Une nébuleuse en cercles concentriques
Dans mon second ouvrage qui s'intitule Les hommes d'al-Qaïda, aux éditions Michalon, l'objectif et la problématique étaient de présenter cette nébuleuse. Il faut en effet l'appeler nébuleuse et non pas mouvance ou organisation structurée de manière pyramidale : il s'agit plutôt d'une communauté d'intérêts entre différents courants et différentes références idéologiques que sont un certain nombre d'oulémas.
Aujourd'hui, de façon très schématique, la nébuleuse al-Qaïda pourrait être structurée selon un système de cercles concentriques.
Le premier cercle est celui des idéologues, des références idéologiques pour cette al-Qaïda qui se revendique comme étant le porte-parole du courant salafiste djihadiste. Ces références sont bien entendu les deux principaux cheikhs : Oussama ben Laden et le docteur Ayman al-Zawahiri. On y trouve également un certain nombre de prédicateurs, certains décédés comme le cheikh Abdallah Azzam, d'autres qui ont été des références de prédication en Europe comme le cheikh Abou Qatada al-Filastini, et d'autres références encore en Arabie saoudite.
Les connecteurs et les organisations franchisées
À côté de ce premier cercle, il y a un deuxième cercle, celui des connecteurs, qui font la navette entre les prédicateurs et le terrain du djihad. Ce sont des prédicateurs du djihad chargés à la fois de mobiliser des militants et de servir de référence locale à des djihads plus particuliers. C'est le cas par exemple en Irak avec le personnage jordanien d'Abou Moussab al-Zarqaoui, qui a fait allégeance à al-Qaïda de façon très récente, mais qui mobilise essentiellement pour le djihad en Irak.
On trouve ensuite un troisième cercle, très local, composé d'organisations dites franchisées, ou labellisées selon d'autres chercheurs ayant utilisé le label d'al-Qaïda. Ce sont des cellules implantées de manière très locale, chargées non pas d'obéir à un ordre partant d'en haut, mais d'appliquer des consignes générales d'al-Qaïda.
On a pu voir de telles cellules s'émanciper en Espagne, à l'origine des opérations du 11 mars. D'autres structures locales existent, comme en Irak avec le groupe Ansar al-Sunna. En Tchétchénie, on trouve le groupe des moudjahidines arabes de Tchétchénie, dirigés par des oulémas locaux, souvent des moudjahidines arabes hérités du premier djihad en Afghanistan qui ont fait leurs armes dans ces camps d'entraînement. Ils se sont ensuite déplacés sur des terrains locaux du djihad : Cachemire, Tchétchénie, aujourd'hui l'Irak bien entendu, et d'autres terrains encore comme la Jordanie. De manière locale, ils construisent des cellules opérationnelles. L'Arabie saoudite en est un exemple particulier : des Saoudiens très proches de Ben Laden sont revenus sur le territoire saoudien et ont décidé de passer à l'action en engageant des opérations violentes contre le régime.
Ce troisième cercle rassemble ainsi des labellisés qui ne portent pas forcément le nom d'al-Qaïda mais qui, au nom de cette nébuleuse internationaliste djihadiste, mènent des opérations et sont chargés de les mettre en place.
Le nouveau phénomène du retour d'Irak
Ce qu'on a connu avec l'Afghanistan, ce retour des moudjahidines d'Afghanistan qui ont été à l'origine des différents foyers djihadistes à travers le monde arabo-musulman, connaît aujourd'hui un deuxième phénomène. Lié à la conjoncture de la région, il commence à être perceptible au Koweït, en Arabie saoudite, dans le Golfe et notamment au Yémen : c'est le retour des Irakiens, ce qu'on appelle les Arabes irakiens.
Il s'agit de personnes parties faire le djihad en Irak et revenues sur leur territoire. Comme lors du premier djihad en Afghanistan, elles vont peut-être se constituer en groupuscules ou en organisations pour passer à l'action sur leur terrain d'origine.