. Deux mois après, j'ai été licencié pour discrimination envers les femmes. C'est une chose que je n'ai bien sûr jamais commise. Je me suis toujours entendu avec mes collègues femmes et les femmes de la direction. Elles me connaissent comme une personne très drôle et joviale, qui aime sortir le soir avec elles, malgré le fait que j'aie une barbe.
Je ne comprends toujours pas. J'ai saisi les prud'hommes. Lors du premier passage, il y a eu un partage des voix, ce que je ne comprends toujours pas non plus. À ce jour, j'attends une date pour repasser devant les jurés.
Comment réagir face aux discriminations
Lila CharefBonjour, je suis Lila Charef, responsable du service juridique du Collectif contre l'islamophobie en France. Vous avez entendu deux témoignages qui constituent des cas d'islamophobie flagrante dans le domaine de l'emploi.
Mon intervention a pour objet de vous présenter un cas d'islamophobie afin de vous expliquer comment réagir face à une situation de discrimination.
Nous avons relevé très souvent que l'islamophobie se manifeste par le refus de la fourniture d'un service fondé sur un critère discriminatoire, en l'occurrence le port d'un foulard.
Pour illustrer mon propos, je prendrai l'exemple de l'exercice du droit à la formation professionnelle. Une femme se présente avec un foulard auprès d'un centre de formation professionnelle afin de s'inscrire et de suivre une formation qui l'intéresse. Son interlocuteur lui répond que, pour pouvoir s'inscrire et suivre cette formation, elle doit se défaire de son foulard.
Comment réagir ? En premier lieu, il faut demander à votre interlocuteur quel est le fondement légal de cette exigence, quel texte de loi ou texte réglementaire lui permet de formuler une telle demande.
Deuxièmement, il faut ouvrir un dialogue avec lui en lui rappelant notamment le principe de non-discrimination, et souligner que cette exigence porte atteinte à votre liberté religieuse.
Si votre interlocuteur reste insensible à ces arguments, il faut solliciter la remise d'un justificatif écrit de cette décision de refus et de son motif.
Enfin, si votre interlocuteur refuse de vous remettre ce document, il vous appartiendra de rédiger un courrier de réclamation en relatant de façon circonstanciée les faits ainsi que les échanges intervenus, et de l'adresser en lettre recommandée avec accusé de réception.
Pour vous accompagner dans l'ensemble de ces démarches, nous vous conseillons vivement de faire appel à une association de lutte antiraciste qui vous apportera son appui.