Le journaliste Paul Balta relate ses rencontres avec Saddam Hussein et analyse les réalités sociales et éducatives de l'Irak moderne.
Oumma TVMoyen-OrientHistoire & Mémoire10:42
4 janvier 2007 à 18 h 49
Le journaliste Paul Balta relate ses rencontres avec Saddam Hussein et analyse les réalités sociales et éducatives de l'Irak moderne.
Transcription intégrale de la vidéo
Paul BaltaAlors, l'Irak est un pays que je connais bien, un peu par hasard. Puisque, en fait, historiquement, entre l'Égypte et l'Irak, il y a toujours eu une certaine rivalité depuis depuis les califes, enfin depuis toujours. Et en fait, je suis allé en Irak la première fois quand Nasser m'a permis en 58, il y avait un avion qui retournait, donc qui allait d'Égypte à Bagdad pour amener les réfugiés politiques, et donc j'ai j'ai vu l'Irak la première fois en 1958. Et ensuite, j'ai continué à suivre l'évolution du pays. Et en 1970 71, après plusieurs reportages, j'étais retourné, et à l'époque, Saddam Hussein était vice-président et Bakr était le président. Alors, je faisais un reportage de 3 semaines, un mois, donc j'avais du temps, et j'avais commencé par voir les communistes, que je connaissais, en leur disant : « Bah voilà, je vais sans doute interviewer, demander une interview du président de la République. » « Ah, m'ont-ils dit, Paul, tu fais comme tu veux, enfin, tu nous tu nous en parles, tu demandes une idée, nous, on te dit : si tu fais si tu veux une bonne interview, fais celle de Saddam Hussein. C'est lui le cerveau. Bakr, il va te dire des banalités. » Alors, je leur dis : « Oui, mais écoutez, il a massacré au moins ou il a fait massacrer 10 000 d'entre vous il y a quelques années. » Ils m'ont dit : « Oui, oui, mais ça, c'est le passé, c'est exact, mais aujourd'hui, c'est aujourd'hui, et puis toi, tu nous demandes et on te dit c'est lui quand même qui qui fait la politique, qui est le vrai stratège. » « Bon, très bien, merci. » On continue à parler. Puis après, je vois les syndicats, que je connaissais aussi, et en gros, ça se passe de la même façon. Bon. Puis je vois les nassériens. Bon, évidemment, venant d'Égypte aussi, je les connaissais, et malgré tout, Saddam les avait un peu bousculés. Et eux me disent aussi : « En fait, Paul, c'est Saddam Hussein qu'il faut voir. Bakr, tu vois, au fond, c'est un peu une potiche. » Bon, et je demande donc à voir Saddam Hussein, et si je peux dire, c'est moi qui ai fait pour Le Monde sa première interview internationale. Il avait donné quelques interviews à des journaux du Koweït ou de la région, mais enfin pas un journal de la qualité du Monde. Et c'est Tarek Aziz qui avait organisé la rencontre, et elle a duré 2 heures. Et ce qui m'a impressionné, c'est que sur les 2 heures, pratiquement une demi-heure, d'entrée de jeu, enfin, il a dit quelques mots et puis vraiment, il a consacré en au début de l'entretien, il l'a axé sur l'agriculture. Alors, bon, j'étais un peu étonné, mais enfin, j'ai écouté. Alors, il me dit, parce qu'on parlait en arabe : « Tu vois, Paul, moi ce que je veux, c'est de faire de refaire dans le domaine agricole, l'Irak des Abbassides. » Je le regarde et il me dit : « Oui, imagine-toi qu'à l'époque abbasside, la superficie cultivée était beaucoup plus importante que celle d'aujourd'hui. » « Ah bon ? » Et il me dit : « Tu sais pourquoi ? » Alors, je lui dis : « Non, mais enfin, je sais que il y avait eu une invention importante, c'était les canaux d'irrigation. » Il me dit : « Oui, tu as raison, mais il y a une chose dont on ne parle pas, c'est les drains. » Alors, je lui dis Bon, moi, j'étais pas un spécialiste de l'agriculture. Alors, je lui dis : « Ah bon, c'est quoi ? » Alors, il me dit : « Bien, tu vois, les canaux apportaient l'eau et ça irriguait. Mais s'il y avait un peu trop d'eau, comme il y a aussi le soleil très fort, l'eau remonte et le soleil desséchait et ça faisait du sel et le sel stérilise la terre. Et donc, ils avaient inventé les drains qui, en quelque sorte, tiraient de l'eau pour qu'il n'y en ait pas trop et que ça ne fasse pas cette évaporation. Or, me dit-il, la plupart des canaux et des drains ont été cassés sous l'occupation turque et beaucoup d'autres ont été cassés sous l'occupation anglaise. Et donc voilà, nous nous nous trouvons dans une situation lamentable et je voudrais justement reconstruire ces canaux et ces drains. » Mais il m'a dit un chiffre, c'était absolument fabuleux et il m'a dit : « Et tu vois, malgré l'entrée d'argent du pétrole, on ne peut pas faire ça en très vite. Il faut le faire sur 10 ou 15 ans, je suis en train de planifier. » Bon, et moi j'étais Alors, il me dit : « Et tu sais, ben je vais te donner un autre exemple. Tu sais comment on appelait la route Bagdad-Damas ? » Il me dit : « La Noire. » « Ah bon, et tu sais pourquoi ? Parce qu'elle était bordée d'arbres et qu'il y avait de l'ombre. Et les poètes l'ont chantée, cette route noire. » Il me dit : « Remarque qu'aujourd'hui aussi, on peut dire qu'elle est noire, mais ce n'est plus qu'un ruban de goudron. » Bon, puis on est passé à d'autres problèmes, mais en tout cas, ça, ça m'avait quand même cette cette dans cette première rencontre, cette importance accordée à l'agriculture m'avait impressionné. Puis j'ai continué à suivre. Alors, c'est vrai que c'est un dictateur, on l'a dit, la presse l'a écrit, là il y a son procès. Mais ce que je regrette sur le plan de l'honnêteté intellectuelle, c'est que la plupart des des journaux européens disent ce qu'il a fait de mal, mais ne rappellent pas, par objectivité quand même, les choses qu'il a faites de bien. Or, malgré tout, c'est lui qui a fait de l'Irak le pays le plus alphabétisé de l'ensemble du monde arabe. Bon, ce n'est pas rien. Qui lui a donné le plus grand nombre d'universitaires. Qui a fait aussi un travail énorme pour la préservation du patrimoine et, entre autres, la création du musée qui a été pillé pendant la guerre là, déclenchée par les États-Unis. Et vraiment, ce musée est extraordinaire. En plus, c'est un ami, Jamil Hamoudi, qui est peintre et sculpteur, et c'est Jamil Hamoudi, à qui j'ai consacré cet album, qui a été qui avait été chargé par Saddam Hussein d'étudier, de mettre le projet en route et donc la première réalisation. Et ça, je l'ai visité, donc je peux en parler. Un autre exemple dans la conservation du patrimoine, eh bien, il y a plusieurs palais abbassides, deux ou trois, qui avaient été recouverts par le désert, par le sable. Et il s'en est Enfin, il a su qu'ils étaient là et j'ai été témoin parce qu'il a fait Ça a pris du temps, il a fait retirer le sable et les les palais sont ont sont émergés et ça j'en ai été témoin. J'ai vu quand les travaux ont commencé, puis j'ai vu quand ils ont été terminés et qu'il a inauguré les les palais qui étaient d'ailleurs en bon état. Bon, il a fait faire des petites réparations, mais ça aussi, c'est des choses qui, je crois, pour le peuple irakien, sont importantes. Alors, qu'il ait commis des crimes par ailleurs, c'est exact, qu'il ait fait des erreurs aussi, mais il y a eu là tout un travail, de même que sur le plan de l'art, des peintres, des des sculpteurs contemporains, il a donné un élan très important.
Et alors, pour parler de la situation actuelle, eh bien, bah évidemment Bon, il y a eu l'élection du Parlement, il y a une volonté de démocratisation, mais en même temps, ce pays, et ça, vraiment, je l'ai sillonné dans tous les sens, du nord au sud, d'est en ouest, c'est quand même une mosaïque. Bon, il y a les Kurdes et les Arabes, mais il y a aussi les les chiites qui sont majoritaires, les sunnites, plus il y a des juifs, il y a des Turkmènes, il y a des chrétiens. Enfin, il n'y a presque plus de juifs, mais ça a été une communauté extrêmement importante. Et et donc, et là aussi, il faut dire que, du temps de Saddam Hussein, il avait quand même là aussi donné comment dirais-je, équilibré les rapports entre les différentes religions. Enfin, chacun Les chrétiens se sentaient très protégés, même les juifs, d'ailleurs, enfin le peu qui restait. Et là, aujourd'hui, je m'inquiète un peu pour l'avenir parce que ça serait quand même triste que que que l'Irak éclate. Et et ça, il faut bien dire que certains conseillers de George Bush à un moment donné, enfin ceux les plus extrémistes, à un moment donné envisageaient justement de faire éclater le Proche-Orient, ce qui recoupait un peu une des analyses de certains politiciens, hommes politiques d'Israël du temps de de Ben Gourion, dont l'objectif était justement de faire éclater le Proche-Orient en petits États confessionnels qui auraient facilité en quelque sorte l'intégration de l'État d'Israël à dominante juive. Et bon, pour le moment, apparemment, ils ont fait marche arrière, mais enfin, il est bon quand même de signaler que ils ont envisagé ça, et y compris de faire éclater par exemple l'Arabie saoudite, puisque la région où il y a le pétrole, c'est aussi la région où il y a la dominante chiite. Alors, il y a là quand même Bon, espérons que les choses vont se stabiliser, mais enfin, il faut quand même rappeler les dures réalités.
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