Bonjour Razzy Hammadi.
Razzy Hammadi : Bonjour.
Vous êtes candidat du Parti socialiste aux législatives de 2012 dans la septième circonscription de la Seine-Saint-Denis qui comprend notamment les villes de Montreuil et de Bagnolet. Vous êtes également secrétaire national du Parti socialiste aux services publics depuis novembre 2008. Vous affirmez dans la rubrique parcours de votre site de campagne qu'après l'obtention de votre bac S, vous passez une année d'étude en Tunisie et c'est là que vous vous engagez politiquement.
Razzy Hammadi : Tout à fait. En 97, mon bac scientifique en poche et après le décès de mon papa, nous prenons en effet la décision du retour, ce fameux mythe du retour qu'il convient d'analyser plus longuement et sur lequel j'espère nous pourrons peut-être revenir mais que je développe dans l'un de mes ouvrages, Gauche, génération 2012. Durant cette année-là, je m'engage politiquement notamment avec l'Union générale des étudiants tunisiens et je participe à la construction du Forum démocratique de Mustapha Ben Jaafar, l'alter ego du Parti socialiste qui aujourd'hui préside la constituante tunisienne. Au bout d'un an, et bien je me rends compte, et durant cette année surtout, que plus que tout je suis Français, que j'aime la France et parce que et bien les valeurs de la démocratie, de la laïcité, de la liberté d'expression me manquent, je me rends compte à quel point je suis attaché à elle et à quel point elles font partie de mon identité. Et de commun accord, et bien je retourne en France et avec ma famille nous prenons la décision de dire : « C'est ici que se construit notre vie et c'est ici qu'elle doit se faire. »
Alors vous postulez à un poste de député, est-ce qu'en fin de compte on ne va pas élire des députés PS godillots dans une Assemblée nationale qui est devenue une simple chambre d'enregistrement ?
Razzy Hammadi : Je ne le crois pas. Tout mon parcours, et pour ce qui me concerne, indique à quel point la liberté de pensée, l'autonomie, l'indépendance que j'ai toujours recherchée d'ailleurs, y compris financièrement en ne vivant pas de la politique, a été une marque de fabrique de mon militantisme. Je me suis opposé au traité constitutionnel lorsqu'il a voulu, lorsqu'il s'est agi de dire des choses sur l'encadrement militaire, les 35 heures, la remise en cause de la carte scolaire. J'ai dit ce que je pensais et il y a des sujets sur lesquels, y compris dans la période récente, et je sais que ce sont des sujets qui peuvent vous intéresser, sur lesquels j'ai exprimé aussi ce que j'avais à dire. Que ça soit sur la proposition de loi concernant les nounous voilées ou bien encore aujourd'hui sur l'accompagnement en sortie scolaire des enfants par des femmes voilées. Bref, c'est le terrain, les gens, les femmes, les hommes qui m'entourent, ce que je lis, ce que je porte, ce que je ressens qui m'amènent à prendre des positions. Ensuite bien évidemment, je suis candidat du Parti socialiste pour soutenir la majorité de François Hollande et pour que le changement réussisse.
Alors 93 % des musulmans selon OpinionWay ont voté pour Hollande. Est-ce que c'est pour les remercier que Hollande a nommé Manuel Valls au ministère de l'Intérieur qui semble plutôt se focaliser sur le prétendu communautarisme musulman ?
Razzy Hammadi : Je ne crois pas que ce soit en ces termes que les choses doivent être posées. D'ailleurs la réalité de ce sondage est, dans sa méthodologie, à vérifier. Je ne pense pas qu'il y ait eu un vote musulman. Je pense qu'il y a eu un vote anti-islamophobie. C'est-à-dire lorsque vous prenez une catégorie, quels que soient les critères d'appartenance entre guillemets, même si 99,9 % des musulmans de ce pays se considèrent avant tout comme Français, et bien si vous les insultez à longueur de journée, il est évident qu'ils vont voter contre vous. Et je pense que c'est ce qui s'est passé avec Nicolas Sarkozy. Concernant Manuel Valls, il est le ministre de l'Intérieur, il a des positions. Je vous rappelle que lorsque Jean-Pierre Chevènement était ministre de l'Intérieur, il avait aussi des positions. Elles n'engageaient pas forcément l'ensemble du gouvernement. Il y a un Premier ministre qui doit trancher, c'est ce que l'on appelle les arbitrages. Il y a aussi un Parti socialiste. Dernièrement par exemple, Manuel Valls s'est exprimé je crois sur l'interdiction de l'accompagnement des enfants en sortie scolaire par des mamans voilées, je suis plutôt, je suis même très clairement en opposition avec cela. Hier j'étais dans des kermesses dans ma ville de Montreuil, dans des fêtes d'école à Bagnolet, il y avait des femmes voilées. C'est quoi l'objectif demain ? C'est de leur interdire cela, y compris de participer aux kermesses ? Stop, ça suffit ! Je pense qu'il y a des principes. La laïcité est un principe important, non négociable. Elle doit être ni fermée, ni ouverte, mais pour la défendre et la partager, il vaut mieux être ouvert que fermé. Je pense que maintenant ça suffit. Voilà, on ne va pas à chaque fois chercher le détail. Oh imaginez qu'on demande aux femmes issues d'Afrique subsaharienne maintenant d'enlever leur boubou lorsqu'elles décident de participer aux activités périscolaires. Tout ceci est ridicule. Il faut revenir à un climat apaisé, respecter les citoyens de ce pays et arrêter de chercher à chaque fois le diable dans le détail parce que là pour le coup, il n'y est pas. Il y a des gens qui sont des citoyens de ce pays et qui aspirent avant toute chose à vivre calmement, sereinement et qui par ailleurs appliquent les lois de la République, y compris lorsqu'ils s'y sont opposés sans aucun problème, notamment lorsqu'il s'est agi du voile à l'école ou d'autres sujets liés à la burqa. Donc maintenant, ça suffit.
Est-ce qu'on n'a pas le sentiment, comme il y a le cas de Christiane Taubira, que la plupart des ministres occupés par des personnalités issues de la diversité sont des ministères de second plan ?
Razzy Hammadi : Déjà je n'aime pas beaucoup le terme diversité. De quoi parle-t-on ? Nous parlons de Français issus de l'immigration maghrébine ou africaine. Disons les choses telles qu'elles sont et appelons un chat un chat. Je suis contre le fait que on détermine les gens en fonction de leurs origines, mais en même temps il faudrait peut-être être aveugle pour ne pas voir que dans cette Assemblée nationale, il n'y a aucune Française, aucun Français issu de cette immigration-là qui constitue l'histoire de la France, qui est une origine commune à plusieurs millions de personnes et donc il y a un problème. Et aujourd'hui ceux qui sont candidats, ceux qui sont ministres : Najat Vallaud-Belkacem, elle est quand même porte-parole de ce gouvernement. Ce n'est pas parce que simplement ils s'appellent Najat, Razzy, Seybah ou je ne sais quoi. C'est parce que aussi ils ont un parcours, une compétence, une légitimité, une dignité dans l'engagement qui fait qu'on ne peut pas les résumer à leurs origines, même si moi j'ai coutume de dire que je suis fier de mes origines, que j'aime les cultiver. Mais en aucun cas je n'apprécie être réduit à ça parce que lorsqu'on écrit des discours, lorsqu'on écrit des communiqués de presse, lorsqu'on mène des combats comme je l'ai fait contre la privatisation de La Poste ou contre le contrat première embauche, et bien nous sommes Français à part entière. Pourquoi dès que nous sommes à la veille de l'élection tout de suite il faut nécessairement, ou il faille nécessairement, rappeler les origines ? Voilà, donc nous avons besoin de diversité, mais aussi d'universalisme.
Alors dernière question sur le plan économique. François Hollande a reçu une double mise en garde de la Commission de Bruxelles et de la Cour des comptes concernant la lutte contre les déficits. Hormis quelques nuances sur le plan social, en quoi sa politique économique sera-t-elle différente de Sarkozy alors que tout comme Sarkozy, il est l'otage des marchés financiers ?
Razzy Hammadi : Elle sera différente sur trois points. Le premier point c'est la justice fiscale qu'il a décidé de mettre au centre de sa campagne, c'est-à-dire une répartition de richesse qui fait que aujourd'hui injustement dans notre pays, plus on est riche moins on paye d'impôt. Et plus on est pauvre, plus on appartient à la classe moyenne et plus on subit les prélèvements. Plusieurs dizaines de taxes créées depuis 2002 sur les médicaments, sur l'hôpital, sur les mutuelles, sur tout un tas de choses qui font la vie quotidienne de millions de Français. Cette baisse des ressources fiscales, elle est à l'origine aussi de l'appauvrissement des services publics, de l'appauvrissement de l'investissement public, de tout ce qui participe d'une croissance partagée, d'une répartition juste. Donc ça, c'est le premier point. Le second point c'est que en termes de différence de politique économique, François Hollande sait que c'est au niveau européen aussi que doit se mener le combat. Nous avons vu qu'il y avait des alliés dans ce combat-là, notamment Barack Obama durant le G8 où l'expression « croissance, investissement public, nécessité de développer les infrastructures modernes » a été rappelée, y compris au prix de l'isolement de madame Merkel. C'est pour ça que François Hollande doit avoir une large majorité le 17 juin pour arriver avec une légitimité renforcée au sommet européen où nous dirons : « Nous n'acceptons pas ce traité d'austérité qui rajoute de l'austérité à l'austérité. » Troisième point enfin et pour finir, c'est que François Hollande a une stratégie. Nicolas Sarkozy n'en avait pas. Il y avait les coups de menton, il y avait les coups d'épaule, il y avait les annonces toutes les 24 heures, mais il n'y avait pas de stratégie. François Hollande a une stratégie fiscale, une stratégie industrielle, une stratégie bancaire : séparation des banques de dépôt, séparation des banques d'investissement, dissocier la spéculation de ce qu'est l'investissement réel, création d'une banque publique d'investissement. Mais aussi, et c'est là je pense l'essentiel, une politique qui vise à rétribuer les entreprises qui investissent et qui créent de l'emploi contrairement à celles qui distribuent des dividendes et délocalisent, stratégie de délocalisation contre laquelle nous sommes opposés, pour laquelle nous avons un certain nombre de propositions mises en œuvre aujourd'hui par Arnaud Montebourg.