Dans ce petit livre sur les 50 idées reçues sur l'état du monde, j'ai voulu aller justement à l'encontre des idées reçues. Elles circulent un peu partout, y compris d'ailleurs chez les spécialistes et chez les journalistes. Certaines sont le fruit de manipulations de l'opinion, d'autres sont véhiculées avec d'autant plus de force qu'elles le sont de bonne foi, et on pense sincèrement que telle chose, à force de l'entendre répéter, à force de l'entendre dire, devient vraie. Et donc, j'ai voulu montrer un peu quelle était la face cachée, pourquoi il y avait des fausses idées reçues, pourquoi elles existaient, parce qu'il y a toujours une rationalité au fait qu'il y ait une idée reçue, et en même temps comment elle était, comment on pouvait montrer l'inanité et le caractère tout à fait faux de cette idée reçue. Donc, il y a pourquoi on pense que telle chose est vraie et en quoi cela est faux. Et effectivement, il y a quand même un certain nombre d'idées reçues qui circulent avec une très grande force. 50, c'est un chiffre rond, mais on y arrive assez facilement.
Alors, c'est effectivement une idée reçue qui circule. Certains le font circuler de façon militante. C'est ce que Védrine appelle les « occidentalistes », moi, je les appelle les « suprématistes blancs », ceux qui pensent que le monde non-occidental est un ennemi et qu'il faut donc lutter. Et très souvent, d'ailleurs, eh bien, ils créent le danger qu'ils dénoncent par ailleurs. Non, je pense que le monde occidental n'est pas en danger, il peut très bien vivre en bonne harmonie. Ce qui est certain, c'est qu'il n'aura peut-être plus le rôle dominant qu'il avait auparavant, mais il peut très bien vivre sans être en danger et en étant moins dominant qu'il ne le fut dans le passé.
C'est quelque chose que l'on entend souvent et où l'on confond une époque d'actualité et une théorie sur le long terme. Ce n'est pas parce que, pour le moment, la plupart des attentats , et pas tous encore, parce qu'on ne parle pas de ce qui se passe au Sri Lanka ou ailleurs ,, mais que certains attentats sont commis par des musulmans, que terrorisme et islam sont forcément liés. On voit là aussi que l'idée reçue, elle est d'une part, pour certains, un acte militant , les ennemis du monde musulman ont intérêt à lier cela ,, et puis d'autres reçoivent cette idée reçue, je dirais de bonne foi et parce qu'ils disent : « Ah oui, il y a un attentat ! Ah oui, ce sont des musulmans qui l'ont fait ! Donc, terrorisme = musulman. » Je crois que là, il faut aller à l'encontre de l'idée reçue en montrant que le terrorisme n'est pas d'essence religieuse, que ce sont des phénomènes politiques qui, pour le moment, frappent le monde musulman, et qui, autrefois, frappaient d'autres mondes, et qui, demain, passeront à autre chose.
C'est quelque chose qu'on entend souvent et effectivement, les médias n'ont pas toujours qu'un rôle d'information, et la méfiance d'une partie de l'opinion par rapport aux médias, qu'elle soupçonne de vouloir la manipuler, n'est pas toujours tout à fait fausse. En même temps, on voit bien que l'opinion est assez mature, qu'il y a différents canaux d'information, comme Internet par exemple, et que finalement les médias n'arrivent pas toujours à formater l'opinion. Finalement, la majorité des médias étaient pour le « oui » au référendum, c'est le « non » qui l'a emporté.
Là encore, une idée reçue qui est pour partie un acte militant de la part de certains qui veulent diaboliser l'islam, qui veulent faire de l'islam une sorte de menace, et donc qui disent, alors qu'ils savent que c'est pertinemment faux, que islam et démocratie sont incompatibles. Et puis, il y a une masse de gens qui croient cela de bonne foi. Alors, ce que l'on peut voir, un, c'est que effectivement, il y a un retard démocratique dans les pays arabes, ça, c'est la base réelle de cette idée fausse. Mais par contre, deux, ce retard démocratique est dû en grande partie à des circonstances géopolitiques et au fait que les mêmes qui se plaignent de l'absence de démocratie dans le monde musulman souvent ont aidé des forces non démocratiques ou combattent les forces démocratiques. Et puis, il y a d'autres exemples, comme la Turquie, comme l'Indonésie, qui montrent que des pays totalement musulmans sont parfaitement compatibles avec l'islam. Donc, là encore, on confond un temps politique et une vérité éternelle.
Et ce n'est pas une idée innocente comme affirmation. C'est une affirmation qui vient de la droite dure israélienne, du Likoud israélien, dans la mesure où pendant très longtemps la France a été un des rares pays occidentaux à mettre en avant le droit des Palestiniens, on l'a qualifiée de pro-arabe. Ce qu'il faut bien voir, c'est que la rupture historique de la politique pro-israélienne de la France a été faite par le général de Gaulle en 67, à une époque où il n'y avait ni un électorat arabe important en France, ni même des contrats avec les pays arabes. Et très souvent, on dit que la France est pro-arabe parce qu'elle doit tenir compte d'une importante minorité arabo-musulmane chez elle et qu'elle est mue par des fins mercantiles parce qu'elle recherche les contrats dans les pays arabes. Donc, on voit bien qu'historiquement c'est faux et que, par ailleurs, la France défend le droit international, elle essaie de promouvoir, ou peut-être de façon moins militante aujourd'hui qu'auparavant, le droit des Palestiniens, ce n'est pas être pro-arabe, c'est être pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ce qui est tout à fait différent.
Alors, lorsqu'on critique la politique arabe de la France, qu'est-ce que l'on veut ? Que la France revienne à la politique de la IVe République qui était la guerre d'Algérie et l'expédition de Suez ? C'est pas une vraie réussite. À tout prendre, je préfère la politique de la France dans le monde arabe, une politique active à la recherche de la défense du droit international, que la politique qui était celle de la France sous la IVe ou l'actuelle politique américaine.
Alors, bien sûr, ils sont en passe d'être affaiblis et George Bush a largement contribué à l'affaiblissement des États-Unis, qui n'ont jamais été aussi impopulaires qu'aujourd'hui et qui sont, par ailleurs, embourbés en Irak et en Afghanistan, et on voit que le dollar est fortement attaqué. Maintenant, il ne faut pas confondre cela avec un affaiblissement sur le long terme ou immédiat des États-Unis. Les États-Unis restent attractifs pour une grande partie des populations et ceux qui critiquent la politique étrangère américaine restent avec une vue sympathique sur la société américaine, sur ses capacités d'intégration. Il est plus facile d'être musulman aux États-Unis qu'en Europe, par exemple. Donc, les États-Unis ont quand même des atouts en termes de puissance, une avance telle qu'ils ne vont pas disparaître en tant que tels d'ici longtemps. Mais s'ils veulent que leur affaiblissement ne soit pas trop rapide et trop fort, ils ont certainement intérêt à changer de politique étrangère.
Alors, en fait, ils ont été en paix pendant très longtemps et la cohabitation entre juifs et musulmans est quelque chose qui s'est fait de façon parfaitement harmonieuse dans le passé. Les circonstances géopolitiques font qu'ils sont en guerre ou en affrontement. Et encore, il y a des juifs et des arabes qui essaient, dans la difficulté bien sûr, de trouver, aussi bien d'ailleurs dans nos sociétés européennes et en France que là-bas sur le terrain, des accords de paix. Et puis certains qui veulent l'affrontement et d'autres qui sont au milieu. Mais dire que parce qu'ils sont juifs et parce qu'ils sont arabes, Israéliens et Palestiniens ne s'entendront jamais, est faux et on voit bien qu'un accord de paix est possible et que c'est un problème politique, c'est un problème territorial, ce n'est en rien un problème religieux. On peut très bien avoir une paix au Proche-Orient avec des Israéliens qui restent juifs et des Arabes qui restent musulmans et chrétiens aussi, il ne faut pas l'oublier.
Alors, c'est une menace, mais en même temps, quand on voit en termes de nombre de morts ou en termes de danger réel, je pense que, par exemple, le réchauffement climatique est une menace beaucoup plus lourde pour l'avenir de l'humanité que le terrorisme. Le terrorisme existe, bien sûr, mais on en gonfle également les faits et la menace réelle à des fins politiques pour essayer, pour certains, de prétendre à lutter , c'est ce que j'expliquais dans mon précédent livre « Vers la Quatrième Guerre mondiale ? » ,, de dire qu'il faut vraiment que tous les occidentaux luttent contre le terroriste qui serait venu remplacer le communisme comme menace globale. C'est bien sûr stratégiquement un non-sens.
Ça dépend de ce qu'on appelle valeurs occidentales. Déjà, il vaut mieux que les Occidentaux respectent même les valeurs qu'ils prétendent incarner, et d'Abou Ghraib à Guantánamo, ce n'est pas toujours le cas. Il y a des valeurs universelles, elles ne sont pas occidentales : le respect des droits de l'homme, le respect de la démocratie sont des valeurs universelles que tous les peuples du monde, auxquelles tous les peuples du monde aspirent. Les Occidentaux ont peut-être un avantage, disons une sorte historique, mais encore ils n'ont eux-mêmes, ils ont dû lutter, ils ont eu des reculs, ils n'ont pas toujours été cohérents là-dessus, donc il faut rester modeste en disant que les valeurs universelles ne sont pas occidentales, les valeurs universelles sont universelles. Tant mieux si les Occidentaux veulent les revendiquer, mais qu'ils laissent également les autres peuples les appliquer sans vouloir leur imposer.
C'est effectivement ce que disent ceux qui voudraient, les plus pro-américains, qui voudraient que jamais on ne puisse s'opposer aux États-Unis. Il n'y a pas d'antiaméricanisme, il n'y a pas d'opposition à la société américaine. Il y a par contre une critique de la politique extérieure américaine, critique d'ailleurs qui est partagée par la majorité des Américains qui estiment aussi que la guerre d'Irak a été un échec total, une faillite à la fois morale et stratégique. Mais lorsque l'on dit que la critique de la politique extérieure américaine est guidée par l'antiaméricanisme, qui dit ça ? Ce sont les plus pro-américains qui ne veulent jamais critiquer les États-Unis et qui, en fait, par un glissement intellectuel, appliquent la même méthode qu'en que ceux qui disent que ceux qui critiquent le gouvernement israélien sont antisémites. Donc, il ne faut bien distinguer l'opposition à un peuple et la critique politique de la conduite d'un gouvernement, dans l'occurrence pour sa politique extérieure. Et le fait de critiquer la politique extérieure de George Bush, comme le font de nombreux Américains qui sont également des patriotes américains qui estiment que George Bush dessert l'intérêt national américain, n'est en aucun cas faire preuve d'antiaméricanisme, mais plutôt de lucidité.
Voilà, ben écoutez, moi, j'ai pris beaucoup de plaisir à faire ce petit livre qui n'est pas un essai, qui est vraiment quelque chose, mais je crois que dans un monde où il y a de plus en plus quand même à la fois de désinformation et en même temps d'erreurs, remettre les choses en place n'est jamais inutile. Et quand on peut essayer de montrer un peu l'envers du décor et pourquoi on pense cela, eh bien c'est ce que j'ai essayé de faire dans ce petit livre court et rapide.