Mustapha Chérif : Le dialogue est le maître mot.
Que faire face à la complexité du monde, la difficulté de notre époque,
les agressions de toute nature ? La responsabilité collective.
Nous sommes tous pris dans la même vague, dans le même mouvement du monde.
Dialoguer est une nécessité, ce n'est ni un luxe, ni simplement le plaisir de s'interroger mutuellement.
C'est le vaste qui commande.
On dit en terme populaire, en Algérie par exemple, qu'une seule main n'applaudit pas.
Il s'agit vraiment de dialoguer pour essayer d'avoir les réponses adéquates
à comment apprendre à vivre aujourd'hui dans un monde où
nous sommes tous embarqués.
Dialoguer,
un maître mot de la foi aussi : « Wa jadilhum billati hiya ahsan ».
Dialogue avec eux de la meilleure façon.
Non pas seulement de la bonne façon, mais de la meilleure façon.
C'est un impératif, une recommandation,
un ordre
lié à ce qui croit
que la vie dernière est meilleure
que la vie ici-bas.
Il s'agit donc, en même temps, de savoir que « La tansa nasibaka mina ad-dunya », n'oublie pas ta part en ce bas monde, et cette part ne peut se réaliser que si elle se réalise de la manière la plus juste.
Telle est ainsi la nécessité du dialogue : nécessité de vie, nécessité de foi, nécessité historique liée à l'époque.
En même temps,
l'islam, c'est une des données de notre monde les plus méconnues. L'islam se méconnaît.
Nous avons une part de responsabilité, nous musulmans, quant à la déformation, quant à la désinformation, quant aux préjugés portés par l'autre sur nous.
Notre part de responsabilité, c'est notre silence, notre mutisme ou nos actes qui ne sont pas conformes à ce qui est requis.
Dialoguer pour essayer de faire comprendre à l'autre
que le point d'arrivée est plus important que le point de départ, c'est-à-dire ce qu'il pense de moi à partir de ce qu'il croit n'est jamais vraiment juste et conforme.
Alors, penser, connaître, découvrir l'autre à partir du point d'arrivée.
Moi pour lui, lui pour moi,
et pour comprendre que les préjugés, la méconnaissance, l'ignorance sont, et les pédagogues et les analystes et les penseurs le savent, une des plus grandes sources
des conflits,
des antagonismes
et des divergences.
Donc, faire connaître à l'autre ce que je crois être vrai
sans prétendre
au monopole et à l'exclusivité de la vérité.
Évidemment, si je suis musulman, c'est parce que je crois que ma vérité est parfaite,
mais je n'ai pas à refuser la part de vérité qu'il y a en l'autre,
comme il n'a pas à refuser la part de vérité qui est en moi.
Nul n'a le monopole et l'exclusivité de la vérité, mais en même temps, qu'est-ce qui fait que je chemine aujourd'hui de manière particulière dans cette direction et pas dans une autre ?
J'en explique à la fois les tenants et les aboutissants, les références,
les critères, les objectifs, l'horizon dans lequel je veux vivre.
Et en sachant aussi que Dieu a dit : s'il avait voulu, il aurait fait de nous une seule communauté, mais il a voulu nous éprouver par le don de la différence.
« Al-ikhtilaf rahma », a dit le Prophète.
La différence peut être une miséricorde.
Alors, puisque nul n'a le monopole de la vérité ou l'exclusivité, même si chacun croit détenir la part parfaite,
il est impératif
de dialoguer et de vivre ensemble, pour apprendre à vivre ensemble en vérité et en justice.
Chacun a un angle de vue spécifique.
Il faudrait que nous confrontions, nous comparions, de manière pacifique, paisible, humaine,
la manière dont on conçoit, comment accéder à la paix.
Et nous autres musulmans, nous savons que nous sommes assoiffés de justice et nous disons dans le dialogue :
la paix,
il y a la justice.
Et la justice elle-même liée à la miséricorde.
Demander pardon, s'ouvrir à l'autre, accueillir l'autre, l'hospitalité sans conditions, c'est un des éléments essentiels de la vie.
Donc, tant sur le plan de la foi que sur le plan de l'expérience de la vie elle-même, simple parmi les gens de tous les jours,
dialoguer
est une nécessité de la vie.
Car il s'agit d'accepter l'autre,
pas simplement pour le tolérer,
mais parce que j'ai besoin de l'autre.
Le dialogue interreligieux, le dialogue des cultures, le dialogue des civilisations, le dialogue entre voisins, « El jar qabl ad-dar », le voisin avant la maison, dit la sagesse populaire.
Il n'y a pas d'autre donnée,
il n'y a pas d'autre voie, il n'y a pas d'autre solution que le dialogue.
Le début de la plus grande sourate du Coran, Al-Baqara, après « Bismillah ar-Rahman ar-Rahim », nous dit bien :
« Alladhina yu'minuna bil-ghayb », ceux qui croient au mystère.
Il ne s'agit pas donc d'une prétention d'avoir toute la certitude.
La foi est une certitude,
une conviction profonde, inébranlable.
Mais il s'agit de savoir que l'invisible, l'au-delà du monde,
en partie nous échappe à tous. Dieu nous a donné « illa qalil » lié au savoir.
La sagesse dit bien : ce que je sais, c'est que je ne sais pas. Mais dans cette dimension de l'humilité, c'est le début de
une vérité
que tout est relatif sauf l'absolu : Dieu.
Alors moi et l'autre,
l'autre être humain,
l'autre croyant dans sa dimension monothéiste, abrahamique,
ou tous ceux qui recherchent le sens spirituel,
nous avons à dialoguer ensemble
pour aller vers l'autre, traverser, percer cette muraille de la différence.
Dialoguer est le début et la fin de toute expérience humaine.
Nous autres croyants,
dans la prière, nous cherchons à communiquer, à dialoguer avec Dieu, le Créateur, le Miséricordieux.
Et dans la vie de tous les jours, il s'agit de dialoguer par la persévérance
avec l'autre. Prêtez attention aux signes de la vie, nous dit le Coran.
Alors on peut présenter un message,
une leçon de la vie,
que si l'on arrive à dialoguer,
parler ensemble
pour apprendre à se connaître et vivre ensemble.
Ce n'est pas simplement une plaidoirie sur quelque chose qui est
un parti pris, non.
Le mouvement de la vie
doit être celui qui va vers l'ouvert.
« Ami, viens dans l'ouvert », dit le poète.
Mais la foi elle-même, c'est d'aller vers l'ouvert puisque Dieu lui-même s'est ouvert à nous par la Révélation.
Qu'est-ce que la Révélation ? C'est l'ouverture de l'Absolu vers les hommes afin qu'ils ne disent pas : « Je ne savais pas ».
Dernier avertissement,
dernière ouverture : le Coran.
Alors si Dieu lui-même s'est ouvert à nous, comment est-ce que je ne m'ouvrirais pas à l'autre ?
M'ouvrir à l'autre,
c'est être fidèle à la parole de Dieu.