Le reportage d'OummaTV sur la Journée internationale contre l'islamophobie qui a eu lieu samedi 13 décembre à l'Université Paris VIII à Saint-Denis.
Oumma TVIslamophobie & DiscriminationsVie Citoyenne & Culte7:43
18 décembre 2014 à 12 h 00
Le reportage d'OummaTV sur la Journée internationale contre l'islamophobie qui a eu lieu samedi 13 décembre à l'Université Paris VIII à Saint-Denis.
Transcription intégrale de la vidéo
Ndella PayeBonjour, salam aleykoum. Je m'appelle Ndella Paye. Je fais partie des personnes qui organisent cette rencontre internationale contre l'islamophobie. Je suis par ailleurs membre du collectif Mamans Toutes Égales, qui lutte contre les discriminations envers les mères d'élèves portant le foulard lors des sorties scolaires.
Nous voulons cet événement international parce que la lutte contre l'islamophobie ne peut plus aujourd'hui se concentrer uniquement en France, tout en essayant également d'élargir la mobilisation au niveau du territoire français.
Denis VienotLe mot islamophobie, avec ce suffixe phobie, met l'accent sur la peur. Ce mot a l'intérêt de montrer que l'on se situe dans le domaine de la peur et de l'angoisse, et l'on ne lutte pas contre la peur et l'angoisse par des raisonnements. Il faut essayer de développer des mécanismes de rencontre dans la société française. Moi, je suis personnellement très partisan de dire que l'on ne se connaît pas assez les uns les autres, et que lorsque l'on se connaît, la peur disparaît forcément.
Laurent LevySi j'ai choisi d'y intervenir, et si le front thématique antiracisme du Front de gauche a choisi d'y intervenir, c'est parce que, d'une manière tout à fait évidente, la question de l'islamophobie est centrale dans la lutte antiraciste. Cela s'explique par l'ampleur qu'elle prend, par la quantité de la population concernée, mais aussi par les difficultés que ce débat peut susciter au sein même de la gauche et des organisations dans lesquelles je milite et auxquelles j'appartiens.
Cet ensemble d'éléments traduit à la fois que des combats ont peut-être évolué sur cette question, mais aussi que beaucoup reste encore à faire. C'est dans ce cadre que je participe aujourd'hui à ce forum.
Houria BouteldjaMoi, je crois qu'il faut insister sur le caractère politique de ce rassemblement, de cette conférence internationale contre l'islamophobie. Moi, je fais partie d'une organisation politique qui s'appelle le Parti des Indigènes de la République, et nous sommes nés notamment à cause ou grâce, je ne sais pas, à la lutte contre l'islamophobie.
Nous envisageons la lutte contre l'islamophobie comme une lutte politique, car le racisme est un phénomène structurel et systémique qui s'envisage à la fois sur le plan national et sur le plan international. D'où le caractère très fédérateur de cette manifestation aujourd'hui : nous rassemblons des organisations musulmanes, des associations de l'immigration, des organisations des droits de l'homme, des organisations antiracistes ainsi que des organisations et partis politiques de gauche.
C'est rare et c'est bien de le souligner, car un tel rassemblement n'était pas du tout envisageable il y a cinq ans. C'est un vrai acquis politique, une vraie avancée. Nous sommes tous là, avec une convergence de points de vue, d'accord sur le fait que l'islamophobie est un racisme, et un racisme d'État.
Pierre StambulIci en France, dans le cadre de la lutte contre tous les racismes, l'UJFP fait partie du Réseau Éducation Sans Frontières, milite à l'intérieur de l'Union nationale pour les sans-papiers, à l'intérieur du FALDI et à l'intérieur de Mamans Toutes Égales. Bien évidemment, la dénonciation de tous les racismes est pour nous fondamentale.
La dénonciation de l'islamophobie est une question de choc. S'y ajoute le fait que nous sommes juifs. Nous savons que la question de l'antisémitisme est terriblement instrumentalisée en France. Il existe un véritable antisémitisme, mais il y a en même temps une instrumentalisation de l'antisémitisme par les forces sionistes et par le gouvernement.
Pour nous, il s'agit de rappeler aujourd'hui que les principales victimes du racisme sont les musulmans, les Noirs, les Arabes et les Roms. Nous sommes intervenus à de nombreuses reprises dans les manifestations pour les Roms, en rappelant que tout ce qui se dit aujourd'hui sur les Roms s'est dit de la même façon sur les Juifs dans les années 30. Nous avons la légitimité de nous exprimer là-dessus et de rappeler aussi que cette question est totalement liée aujourd'hui à la lutte anticoloniale que les Palestiniens mènent au Proche-Orient.
René MonzatLe Front national a cherché, de façon délibérée, quel bouc émissaire il pourrait mettre en avant dans la société française. Il a commencé par parler de l'immigration liée au chômage, puis il a accompagné un mouvement général dans la société pour passer d'un pur racisme anti-arabe contre les travailleurs immigrés à quelque chose de plus large et de plus géopolitique, qui vise les mêmes, mais pas seulement, sous le terme de musulman.
Il s'agit d'un dessein stratégique. Dans leur conception, la politique est l'art de désigner l'ami et l'ennemi. Pour faire de la politique selon leur vision, il faut un ennemi. Le musulman et l'islam, envisagés en tant que système et entité éternelle, remontent au VIIIe siècle par rapport à l'Europe. C'est donc un acteur perçu comme puissant, présent dans tous les pays, qui peut jouer à la fois le rôle de l'ennemi intérieur et de l'ennemi extérieur. C'est, pour eux, particulièrement utile.
Saïd BouamamaJe suis présent ici parce que depuis une dizaine d'années, depuis le vote de la loi sur le foulard, on a autorisé le développement d'une nouvelle forme de racisme qui est l'islamophobie. Cette forme de racisme n'est pas seulement un débat théorique ; elle a des conséquences très concrètes. Elle se traduit par des agressions et par une méfiance vis-à-vis du voisin musulman, qu'il le soit réellement ou de manière supposée. Avec l'autorisation de l'État, on a construit une autorisation de passage à l'acte. Ma grande crainte est que les musulmans deviennent, dans cette France en crise, ce qu'ont été les Juifs à une autre période de l'histoire de l'humanité.
La laïcité est un mot polysémique dans ce pays. C'est un mot qui a été instrumentalisé, galvaudé et réduit. Aujourd'hui, des personnes qui étaient autrefois antilaïques se revendiquent de la laïcité uniquement pour justifier leur discours antimusulman.
Par conséquent, il faut défendre la laïcité en revenant à son sens véritable. La laïcité désigne un ensemble de règles qui nous permettent de vivre à égalité sur un même territoire et qui garantissent à chacun le droit à sa foi. Autrement dit, une laïcité qui se transforme en lutte contre une religion constitue l'inverse de ce qu'ont voulu ses promoteurs initiaux.
Ismahane ChouderLes actions à mener consistent à travailler à l'établissement de convergences et de solidarités, afin de sortir enfin de cette assignation et de cette injonction perpétuelle faites aux musulmans de justifier qu'ils sont bien d'ici, que leurs valeurs sont compatibles, et de produire de manière récurrente un certificat de bonne citoyenneté et de bonne intégration.
L'enjeu de cette journée, qui est tout de même la deuxième, est précisément d'élargir le front des organisations porteuses et participantes pour s'inscrire dans une dynamique internationale luttant contre l'islamophobie en tant que racisme avéré et institutionnalisé.
JournalisteLe deux poids, deux mesures ?
Ismahane ChouderAbsolument, deux poids, deux mesures. C'est pour cela qu'en ces termes, les citoyens français de confession musulmane ont trois niveaux de revendication : une demande de justice, une demande de sécurité et une demande de préservation de leurs droits fondamentaux les plus essentiels.
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