Les incidents de la rue de la Roquette
Saïd BranineDans L'Esprit d'Actu spécial Gaza avec Youssef Boussoumah et Michèle Sibony. Bonjour à vous. Michèle Sibony, vous êtes membre de l'Union juive française pour la paix.
Michèle SibonyPour la paix.
Saïd BranineEt Youssef Boussoumah, membre du Parti des indigènes de la République. Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous allons commencer par évoquer les incidents qui ont eu lieu près de la synagogue de la rue de la Roquette à Paris, dans le 12e arrondissement, lors de la manifestation de dimanche.
Michèle SibonyIl est clair que l'opération montée a réussi puisque, maintenant, pour parler de Gaza et de la Palestine, on est obligé de parler des incidents, entre guillemets, antisémites. Il s'agissait à l'évidence d'une provocation. J'ai apporté le témoignage de ce que j'avais vu dans cette manifestation qui, à mon sens, était exemplaire de haut en bas.
Des provocateurs se sont servis de la synagogue de la rue de la Roquette, qui n'était pas loin du point de dispersion de la manifestation, comme d'un bastion pour organiser l'effacement, le gommage de l'importance de cette mobilisation. Il était très important qu'à Paris, la population parisienne et d'Île-de-France vienne manifester sa solidarité avec le peuple palestinien à Gaza. Il était très important de faire taire cela et on a fait comme d'habitude : on a appuyé sur le bouton antisémitisme.
Saïd BranineVous partagez ce point de vue, Youssef ?
Youssef BoussoumahTout à fait. On peut même ajouter que, dès le départ de la manifestation, les forces de police nous avaient prévenus que la Ligue de défense juive, la LDJ, un groupuscule d'extrême droite connu pour ses manières violentes et ses nombreuses agressions, avait l'intention d'attaquer la manifestation. On ne peut donc pas faire semblant de découvrir cela alors que les forces de police étaient parfaitement au courant.
Il y a eu deux provocations. Une première au niveau de la rue du Pas-de-la-Mule, où des militants de la Ligue de défense juive sont venus et ont commencé à vouloir attaquer certains manifestants isolés, ce qui a déjà provoqué des troubles. Ensuite, au niveau de la place de la Bastille, des manifestants de la Ligue de défense juive sont arrivés avec un drapeau israélien et ont commencé à provoquer les manifestants, donc relativement très loin de la synagogue, afin d'entraîner la foule en colère...
Michèle SibonyVers la synagogue.
Youssef Boussoumah...en direction de la synagogue. Je tiens à dire une chose : à aucun moment, et je mets au défi quiconque d'apporter la moindre preuve, il n'y a eu un seul manifestant devant la synagogue. Il n'y a jamais eu un seul membre de la communauté juive qui ait pu se plaindre d'une quelconque exaction. C'est le contraire qui s'est produit : des manifestants ont été agressés par ce groupuscule fasciste sioniste d'extrême droite.
Saïd BranineVous vouliez ajouter quelque chose ?
Michèle SibonyOui, je voulais rajouter qu'on a aujourd'hui les copies d'écran des appels à un rassemblement de soutien à Israël et à son opération militaire contre Gaza devant la synagogue, que le président du Consistoire, Joël Mergui...
Saïd BranineJoël Mergui, oui.
Youssef BoussoumahJoël Mergui.
Michèle Sibony...a traduit, pour aller dans le sens du vent et de l'opération, en affirmant qu'il s'agissait de juifs en prière à l'intérieur. On peut le vérifier, il y a des vidéos de la manifestation qui ont été prises au moment des attaques de la LDJ. Il y a les écrans qui appelaient, sur les sites d'extrême droite juive, à être là pour alimenter la provocation. Tout cela, la presse étrangère le relaye.
Saïd BranineSauf la presse française.
Michèle SibonyPour le moment, la presse française a totalement adhéré, comme elle le fait depuis le début de l'opération Gaza, aux thèses gouvernementales.
La stratégie du bâillonnement
Saïd BranineVous partagez ce point de vue également, Youssef ?
Youssef BoussoumahAbsolument. Il est clair qu'il n'y a jamais eu d'attaque de la synagogue, jamais. Il est absolument incroyable qu'en boucle, la presse cite les autorités françaises, qui elles-mêmes citent ceux-là mêmes qui sont à l'origine de la provocation, la Ligue de défense juive. On n'a jamais vu cela : un gouvernement qui se base sur les propos d'un groupuscule d'extrême droite déjà interdit en Israël et aux États-Unis pour ses méthodes violentes. Un gouvernement français qui se prétend démocratique s'appuie sur les dires et sur les fantasmes d'une milice elle-même violente pour inventer de toutes pièces une interdiction, ou en tout cas pour faire un sujet sur l'habituel antisémitisme.
Michèle SibonyC'est une vieille histoire. Le philosophe Daniel Bensaïd, paix à sa mémoire...
Youssef BoussoumahOui.
Michèle Sibony...avait appelé ça les pompiers pyromanes. Toute cette clique des soutiens sionistes en France parlait de nuit de cristal au moindre incident, souvent provoqué de la même manière, pour pouvoir faire taire. Il faut comprendre la stratégie : il s'agit de faire taire. Les Israéliens et leurs amis en France savent qu'ils ne peuvent pas gagner la bataille de la popularité sur une affaire pareille. On ne peut pas gagner la bataille de la popularité en France en massacrant les populations civiles à Gaza. Par contre, on peut bâillonner. L'opération est là pour ça : on va bâillonner.
Saïd BranineJustement, vous pensez qu'il y a un risque d'interdire les manifestations ?
Michèle SibonyC'est clair. Le Premier ministre l'avait annoncé quasiment le soir du 13 juillet, le ministre de l'Intérieur avait donné des instructions au préfet de Paris. Attention, il y a les préfectures, et puis il y a les relais que sont les CRIF. Le CRIF de Grenoble a déjà commencé à se plaindre auprès du préfet de Grenoble en disant : « Attention dans les manifestations. » À Orléans-Tours, le préfet a convoqué le collectif qui organisait une manifestation. C'est-à-dire que partout où il y a un CRIF en France, on va voir une demande d'annulation des manifestations sous prétexte de troubles à l'ordre public. La vraie question, c'est de quel ordre on parle.
Une nouvelle génération politique
Saïd BranineBien sûr. Justement, par rapport à ces manifestations, on a vu une forte mobilisation à l'échelle nationale. Pensez-vous qu'il y a une vraie conscience politique et citoyenne sur la question palestinienne ?
Youssef BoussoumahAbsolument. Cette manifestation a été extraordinaire. Rarement on a vu une telle jeunesse en mouvement : des dizaines de milliers de jeunes, à Paris mais aussi dans toute la France, sont sortis et se sont exprimés avec une grande maturité au niveau des slogans et de l'attitude. Je tiens à signaler qu'il n'y a eu aucun incident dans une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce qui est extrêmement rare avec un sujet qui concentre autant d'émotions. À la vue d'enfants, de femmes et d'hommes tués de cette façon à Gaza, des manifestants expriment leur indignation de manière totalement responsable. Et l'État leur oppose une fin de non-recevoir, une façon de leur dire : « Vous ne valez rien, taisez-vous. » Bientôt, ces personnes seront sans doute accusées d'être des terroristes.
C'est extrêmement grave. Au-delà même du service que la France rend à la propagande israélienne, au-delà du fait que Hollande se comporte en parfait propagandiste de l'armée israélienne et de cette nouvelle agression, il y a autre chose. Valls et Hollande se servent de ce groupuscule d'extrême droite pour museler et faire taire toute une nouvelle génération politique. De ce point de vue, c'est un échange de bons procédés : d'un côté, les milieux ultra-sionistes de France sont bien contents de pouvoir bâillonner l'expression de solidarité avec Gaza ; de l'autre, le gouvernement français se sert de cela pour museler des populations jugées dangereuses, issues de l'immigration postcoloniale, et les empêcher de devenir une force politique en devenir. C'est cela aussi qui était en cause.
Michèle SibonyJe dirais que ce n'est même pas seulement un soutien à l'idéologie israélienne, c'est aujourd'hui encore plus angoissant : c'est la même idéologie. En Israël, un résistant est un terroriste. Ici aussi, un résistant va devenir un terroriste. Quand je suis arrivée à la manifestation, je me suis mise à pleurer sous le coup de l'émotion, après la solitude d'une semaine passée devant les écrans de télévision. Je voyais cette jeunesse autour de moi avec une détermination et une clarté fantastiques. Ils savaient pourquoi ils étaient là, ils sont politiques, formés, construits. Ils ont envie de dire : « Non, nous ne sommes pas d'accord avec ça. » On comprend l'écho chez des gens qui subissent le racisme, qui sont ostracisés pour ce qu'ils sont et ce qu'ils montrent d'eux-mêmes ; on comprend qu'ils puissent s'identifier. Ils ont envie de dire : « Nous avons le droit d'exister comme nous sommes, et nous avons le droit de dire ce que nous pensons sur la Palestine. »
Ce que l'on veut faire à ces gens, c'est requalifier leur colère et leur indignation légitime en haine. Ce faisant, on veut transformer une situation de colère et de résistance en situation de haine, et l'on sert une cause tragique pour la France. La France est un pays où l'on doit pouvoir exprimer sa colère librement dans la rue. Depuis quand interdit-on une manifestation en France, alors qu'on permet les manifestations d'extrême droite et les rassemblements les plus haineux contre les musulmans, contre les Arabes, contre les Noirs ou contre les Roms ? C'est incroyable.
Saïd BranineVous voulez peut-être ajouter quelque chose ?
Youssef BoussoumahOui, tu as parfaitement raison quand tu dis qu'il s'agit de la même idéologie coloniale. C'est le même creuset colonial que l'on voit à l'œuvre, à la fois en Israël-Palestine d'une façon extrêmement violente, et en France, sans doute pas de cette manière violente, mais on voit bien que c'est la même matrice. Ce sont les mêmes principes, les mêmes concepts que l'on met en avant, ces concepts de terrorisme. Tu as parfaitement raison de dire qu'il s'agit bientôt d'une criminalisation de la solidarité avec la Palestine. On voit bien que la France n'est jamais sortie de son processus colonial : le processus colonial mental est toujours en acte, on le constate une fois de plus.
Saïd BranineNous allons revenir sur les bombardements sur Gaza. Quel est l'objectif de cette nouvelle agression contre Gaza ?
Une agression pour faire taire la résistance
Youssef BoussoumahL'objectif de cette nouvelle agression contre Gaza est d'abord de faire taire cet îlot de résistance palestinien, et pas uniquement lui. À travers Gaza, il s'agit de faire taire toute la Palestine. Il faut quand même le dire : toute la Palestine a connu des manifestations et des protestations. Elles ont pris des formes diverses selon les différents segments où s'est installé le peuple palestinien, que ce soit dans ce qu'on appelle la Palestine de 48, Israël, en Cisjordanie ou à Gaza. Les formes diffèrent, mais c'est bien le même peuple palestinien qui a montré son unité dans la protestation.
Sur quoi proteste-t-il ? Encore une fois, sur la colonisation. La colonisation en Cisjordanie n'a évidemment jamais cessé et n'a jamais été aussi importante. On l'a vu avec des exactions de colons absolument terribles et quotidiennes. Il y a ce dont la presse parle et ce dont la presse ne parle jamais : cette colonisation qui finit de grignoter le peu qui reste de la terre palestinienne, avec cette violence coloniale quotidienne absolument insupportable, que la France connaît bien parce qu'elle l'a mise en application en Algérie à l'époque.
Face à cela, le peuple palestinien résiste. À Gaza, il le fait avec des moyens qui peuvent sembler dérisoires par rapport à ceux de l'armée israélienne, mais malgré tout, il résiste, et c'est cette résistance qu'on veut casser. Je rappelle que Gaza est toujours sous le coup d'un blocus total depuis 7 ans.
Michèle Sibony7 ans.
Youssef BoussoumahLes prétendues puissances démocratiques s'en雁accommodent très bien et personne ne proteste contre cela. Quand Gaza proteste et essaie de résister avec des moyens dérisoires, car ces roquettes sont des moyens dérisoires compte tenu de la puissance en face, on accuse les Palestiniens de Gaza d'être des terroristes. Nous avons monsieur Hollande qui vient au secours de monsieur Netanyahou, au secours d'une des plus puissantes armées du monde, en disant : « Elle a le droit de se défendre. » Elle a le droit de se défendre, c'est-à-dire qu'elle a le droit de finir d'écraser Gaza.
Il n'y a donc pas une origine particulière à ce qui se passe aujourd'hui : c'est la continuité de la volonté de museler les populations palestiniennes et de les amener à une reddition totale.
La rupture de l'union nationale
Saïd BranineMichèle Sibony ?
Michèle SibonyJe suis d'accord sur le contexte que tu décris, qui est absolument exact et tragique. On a quand même fini par gagner une petite bataille grâce aux réseaux sociaux, pas grâce aux médias français : la bataille des noms.
Quand un Israélien est kidnappé, tout le monde connaît son CV, le visage de ses parents, l'histoire de sa famille, son nom, son prénom, sa date de naissance et son adresse. Quand un Palestinien est tué, c'est « un Palestinien », point à la ligne, lorsqu'il est seulement évoqué. Nous avons gagné la bataille des noms à force de répéter que la personne tuée a un nom, une famille, habite à tel endroit, et les noms des victimes ont commencé à circuler.
Pour en revenir à ce qui cause cette attaque, il faut reprendre une chronologie qu'aucun média français n'a jugé utile de rappeler, ce qui est hallucinant. J'ai dit à un moment donné qu'il fallait arrêter d'utiliser le terme de journaliste pour certains médias, car ce mot renvoie à la dignité d'un métier et à une éthique qui n'est plus de mise.
Fin mai, un gouvernement d'union nationale palestinienne est formé à la suite de l'échec de négociations imputable aux Israéliens. Ce gouvernement intègre le Hamas avec l'objectif avoué de réintégrer Gaza. Toute l'opération menée depuis 10 ans sur Gaza consiste en effet à dissocier Gaza de la Cisjordanie pour achever l'explosion et l'émiettement du territoire palestinien. Pour toutes les factions politiques palestiniennes, l'idée est donc de réintégrer Gaza dans le collectif et la terre palestiniens, et de cesser de l'exclure.
Ce gouvernement d'union nationale reçoit le soutien, au moins formel, des États-Unis et de l'Union européenne. Là-dessus, Netanyahou déclare qu'il n'en est pas question et qu'ils vont attaquer le Hamas. 12 jours exactement plus tard, trois colons sont kidnappés. Le Hamas ne revendique pas l'acte et indique même qu'il n'en est pas responsable.
J'étais en Israël et en Palestine tout le mois de juin et j'ai suivi la presse israélienne. Immédiatement, Netanyahou décide que le Hamas est coupable. Au bout de 3 jours de recherche, alors qu'on sait aujourd'hui, grâce au travail de journalistes américains, que le gouvernement savait déjà que les trois colons avaient été tués tout en le cachant au public, les ministres déclarent dans la presse israélienne : « La recherche des jeunes gens est passée au second plan. Notre priorité est d'éradiquer tout ce qui est vert en Cisjordanie. » Tout ce qui est vert correspond au Hamas, et c'est la chasse au Hamas.
La deuxième phase de l'opération intervient au moment où ils décident de trouver les corps. La veille de mon retour en France, j'étais devant la télévision israélienne et j'ai entendu les annonces d'une véritable chasse aux Palestiniens. Tous les ministres et tous les experts militaires ont défilé pour dire : « Nous allons nous venger, nous allons étudier les différentes manières de nous venger. » Dans tous les cas de figure, l'attaque sur Gaza était évoquée : « Nous choisirons notre timing, mais c'est évident que nous allons attaquer Gaza. »
Une menace d'épuration ethnique
Michèle SibonyIl s'agit donc de casser l'union nationale, de casser le Hamas, d'affaiblir aussi l'Autorité palestinienne, quoi qu'on puisse en penser, et au fond de mettre les gens à genoux.
Quand on parle de Gaza, qu'attend-on de cette population d'un million et demi de personnes ? Ce matin, j'entendais sur France Inter que l'armée israélienne a demandé à 100 000 personnes d'évacuer dans Gaza...
Youssef BoussoumahOui.
Michèle Sibony...avant les bombardements. Où veulent-ils qu'ils évacuent ? Veulent-ils les jeter à la mer ?
Youssef BoussoumahHum.
Michèle SibonyVeulent-ils qu'un million et demi de personnes se noient dans la Méditerranée, ou qu'ils se rendent tous les bras en l'air ? Il y a un danger d'épuration ethnique, d'une violence sans limite, et la responsabilité du monde entier est en cause.
Nous assistons à un crime relayé, autorisé et validé de haut en bas par ce qu'on appelle la communauté internationale, comme les États-Unis ou l'Union européenne. Les réactions sont très en deçà de ce qu'il faudrait pour arrêter cela. Je ne compte plus les décennies que cela dure, mais la dernière décennie a été particulièrement criminelle. Les Palestiniens ont besoin d'un soutien et d'une protection immédiats.
Saïd BranineTu souhaites ajouter quelque chose, Youssef ?
Youssef BoussoumahOui, bien sûr. Je souscris tout à fait à ce que Michèle vient de dire sur le timing. Dans l'analyse du gouvernement israélien, c'était le bon moment, car Gaza et les Palestiniens semblaient complètement isolés. Tous les pays arabes de la région sont aux prises avec des difficultés connues, comme des guerres civiles. Au même moment, l'Égypte du maréchal Sissi bouche de façon hermétique les seules ouvertures de Gaza sur l'extérieur, avec la destruction de ces tunnels par l'armée égyptienne.
Ils se sont donc dit que le moment était venu de porter le coup de grâce, comme dans une corrida, face à des Palestiniens isolés, pour en finir avec cette résistance incroyable qui dure depuis trop longtemps. Il y a beaucoup d'éléments extrêmement troubles dans ce timing intérieur israélien et dans la façon dont cette affaire a été menée.
On oublie également que la presse française, peu réputée pour son courage et son esprit d'investigation comparée à une certaine presse anglo-saxonne, fait dater les incidents par tous ses journalistes depuis l'enlèvement des trois jeunes colons.
Michèle SibonyBen voyons.
Youssef BoussoumahMais on oublie de dire que le 15 mai dernier, deux jeunes Palestiniens ont été abattus de sang-froid. Là encore, la technique vient au secours de la vérité : cela a été filmé par des caméras de vidéosurveillance. Deux jeunes Palestiniens qui passaient dans la rue ont été abattus de sang-froid ; ils avaient 16 et 17 ans.
Michèle SibonyAbsolument.
Youssef BoussoumahPersonne n'en dit un mot.
Michèle SibonyHeureusement qu'il y a les réseaux sociaux pour être informés. Si on ne consulte pas Facebook et les réseaux sociaux, on ne comprend pas ce qui se passe et on ne le sait même pas. Or, ce qui n'est pas dit n'existe pas dans la presse.
Youssef BoussoumahAbsolument.
Michèle SibonyJ'ai envie de renvoyer au livre de Jean Stern paru à La Fabrique sur les médias français, Jean Stern étant membre de l'UJFP. Depuis très longtemps, les médias français n'appartiennent plus à la population française, pour rester pudique dans mon expression.
La mobilisation populaire et la position française
Saïd BranineNous allons conclure ce débat. Un mot de conclusion, Youssef, avant l'intervention de Michèle Sibony ?
Youssef BoussoumahBah, la conclusion est qu'il faut redoubler de solidarité. D'abord, il faut féliciter cette nouvelle génération qui brandit haut le flambeau de la solidarité avec la Palestine. C'est extrêmement beau : on aurait pu penser qu'avec le temps, les choses allaient s'émousser, mais on constate un renouveau d'une solidarité extraordinaire qui enthousiasme les vieux routiers de la politique que nous sommes. Les Palestiniens qui ont vu ces images grâce aux chaînes satellitaires en ont été véritablement ravis et complètement enthousiasmés. Cela remonte le moral.
Michèle SibonyIls ont besoin de ça.
Youssef BoussoumahC'est extraordinaire, d'autant que ces manifestations ont eu lieu dans le monde entier. C'est un point très positif qui prouve qu'on a beau frapper la Palestine, elle compte énormément d'amis à travers le monde, jusqu'au peuple mapuche qui manifestait sa solidarité au Chili.
Concernant la France, le gouvernement socialiste s'inscrit dans la plus pure tradition coloniale de la IVe République. Actuellement, ben il apparaît comme l'un des plus grands soutiens de cette opération israélienne, ce qui est extrêmement grave. D'une part, il apporte un soutien redoublé au gouvernement israélien, dans la filiation politique de la SFIO, de Guy Mollet et de la guerre d'Algérie ; d'autre part, on le voit très bien avec cette interdiction qui pèse sur la manifestation et qui va sans doute intervenir, il veut museler toute une population. Quel mépris opposé à cette demande de vérité et de justice ! Je suis absolument convaincu que cela aura les conséquences les plus graves.
Michèle SibonyNon seulement je suis d'accord avec ce que vient de dire Youssef, mais je vais juste ajouter un mot. En pratiquant l'interdiction des manifestations qu'elle a l'intention de mettre en œuvre, la France va se trouver dans une situation absolument unique au monde.
Il n'est pas unique au monde que les gouvernements occidentaux soutiennent Israël contre leur population. Il n'est pas unique au monde que ce soient les sociétés civiles de l'Occident qui descendent dans la rue défendre la Palestine, exprimer leur solidarité et interpeller leurs médias. Il faut voir en Angleterre les manifestations devant la BBC pour dire : « Vous ne nous montrez pas la réalité. » C'est partout pareil. En revanche, ce qui est unique au monde aujourd'hui, c'est la volonté d'interdire les manifestations.
J'ai envie d'adresser un message à tous les camarades qui étaient avec nous dans la manifestation de samedi. Peut-être qu'on ne pourra pas manifester samedi prochain, peut-être qu'ils vont nous l'interdire, mais la résistance consiste à continuer de parler de Gaza, continuer à se construire politiquement pour résister là-bas et résister ici contre l'oppression. D'une certaine manière, ce qui est en train de se produire dans le monde autour de l'opération contre Gaza relève d'une convergence idéologique lourde qui pèse sur nous tous, et d'abord sur les Gazaouis, principales victimes sous les bombes. Ils méritent à ce titre notre solidarité et ils nous donnent l'exemple : ils résistent dans la pire des situations. À nous de résister avec eux.
Saïd BranineMerci, Youssef. Merci, Michèle. À très bientôt pour un autre numéro de L'Esprit d'Actu.