Aux origines du projet en Irak
L'idée m'en est venue en Irak, où je me rendais régulièrement ces 30 dernières années. Elle m'est venue en achetant des livres dans le plus grand marché du livre d'occasion du Proche-Orient, le marché de la rue Al-Mutanabbi à Bagdad.
Dans ces livres d'histoire consacrés principalement à la Mésopotamie, j'ai découvert la part prise par un certain nombre d'agents secrets britanniques dans la conquête de cette région. Au départ, je m'intéressais surtout à l'Irak, mais je me suis vite aperçu que, pour traiter véritablement cette question, il fallait étendre le sujet à l'ensemble du Proche-Orient et du monde arabe, et pousser jusqu'à l'Iran et au Caucase. Le pétrole, c'est aussi Bakou et les actions menées par les Occidentaux au XIXe siècle dans cette région, des actions qui reprennent aujourd'hui depuis la chute de l'Union soviétique.
Les Britanniques ont déployé des espions et des agents dans toute cette région, ce qui leur a permis d'être en position de force lors de la découverte du pétrole dans le sud de la Perse, en Arabistan, du côté d'Abadan. Ils y ont installé leur société et une raffinerie. Après quoi, Winston Churchill, Premier ministre à l'époque, a décidé de faire du pétrole le carburant de la Navy, la marine de guerre britannique, alors que tout fonctionnait jusque-là au charbon.
L'aveuglement français face à l'or noir
À partir de cet instant, le monde a totalement changé. Le pétrole est devenu un produit hautement stratégique pour l'ensemble des pays, mais pas pour la France où, curieusement, on ne s'y intéressait pas. Les gouvernements français d'alors ne pensaient pas que le pétrole pût servir à renforcer la puissance de leur pays.
Par exemple, dans les accords Sykes-Picot signés pendant la Première Guerre mondiale, la région de Mossoul avait été secrètement dévolue à la France. Les Français l'ont finalement laissée aux Britanniques. Or, de Mossoul à Kirkouk se trouvent encore aujourd'hui, avec la région de Bassorah, les plus grandes réserves de pétrole d'Irak.
À la fin du XXe siècle, du XIXe siècle, le sultan ottoman Abdülhamid avait même offert la concession de toute cette région à un Français, le précepteur de ses fils nommé Baril. Ce monsieur s'est rendu en France auprès de banquiers et du Quai d'Orsay pour expliquer l'importance du pétrole et la nécessité pour la France de jouer sa carte, alors que les Allemands et les Anglais s'y intéressaient. Il a trouvé porte close partout.
La rivalité entre Lawrence et Philby
Les Anglais avaient envoyé deux espions en Arabie. L'un est très célèbre, T. E. Lawrence, Lawrence d'Arabie ; l'autre s'appelait St John Philby. Chacun jouait un jeu différent : Lawrence jouait la carte du chérif de La Mecque, et Philby celle d'Ibn Séoud.
Finalement, c'est Philby, et surtout Ibn Séoud, qui l'a emporté. Les guerriers du Nedjd semblaient plus forts, plus puissants et plus convaincus de leur droit que l'entourage plus ou moins corrompu du chérif de La Mecque, qui oscillait entre les Turcs et les Anglais en changeant constamment de position.
Philby l'a emporté au-delà de ce qu'imaginaient les Anglais. Cet aventurier au profil singulier a convaincu le roi Ibn Séoud de ne plus traiter avec les Britanniques, qu'il qualifiait d'hypocrites. Converti à l'islam, Philby a fait venir les Américains en organisant la visite de hauts représentants, afin qu'Ibn Séoud signe avec eux les accords fondateurs de l'Aramco, qui lient encore aujourd'hui l'Arabie saoudite et les États-Unis.
La Palestine et les convoitises pétrolières
Mon livre, Les Espions de l'or noir, aborde aussi la question palestinienne. Derrière la création d'un État juif en Palestine, avec lord Balfour et sa déclaration, il n'y avait pas seulement la volonté de mouvements sionistes, religieux ou nationalistes. Existait aussi l'idée qu'il y avait peut-être du pétrole en Palestine : pour qui lit littéralement l'Ancien Testament, il est suggéré de manière poétique et imagée qu'il y en aurait le long du mont Carmel. Cette perspective n'était pas étrangère à l'aide apportée par les Rothschild au mouvement sioniste.
Je raconte l'installation des premiers colons sionistes en Palestine et la mise en place rapide de trois organisations terroristes : la Haganah avec Ben Gourion, l'Irgoun avec Jabotinsky puis Menahem Begin, et un groupe moins connu, le groupe Stern. Cette organisation particulièrement violente, responsable de l'assassinat de nombreux Britanniques et Palestiniens, avait choisi de s'allier à Adolf Hitler. Elle a envoyé des représentants auprès du Reich allemand à Beyrouth afin de proposer ses services pour devenir une sorte de Gauleiter à la tête d'un État juif pro-allemand.
Hitler n'a jamais répondu à ces propositions, dont on ignore si elles sont parvenues jusqu'à lui, même si les documents figurent bien dans les archives du ministère allemand des Affaires étrangères. À cette époque marquée par les camps et le début de l'extermination, il avait sans doute d'autres priorités. Durant les années 30, le mouvement sioniste négociait aussi bien avec les Allemands qu'avec les Polonais, tout aussi antisémites, pour favoriser la colonisation de la Palestine en leur faisant miroiter qu'elle formerait une place forte de l'Occident, sous influence allemande ou anglaise. La France, elle, ne comptait guère dans cette affaire.
Vers un second volume
Si ce livre, Les Espions de l'or noir, rencontre le succès espéré, il aura une suite. Ce second volet couvrira la période ouverte par la Seconde Guerre mondiale, un tout autre monde. Il s'intéressera aux nouvelles puissances et organisations de l'après-guerre : les États-Unis avec la CIA et ses renversements de régimes, ainsi que le Mossad et l'ensemble des opérations qu'il a menées et mène encore dans les pays arabes.