Saïd BranineBonjour et bienvenue dans L'Esprit de l'actu. Je reçois aujourd'hui Bassam Tahhan. Bonjour Bassam Tahhan.
Bassam TahhanBonjour.
Saïd BranineAlors, vous êtes porte-parole du collectif pour la Syrie, vous êtes franco-syrien, mais également le titulaire de la chaire supérieure arabe au lycée Henri-IV. Alors, pouvez-vous commencer par nous parler de ce collectif pour la Syrie ?
Bassam TahhanAlors, en gros, le collectif pour la Syrie, c'est un collectif qui refuse de recevoir des fonds du Qatar, de l'Arabie saoudite, des de la CIA et de tout autre service secret.
Saïd BranineTotalement indépendant.
Bassam TahhanVoilà. Non.
Saïd BranineMais pourquoi pourquoi vous pourquoi vous faites cette précision ? Vous pensez à qui ?
Bassam TahhanMais parce que parce que les les collectifs ou les les associations pour l'Asie, ils poussent comme des champignons, mais elles sont arrosées d'humidité américaine parfois avec des sociétés écrans, n'est-ce pas ? Et comme par hasard, chaque fois qu'il y a un colloque pour les amis de la Syrie, ce sont ceux-là qui sont conviés et pas ceux qui justement ont un casier judiciaire vierge, si je puis dire. Voyez-vous ? C'est pour cela, j'insiste : nous, on est indépendant dans notre décision enfin, indépendant dans notre pensée. Nous, nous cherchons une passation pacifique du pouvoir. Il faut que cette guerre meurtrière s'arrête. Pourquoi ? Parce qu'en fait il n'y a pas de complot, c'est pas vrai. C'est je suis pas pour les les théories complotistes, comme on dit.
Saïd BranineJustement, on va revenir un petit peu sur la genèse de ce conflit. J'aimerais que qu'on aborde qu'on revienne un petit peu, donc, sur les origines de la crise syrienne. Alors, comment est-on passé d'une contestation populaire du régime syrien à une rébellion armée ?
Bassam TahhanAlors, si vous voulez, bien avant ces événements, le ce qu'on a appelé le Printemps arabe, la Syrie a défié les Américains et un peu l'Occident de par ses liens avec le Hezbollah. Tout le monde sait que sans l'aide syrienne, le Hezbollah n'aurait pas pu tenir contre Israël parce que le Hezbollah a bien tenu contre Israël n'en déplaise à certains analystes qui disent que non. Non, le Hezbollah a tenu un mois. Elle est alliée également avec des tendances palestiniennes radicales, disons-le, avec l'Iran, avec des groupes antiaméricains de l'Irak, avec toute une partie du monde arabe des peuples arabes, parce qu'il faut faire un distinguo. On ne peut pas continuer à dire que ces gouvernements arabes représentent leur peuple, c'est ridicule. Je ne comprends pas comment les peuples arabes vont permettre que la Syrie, qui s'est toujours battue pour la Palestine, même si elle a perdu les guerres, les hommes, comment ces peuples arabes vont vouloir qu'elle soit écrasée, détruite, anéantie par des interventions étrangères. Voyez-vous ?
Saïd BranineDonc, pour vous, on veut faire payer à la Syrie un certain nombre de positions sur notamment la question palestinienne, ses liens avec l'Iran.
Bassam TahhanC'est sûr. C'est sûr, parce que on veut une paix au rabais avec les Syriens. Voyez-vous ? Si la Syrie garde cette armée qui est assez respectable, c'est un problème pour la diplomatie internationale, c'est un problème pour Israël. C'est un problème aussi pour le dossier nucléaire iranien. Les Syriens soutiennent les Iraniens. Vous savez, les premiers missiles qui ont été démontés en Iran, c'étaient des missiles de l'Union soviétique que le père Assad, Hafez el-Assad, avait donnés à l'Iran, parce qu'il avait compris, en Bismarck du Proche-Orient, que les prochaines guerres seraient des guerres de missiles. C'est ce qui explique aussi la puissance de feu que peut avoir la Syrie dans un conflit. C'est ce Ce sont les missiles, parce qu'aujourd'hui, on fabrique même des missiles en Syrie, voyez-vous ? Et ça change la donne. Donc, on veut une paix avec la Syrie au rabais, avec le Liban et avec les Palestiniens. Qui c'est l'empêcheur de tourner en rond là-dedans ? C'est la Syrie. Elle tient Elle Elle appuie le Liban, elle appuie les Palestiniens, elle revendique toujours le Golan et elle ne veut pas signer une paix au rabais.
Saïd BranineAlors justement, qui sont ces groupes armés ? Qui est l'ASL, exactement ?
Bassam TahhanAlors, l'ASL dont vous parlez, si vous voulez, au début, c'est vrai qu'il y a eu un printemps sincère que moi j'ai soutenu tant que c'est pacifique. Pourquoi pas ? Il y a des aspirations. D'ailleurs, le gouvernement a dit que : « Oui, venez, on négocie. » Mais il faut rectifier les choses : dès les premiers jours, à Deraa, c'est c'est de là qu'est partie la flamme, il y a eu des établissements publics qui ont été brûlés par les manifestants. Donc, dire que ça a toujours été pacifique dès le départ, c'est pas vrai.
Saïd BranineMais qui mais qui étaient ces manifestants ?
Bassam TahhanAlors, si vous écoutez Libé, ils ont fait une interview avec un cheikh islamiste radical qui a dit que c'était lui à l'origine de la les événements de Deraa. Alors, si si Alors, sûrement, c'est qu'il y a eu des prêches un peu poussant la population sunnite à une guerre confessionnelle dès le départ. Je suis désolé, parce que quand l'Arabie saoudite s'investit, l'Arabie saoudite, n'oubliez pas, pour pour elle, dans son dogme, les les alaouites de Syrie sont des mécréants. C'est stupide parce que moi je vois, vous voyez, l'islam est une religion de tolérance. Chacun D'ailleurs, il devrait même pas y avoir de clergé. Ce qu'il y a de beau dans l'islam, honnêtement, c'est que la relation est entre l'individu et son Créateur sans intermédiaire aucun. Donc, moi j'ai toujours critiqué les clergés dans ce monde arabe. Parce que les clergés, c'est quoi finalement ? C'est un instrument du pouvoir pour dompter et réprimer le peuple au nom de la religion.
Saïd BranineDonc pour vous, on est on est passé, pour vous, d'une contestation populaire à une lutte entre sunnites et chiites qui serait notamment, initialement alimentée par l'Arabie saoudite.
Bassam TahhanL'Arabie saoudite, le Qatar. Alors évidemment, il y a des aussi des des C'est plus complexe que ça. Pour moi, c'est une croisade aussi. C'est une croisade de l'Occident, la croisade que Bush
Saïd BranineC'est-à-dire, une croisade ? Et qui est à la tête de cette...
Bassam Tahhann'a pas pu mener après le 11-Septembre. Aujourd'hui, c'est Obama, le pacifiste, c'est l'ironie de l'histoire, Obama qui s'appelle Hussein aussi, c'est c'est énorme. C'est-à-dire mettez-vous à la place d'un musulman ou d'un Arabe ou d'un tiers-mondiste quand il entend que quelqu'un qui s'appelle honnêtement Hussein qui mène une croisade contre un pays parce qu'il n'a pas signé la paix, un pays qui le défie en ne voulant pas s'aligner sur ses positions américaines, c'est honteux quand même. Pourquoi c'est une croisade ? Pourquoi cette ce parallèle ? Permettez-moi, parce qu'à la télé À la télé, chez Taddeï, on m'a pas permis. Il y a des gens qui ont le droit de faire des parallèles, mais pas d'autres. Moi, j'ai pas eu le droit de faire le parallèle.
Saïd BranineMais allez-y, je vous en prie.
Bassam TahhanAllez-y. Je vous en prie.
Les croisés, quand ils ont pris Jérusalem, qui étaient les premiers massacrés ? C'étaient les chrétiens et les juifs au nom de la croisade. Vous voyez ? Aujourd'hui, ce qui risque de se passer avec toutes ces interventions étrangères, ce sont toutes ces minorités, mais comprenons-nous, entends comprenez-moi bien : les musulmans sunnites modérés aujourd'hui dans le monde arabe vont devenir une minorité et c'est c'est cette minorité qui est en danger vu la montée de cet intégrisme fou. Mais c'est pas l'islam, je suis désolé.
Saïd BranineUn intégrisme financé, selon vous, par le Qatar et l'Arabie saoudite.
Bassam TahhanPar le Qatar et l'Arabie saoudite. L'Arabie saoudite depuis longtemps a a financé des des Frères musulmans ou d'autres salafistes, on l'a vu. Alors, vous voyez aussi pourquoi le monde musulman ne peut pas croire en l'Occident. Parce que cet Occident aux valeurs chrétiennes, zaama, entre guillemets, a perdu sa crédibilité. Comment un beau jour, on doit aider les moudjahidines en Afghanistan contre l'Union soviétique et le lendemain, ces mêmes moudjahidines deviennent Satan ? Je ne je ne suis pas pour le salafisme, mais quand même, il y a un minimum d'éthique dans les relations internationales, chose que ne respecte pas le pays de l'oncle Sam, ni de la statue de la Liberté. Où est la liberté là-dedans ? Où sont les valeurs, n'est-ce pas, qu'elles soient protestantes ou catholiques de l'Amérique ? Non.
Saïd BranineMais est-ce que justement, parmi ces rebelles, il y a des combattants étrangers qui ne seraient pas syriens ?
Bassam TahhanAlors, là, il y a toute une campagne internationale dans les médias qui cherche à minimiser le rôle de ces combattants tout en déclarant, vous savez, Clinton au début, elle a dit : « Au moins, il y a huit sections, huit, n'est-ce pas, huit de djihadistes en Syrie, on le sait, Qaïda et autres. » Et quand le gouvernement syrien a appelé à déposer les armes pour une amnistie, un pardon, la diplomatie américaine a demandé à ces gens-là de ne pas déposer les armes. Moi, je vous assure qu'aujourd'hui, sur le terrain, même l'ASL qu'on dit que c'est elle est formée de déserteurs et de villageois, elle-même est islamiste dans le sens de salafiste. Pourquoi ? Prenez les noms des bataillons : Les Descendants du Prophète, L'Unification divine, Les Libérateurs des mécréants. Enfin, vous vous voyez une armée de libération nationale qui a comme noms de bataillons toujours enfin des des des des noms qui évoquent une guerre de religion ? C'est pas possible. Et ça, on le sait. D'ailleurs, même le look de l'ASL, on le sait. Non, c'est une nébuleuse, honnêtement. Les gens sincères, droits, qui croient à ce Printemps arabe dans l'ASL sont bien rares, à mon sens. D'où je tiens ça ? Mais je vous dis, moi j'appelle la Syrie trois fois par jour, au moins, et on on on on entend, on me dit : « Non, ces tribunaux d'Inquisition... » Mais dites-moi quand est-ce que l'islam a établi des tribunaux d'Inquisition ? À part dans le médiéval obscur, n'est-ce pas, on le reprend. Il y a quelques jours, un site sur Internet a annoncé la mort du grand juge du tribunal islamique qui a été tué à Sukkari. Donc, ce que je raconte est est vrai. Qu'on ne veuille pas me dire que j'invente ces tribunaux d'Inquisition. On a des vidéos diffusées par ces sites ces sites salafistes qui montrent, n'est-ce pas, non.
Saïd BranineAlors justement, en matière d'information, l'une des sources d'information à laquelle se réfèrent régulièrement les médias, c'est l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Qu'est-ce que vous pensez de cet OSDH ?
Bassam TahhanRemarquez, l'OSDH maintenant, ils sont plus prudents, ils mettent ONG. C'est plus prudent. Parce que l'OSDH, vous savez qu'il y a deux, j'ai parlé déjà de ça. C'est quelqu'un qui était financé par un Syrien de la famille, mais dissident. Celui qui aidait ce premier fondateur de l'OSDH a fait bande à part, a créé un autre OSDH. Et l'AFP, l'évangile des médias français, d'ailleurs il devrait l'AFP devrait faire un examen de conscience par rapport à tout... D'ailleurs, ces nouvelles de l'OSDH, c'est quoi ? On nous dit qu'il y a tant de morts par jour. Mais quelle est la mission d'une organisation de droits de l'homme ? C'est de parler des droits de l'homme, d'aller voir où il y a, n'est-ce pas, violation de ces droits, que ce soit de l'armée loyaliste, je reconnais, l'armée loyaliste a violé des des droits de l'homme, mais l'ASL aussi, les salafistes aussi. C'est ça le travail d'une organisation des droits de l'homme et non pas de nous dire : « Mais là ça tombe... » À la limite, c'est devenu négatif. « Oui, aujourd'hui il y a 150 morts, hier il y avait 130... » À quoi ça sert ? Et on nous nourrit de ça. À la limite, c'est devenu banal, le nombre de morts en Syrie. Mais avons-nous des informations sur les violations des droits de l'homme précises ? Niet ! Alors, arrêtons quand même ! Jusqu'à quand ces médias français vont nous rouler dans la farine ? J'aimerais bien, moi, un jour, qu'il y ait qu'il y ait un procès vraiment public quand quand on se mette autour d'une table et qu'on parle de de ces médias et de leur crédibilité, de leur source.
Saïd BranineEt qu'est-ce que vous pensez notamment du Conseil national syrien ?
Bassam TahhanAlors, le Conseil national syrien, c'est une fabrication. J'appelle ça, moi, le Club de Paris. C'est Pourquoi le Club de Paris ? Parce que si vous entendez les dissidents de ce conseil, d'ailleurs il a éclaté en jaseries.
Saïd BranineUn certain nombre de personnes comme Basma Kodmani ont démissionné.
Bassam TahhanPar exemple, c'est une des plus compétentes, entre nous. C'est peut-être la plus compétente de toutes.
Saïd BranineMais pourquoi elle a démissionné ?
Bassam TahhanAh ça, elle dit que elle a vu elle a vu que ce conseil n'arrivait pas à jouer son rôle, donc autant autant se barrer, comme on dit, si ça joue pas son rôle. Il y a il y a une responsabilité morale. Vous voyez, si vous êtes de ce Conseil national syrien et que vous appelez les gens au parlons familièrement, au casse-pipe et que vous n'avez rien, tout simplement on vous a dit : « Oui, ça va être réglé comme la Libye en deux, trois jours », et que c'est pas le cas, qui est responsable du sang syrien versé ? Ces gens-là, ils devraient se regarder dans la glace le matin.
Saïd BranineC'est des va-t-en-guerre, c'est des pousse-au-crime ?
Bassam TahhanMais bien sûr ! Il faut il faut être quand même... parce que c'est des aventuriers. Il y a des naïfs là-dedans. On ne peut pas s'improviser en politique et... Mais tous ces gens-là, sans doute, ont pensé que ce serait réglé comme du papier à musique, voilà, comme en Libye. Ils se voyaient déjà à la tête d'un ministère avec tous les huissiers. Franchement, c'est ridicule. Franchement, c'est une honte, une honte. Et peut-être qu'ils ont été instrumentalisés par Alain Juppé, par la diplomatie française.
Saïd BranineJustement, par rapport à cette diplomatie française, que vous inspire la position de la France sur ce conflit ?
Bassam TahhanAlors franchement, je crois que Fabius, c'est un homme intelligent. Entre parenthèses, on a eu les mêmes profs à l'École normale, mais je suis pas normalien, j'ai fait juste ma thèse là-bas. Mais je crois qu'il est mal conseillé. Il est vraiment mal conseillé. Ça, ça arrive, parce qu'il a hérité d'un dossier d'un ministère où... Et là, je trouve que sa position est une position d'équilibriste intenable. Comment D'ailleurs, regardez sa C'est une gaffe, erreur politique, de dire qu'il allait intervenir au Mali. Mais s'il faut intervenir au Mali, il fallait le faire sans le dire. Vous êtes ministre des Affaires étrangères ou quoi ? Un beau parleur dans les médias. Il l'a dit. Résultat, vous voyez ce qui arrive aux otages. Mais par ailleurs, pourquoi je dis équilibriste ? Il veut intervenir en Syrie avec des moyens, comment a dit le Premier ministre Ayrault ? Non létaux. Ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire vous donnez des moyens de communication pour pousser les rebelles à aller massacrer l'armée syrienne. Et là, c'est des moyens non létaux, ne jouons pas sur les termes. Mais enfin, on nous prend pour quoi ? Pour des gens qui ne comprennent pas les sous-entendus d'un langage ? C'est quoi, ça ? Pourquoi ce Pourquoi ce mépris du Français moyen qui écoute ces médias et ces responsables politiques ?
Saïd BranineAlors tout à l'heure, on a parlé de l'opposition enfin, prétendue opposition syrienne à l'extérieur de la Syrie. Mais est-ce qu'il existe une opposition syrienne structurée, représentative à l'intérieur de la Syrie ?
Bassam TahhanC'est sûr qu'il y a une opposition. Et malheureusement, cette opposition a été écrasée, marginalisée par soit l'ASL, soit les comploteurs de l'étranger, c'est-à-dire le tout ce qui ressemble au Conseil national syrien, soit par les groupes salafistes et les interventions étrangères.
Saïd BranineEst-ce que cette opposition est pour une négociation avec le régime de Damas ?
Bassam TahhanSûrement. Maintenant Mais maintenant, si vous voulez, c'est trop compliqué, il faut il faut un cessez-le-feu. Avant tout, qu'est-ce que vous entendez ? Hague, le ministre des Affaires étrangères britannique, qu'il va armer les rebelles d'armements lourds, des missiles sol-air Stinger, comme en Afghanistan, pour abattre les avions syriens et les hélicos, avant que d'autres ne le ne le fassent. Vous voyez quel raisonnement ? C'est-à-dire si l'Angleterre ne le fait pas, eh ben d'autres vont le faire, alors pressons-nous pour le faire.
Saïd BranineAlors l'objectif, c'est quoi ? C'est de faire durer le conflit ?
Bassam TahhanMoi, je crois qu'ils veulent détruire la Syrie. Ils veulent pas la paix, c'est faux. Ils ont été hypocrites tout le temps, ils peuvent plus nous tromper. Jusqu'à maintenant, moi on me dit : « Il faut juger Assad. » Oui, il faut juger Assad. Pourquoi vous jugez pas Bush ? Et père et fils. Enfin, plus fils que père. Pourquoi ? Il y a eu quand même un million et demi de morts. L'Irak est est pollué avec du nucléaire pour des millions d'années. Lisez les rapports, les gens qui naissent handicapés, c'est affreux, les armes qu'ils ont utilisées, pourquoi ? Il y a juste Non, voyez, la croisade est venue libérer le Saint-Sépulcre. Aujourd'hui, on vient libérer la démocratie. Comme si il n'y avait qu'en Syrie qu'on souffrait du manque de démocratie. Et qui c'est ? Alors ça, c'est vraiment une blague. Ceux qui louent, n'est-ce pas, cette réforme, cette libération avec les croisés, c'est l'Arabie saoudite et le Qatar, les deux pays où question droits droits de l'homme, c'est souvent les musulmans pakistanais, les pauvres qui se font décapiter, pas certaines princesses qui ont peut-être fauté. Voyez-vous ? Je veux pas entrer dans les détails, lisez, il y a toute une littérature là-dessus. C'est ça. Alors, vous me dites pourquoi l'islam salafiste s'allie aux croisés ? Mais lisez les croisades. Il y avait des chrétiens qui s'étaient battus contre les croisés de Syrie, de Liban, de Palestine, et des musulmans sunnites qui s'étaient rangés avec les croisés contre les autres musulmans. C'est pour cela que je vous dis c'est une nouvelle croisade. Et là, il faut tirer la sonnette d'alarme au niveau, si vous voulez, conscience musulmane.
Saïd BranineJustement, mais comment voyez-vous l'évolution de ce conflit qui semble s'enliser ?
Bassam TahhanAlors, c'est vrai que les perspectives sont sont un peu Enfin, je suis pessimiste. Les perspectives sont un peu sombres, honnêtement, parce que là, le pays se détruit jour après jour. Il faut absolument qu'on arrête d'armer les rebelles et qu'on s'assoie autour d'une table. Il n'y a pas de raison. Alors...
Saïd BraninePour vous, le régime de Damas enfin, Bachar el-Assad souhaite négocier ? Il est dans une perspective de négociation ?
Bassam TahhanMais dès le début ! Dès le début ! Dès le début, Juppé a dit au Conseil national et le Conseil national a dit à Juppé : « On ne va pas négocier », parce que leur diagnostic, c'était la chute rapide du régime, du gouvernement, parce que parfois on dit régime, régime, non, c'est un gouvernement, il y a il y a des ministres, il y a des élections. Vous me direz : « Les élections ne sont pas nettes. » OK. Oui, mais c'est pas une raison, je veux dire. C'est pas une raison. Le Syrien, l'Arabe, le musulman est fier. Il n'admettra jamais un diktat de l'Occident. Et ces gens-là seront jugés un jour. J'espère qu'ils seront traduits en justice. Tous les criminels, qu'ils soient du côté du gouvernement ou qu'ils soient du côté de la rébellion, la justice, elle est pour tout le monde. C'est C'est aussi un concept musulman, la justice sociale. Et on s'éloigne pas de l'islam. Alors, expliquez-moi comment ces deux pays qui qui consacrent des millions pour la propagation d'un islam wahhabite en en Afrique et ailleurs n'admettent pas cette justice sociale, n'admettent pas cet islam tolérant, n'admettent pas quand on juge leurs actions parce que ces actions, même au niveau purement musulman, sont condamnables. Vous tuez qui ? C'est comme quelqu'un, un salafiste qu'on a envoyé là-bas, il leur a dit : « Mais on nous a dit qu'on allait contre des étrangers. C'est des musulmans comme nous. » Ou l'autre qui dit en parlant d'Alep : « Que c'est beau Jérusalem ! Mais je vois pas la coupole dorée. » On lui avait mis dans la tête qu'il allait se battre pour Jérusalem. Vous voyez, tout ça, ça fait mal au cœur.
Saïd BranineTout à l'heure, vous parliez de de ce conflit de l'intégrant dans une perspective de de conflit est-ouest. On sait que le régime syrien bénéficie du soutien de l'URSS et de la Chine. Est-ce que l'URSS et la Chine soutiendront jusqu'au bout Damas ?
Bassam TahhanC'est sûr.
Saïd BraninePourquoi ?
Bassam TahhanC'est sûr, parce que si vous voulez, pour la Russie et la Chine, les deux n'ont pas besoin de l'économie syrienne, honnêtement, bien que il y ait des investissements énormes des deux côtés. Et je vous raconterai une anecdote. Les Chinois, même oui, vendent à la Syrie des choses interdites, mais dans les papiers, c'est des choses licites, permises. J'étais, moi, au courant par des amis. On leur a dit : « Mais pourquoi vous faites ça ? » Ils ont dit : « Parce que vous êtes asiatiques comme nous », tout bêtement. C'était la réponse du négociateur chinois, pour vous donner une idée. Là, pour la Russie, c'est les accords de Yalta. Il y a une souveraineté des peuples et c'est la première guerre après la guerre froide entre Occident, n'est-ce pas, et Orient. Et là, la ligne de démarcation et la bataille décisive dès le départ va être celle de la Syrie. C'est pour cela que la Syrie, à mon sens, ne sera jamais lâchée et c'est pour cela qu'on court un embrasement de toute la région et même du monde. Il faut On joue avec le feu. Je conseillerais à Fabius de faire moins de de déclarations à l'emporte-pièce et d'écouter peut-être des gens qui ne font pas partie du Club de Paris, mais...
Saïd BranineVous pensez à qui, notamment ?
Bassam TahhanBen, je sais pas, il y a tellement de gens que que... Moi, je vous cache pas, j'ai demandé à rencontrer Fabius le 29 mai avant la réunion des amis de la Syrie, je n'ai toujours pas eu de réponse. J'ai demandé à rencontrer le président de la République également ou un de ses conseillers concernés, je n'ai toujours pas de réponse. C'est pas grave, du moment que vous me laissez parler, c'est la voix du peuple et elle est plus importante que les rendez-vous bidon.
Saïd BranineAlors, un dernier mot pour conclure, Bassam Tahhan ?
Bassam TahhanUn dernier mot pour conclure : j'espère, n'est-ce pas, que la paix va s'installer et que la Syrie jouera toujours son rôle progressiste au niveau de l'islam, au niveau du panarabisme, au niveau du progressisme du tiers-monde, au niveau de la paix, tout simplement. Et là, je crois que Israël se trompe en croyant qu'en cassant la Syrie, elle aurait la paix, au contraire. La paix se construit avec des pays stables, elle ne se construit pas avec des pays qu'on a écrasés, on a vexé sa population, on l'a Non, c'est pas ça. Et encore une fois, je je le dis, les juifs syriens peuvent rentrer en Syrie. C'est leur pays, la Syrie, également, tout comme les Palestiniens peuvent aller en Palestine, le droit de retour. Moi, je suis avant-gardiste dans ce domaine. Je suis fier des juifs d'Alep. Vous savez qui est juif d'Alep ? Émile Benveniste, un grand linguiste français. Il est né à Alep, Émile. Ben, je suis autant fier que d'Émile Benveniste que de Sohrawardi, le grand philosophe chiite, que de de savants sunnites d'Alep ou d'ailleurs, que d'Ibn Arabi, enterré à à Damas. C'est ça la Syrie, c'est cette mosaïque de créativité, d'ethnies, de confessions, de toutes les religions. Les premiers le le la première le premier chef-d'œuvre de figuration humaine des juifs du monde antique, il n'est pas en Palestine, il est au bord de l'Euphrate, à Doura Europos. C'est notre père Abraham avec les trois anges qui lui rendent visite et lui annoncent la naissance de son fils.
Saïd BranineTrès bien. Merci à vous, Bassam Tahhan.
Bassam TahhanMerci à vous.
Saïd BranineOn se dit à très bientôt pour un autre numéro de L'Esprit de l'actu.