Un obscurantisme en miroir
Jean StauneUn grand sujet de société directement lié à la science est celui du climat. Ce qui est tout à fait passionnant, c'est que l'alternative existant dans d'autres domaines que j'avais analysés, comme les créationnistes d'un côté et les matérialistes militants de l'autre, cette espèce d'obscurantisme en miroir de groupes qui désinforment la société chacun de leur côté et s'auto-renforcent, existe exactement de la même façon dans le domaine du climat.
D'un côté, vous avez le Groupement intergouvernemental d'étude du climat, le GIEC. Ce groupe, qui a reçu le prix Nobel de la paix avec Al Gore en 2007, affirme que la planète ne cesse de se réchauffer et qu'on est sûr à 90 % que ce réchauffement est dû aux activités d'origine humaine.
La planète s'est certes réchauffée de façon très importante entre 1975 et 1998. Les dates sont très importantes ici. Depuis 98, on est arrivé à un plateau. Il fait certes très chaud, il a fait plus chaud entre 2000 et 2010 que durant toutes les décennies précédentes. Il est donc vrai de dire que la décennie 2000-2010 est la plus chaude de tous les temps, du moins depuis que l'homme existe. Mais le problème est qu'on est sur un plateau depuis l'année 2000 : la température n'augmente plus.
Le plateau des températures et les incertitudes
C'est très important, car pendant ce temps, les gaz à effet de serre ne cessent pas d'augmenter. Cela ne signifie pas que l'activité humaine n'a pas d'influence : il est possible qu'il y ait une pause pour des raisons encore inconnues et que demain, la courbe d'augmentation reprenne de la même façon qu'entre 75 et 98.
Ce que j'ai découvert et que je montre dans le chapitre 5 de mon ouvrage, c'est que cette fameuse courbe montrant que depuis 12 ans la température n'augmente plus n'a jamais été publiée. Les médias, à l'époque du sommet de Copenhague et depuis, nous ont abreuvés de dossiers, mais cette courbe issue du GIEC, venant du cœur du mouvement réchauffiste et des spécialistes du climat et non de climatosceptiques, montre qu'il n'y a plus de réchauffement depuis 1998. C'est une information cruciale qu'on n'a jamais donnée au public. Le simple fait de ne pas la transmettre montre bien qu'on tente de manipuler certaines choses.
Deuxièmement, les questions touchant à l'origine du réchauffement de 75 à 98 sont encore très floues. Récemment, la vice-présidente du GIEC a publié un article montrant qu'on pouvait très bien expliquer peut-être 30 % de ce réchauffement par la baisse de présence de gouttes d'eau dans la haute atmosphère, un phénomène qui ne serait pas d'origine humaine. On ne le dit pas non plus. Nous sommes encore très peu au courant de certaines choses, il reste beaucoup à découvrir. Peut-être qu'il y a eu un réchauffement dû à l'homme, peut-être pas.
Le refus du débat et le rôle des lobbies
Or, certains militants écologistes affirment qu'on ne peut pas débattre de la question, pas plus que de l'existence de l'océan Atlantique, de la rotondité de la Terre ou du fait que l'homme a deux bras. C'est là qu'est le mensonge. Bien sûr qu'on peut en débattre.
La meilleure preuve en est que lorsque Claude Allègre, Vincent Courtillot et d'autres ont commencé à diffuser en France des idées climatosceptiques en suggérant que ce réchauffement n'était peut-être pas uniquement dû à l'activité humaine, les grands spécialistes français du climat favorables au GIEC ont fini, après moult empoignades, par réclamer à cor et à cri un débat à l'Académie des sciences, que leurs propres partisans jugeaient intolérable.
On retrouve là l'obscurantisme de ceux qui refusent le débat. Mais en face, un autre obscurantisme explique la situation : celui des lobbies au service des grandes industries. Dans mon livre, je démonte à travers des exemples comment ces acteurs ont affirmé successivement que le tabac n'était pas dangereux, puis que le tabagisme passif ne l'était pas, qu'il n'y avait pas de trou dans la couche d'ozone, puis que ce trou n'était pas d'origine humaine. Dans les années 90, au pic du réchauffement, ils ont prétendu qu'il n'y avait pas de réchauffement, avant de dire, une fois celui-ci démontré, qu'il n'était pas d'origine humaine.
La science prise en otage
Les personnes qui, comme Vincent Courtillot ou Claude Allègre en France, disent que le réchauffement climatique n'est pas forcément d'origine humaine se retrouvent coincées. Elles deviennent malgré elles les compagnons de route de milieux auteurs de toute cette litanie de désinformation. Il se peut que le réchauffement ne soit pas d'origine humaine, mais le réchauffement existe, le trou dans la couche d'ozone existait et était dû à l'homme, et le tabac est dangereux. Le problème est que les lobbies industriels soutiennent également que le réchauffement n'est pas d'origine humaine.
On se retrouve donc assimilé à ces acteurs, tandis qu'en face, les voix dominantes dans les médias affirment qu'on ne peut même pas débattre et que contester l'origine humaine revient à servir la grande industrie.
Quand vous dites que l'évolution n'est pas due au hasard, on vous demande aussitôt en quoi vous croyez, estimant qu'on ne peut pas affirmer cela sans être croyant. Quand vous dites que le réchauffement n'est pas d'origine humaine, on vous demande qui vous paie, estimant qu'on ne peut pas tenir ce discours sans être financé par l'industrie. C'est le même schéma : hors de Darwin point de salut, et hors du GIEC, le groupement intergouvernemental d'études sur le climat, point de salut.
C'est la même structure mentale pour l'évolution de la vie et pour le climat. D'un côté se trouve le GIEC, de l'autre les lobbies industriels. Plus ces derniers agissent, plus ils renforcent le GIEC et les lobbies écologistes qui affirment qu'il n'y a aucun doute. Les positions extrêmes s'alimentent mutuellement : nier l'évolution conforte ceux qui soutiennent qu'elle repose uniquement sur le hasard et que Dieu n'existe pas. De la même manière, ceux qui avancent qu'il y a un réchauffement sans qu'il soit nécessairement lié aux seules activités humaines se retrouvent coincés dans ce double obscurantisme que je décris dans mon ouvrage « La science en otage ». Ce sont des mécanismes dont il faut avoir conscience, car des données essentielles pour les citoyens et pour notre vision du monde se trouvent ainsi confisquées.