Cette année, pour cette 27e édition de la Rencontre annuelle des musulmans de France, nous avons préféré traiter d'une problématique généraliste, à savoir « Être musulman aujourd'hui ». Ça ressemble un petit peu à une thématique qu'on avait développée il y a une dizaine d'années parce que nous pensons que le moment, il est venu de répondre à cette interrogation qui commence à se poser, pas pour les générations donc les premières et même les deuxièmes générations, mais pour nos nos enfants, nos petits-enfants : est-ce que peuvent connaître clairement qu'est-ce que ça veut dire qu'être musulman ?
C'est c'est avant tout être citoyen français. Nous sommes citoyens, citoyens français avec des valeurs.
Et en même temps, c'est vivre dans sous la dans la République et être aussi ben un petit peu garant de de de de des des des règles de vie et et et allier les deux.
Comme il y a un islam malien, comme il y a un islam indonésien, comme il y a un islam saoudien ou un islam algérien, je souhaite très profondément que l'islam s'acculture au point de devenir un islam français qui va permettre de rendre définitivement endogène la la la présence musulmane en France.
Je je pense que être musulman dans le monde, c'est une chose, mais l'être en France, c'est très important. Parce que je crois qu'il y a beaucoup d'autres pays qui attendent qui attendent ce que fait font les musulmans de France pour avancer.
Bah, c'est suivre sa religion malgré que ce soit dur parce qu'il y a beaucoup de préjugés.
Être musulman en France, c'est vraiment un peu de plus en plus difficile, malheureusement, parce que on est traité comme comme des intégristes ou on est traité comme des des gens qui sont qui n'ont pas le droit de vivre en France. Pourtant, quand on est venu, il y a 30-40 ans, on était le bienvenu parce que c'est la main d'œuvre pour faire tourner la vie et les impôts.
Alors, c'est pratiquer sa religion, pour moi. C'est pratiquer sa religion tout en respectant les lois, bien sûr, parce qu'il ne faut pas oublier qu'on est françaises. Mais bon, faut pas trop nous en demander non plus, parce que je trouve qu'on nous en demande un peu trop, maintenant.
C'est être responsable, être un citoyen, donc qui défend les valeurs de ce pays-là, qui donc, en tant que musulman, pratique sa religion donc entièrement avec bien sûr le respect des autres.
Ce que nous tirons de cette 27e Rencontre, c'est effectivement le nombre croissant des participants, ce qui montre que les musulmans en France sont conscients des responsabilités qui les attendent. Ils sont conscients du climat qui est instrumentalisé par des médias, par des politiques pour justement mettre à l'index la présence musulmane. Et ce que nous tirons de cela, c'est qu'il y a une fierté de plus en plus assumée de la part des citoyens musulmans par rapport à leur référence spirituelle. Et que le message qui consistait à répéter tout le temps, à rabâcher le concept d'intégration, il est définitivement remplacé aujourd'hui, pour la présence musulmane de France, il est remplacé par la logique de la citoyenneté.
Très sincèrement, je pense que le développement de l'islamophobie dans notre pays et la lutte contre cette islamophobie devrait être une cause nationale. Parce que si l'islamophobie se développe dans notre pays, le premier perdant, ça serait la France. Ça serait chaque citoyen français, parce que la force de notre République, de notre pays, réside dans sa capacité à intégrer la diversité, intégrer la pluralité et et puis à respecter les plus faibles, les plus démunis. Il est à reconnaître qu'actuellement, l'ensemble des des des Français de confession musulmane sentent qu'ils sont en position de faiblesse, sentent qu'ils sont ciblés, sentent qu'ils sont attaqués.
Pendant qu'on parle des musulmans, des foulards et de la burqa, on oublie la misère, les discriminations, le chômage, alors que nous, les musulmans de France, non seulement on vote, on paye des impôts, on est là pour l'essor de ce pays depuis des générations et des générations et il faut bien trouver quelqu'un sur qui frapper, donc on frappe sur les musulmans de France. Mais c'est très organisé et, comme dit Tariq Ramadan et comme je comme tous ceux qui ont fait des conférences ici, nous confirment ce qu'on ressent sur le terrain. Parce que moi, je travaille dans des quartiers défavorisés, dans des quartiers où justement, il y a beaucoup de discriminations qui sont faites. Et on voit bien que la France d'autrefois, c'est pas la France d'aujourd'hui. La France où je suis née, moi, n'a rien à voir avec la France d'aujourd'hui, organisée par Monsieur Sarkozy, Madame Fadela Amara, etc. Tous ces gens-là sont vraiment là pour discriminer les musulmans de France.
Mais je ne crois pas que ce soit organisé. En revanche, il y a évidemment dans les élites, dans certaines élites françaises que je ne nommerai pas, une volonté réelle de stigmatiser, de limiter ou de dénaturer le culte musulman dans son identité française. Et ça et là, il y a une islamophobie qui est réelle, qui est structurée, qui est mentalement théorisée, mais elle n'est pas à confondre avec Monsieur Durand lambda qui peut être irrité par des signes trop ostensibles et visibles de la religion musulmane, ce qui, je pense, est relativement légitime. Aujourd'hui, en Algérie, par exemple, vous avez une quantité hallucinante de Chinois qui tiennent l'ensemble des commerces, il peut y avoir des irritations de la part de l'Algérien moyen parce que la civilisation chinoise n'est pas historiquement dans le paysage direct de la communauté algérienne, voilà. Donc, à distinguer, il y a une islamophobie, certes, mais elle n'est pas à confondre, elle est à deux niveaux. Celle qui me pose réellement problème, c'est celle de l'élite qui théorise, qui réfléchit et celle-là doit être combattue théoriquement et par la réflexion.
Je pense qu'il y a certains courants enfin qui qui véhiculent pas mal d'idées négatives et qui tendent à inciter les gens à à à la haine, on va dire ça comme ça. Mais je pense plutôt que c'est plutôt des personnes assez assez distinctes. Maintenant, qu'il y ait une islamophobie organisée, j'ai j'ai pas envie d'y croire, non.
Je pense qu'il qu'il existe une islamophobie organisée. Je pense même qu'elle est orchestrée. Je pense que l'islamophobie, c'est pas simplement une question de d'un racisme national qui est institutionnel, certes, mais qui ne concerne pas simplement la France, qui concerne l'Europe. Et s'inscrit surtout dans des rapports internationaux. Il y a l'Afghanistan, il y a l'Iran, il y a la Palestine, il y a les rapports Nord-Sud, et ce qu'on appelle les le choc des civilisations, le fameux choc des civilisations. Donc ce racisme spécifique, pour moi c'est un racisme, il est à la fois national et il a des des contingences et des une application au niveau international et c'est ça qui fait sa difficulté et c'est ça qui fait sa puissance. C'est ça qui fait sa puissance puisqu'il finalement c'est une il est pris en charge par les grandes puissances internationales, les grandes puissances impérialistes, les États-Unis en premier lieu et puis l'Europe.
Alors déjà en fait ce que je voudrais dire, c'est qu'à mon avis, il faut pas tomber dans dans un panneau, c'est se se dresser en fait en victime permanente. C'est la première des choses. Ensuite, c'est vrai, ce que je peux révéler depuis ces derniers mois, si c'est pas si ce n'est pas depuis ces dernières années, il y a en fait de petites attaques, on dirait. Alors est-ce que on vise directement les musulmans, on les vise pas ? Est-ce qu'on cherche à ce qu'ils perdent patience ou pas ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est vrai qu'aujourd'hui, pour être musulman en France, ça devient parfois un petit peu plus compliqué et il faut, je pense, faire preuve de patience et il faut observer une certaine vigilance sur certaines questions. On l'a vu récemment avec cette question des restaurants halal, on l'a vu avec l'État qui légifère sur la burqa. Donc après, ça peut être un épiphénomène ou pas, mais je pense que il faut laisser les musulmans, je veux dire ceux qui représentent les musulmans doivent à mon avis mener leur travail.
La particularité de la 27e édition et ce qui a aussi guidé notre notre choix, c'est d'abord, il faut rappeler que les thématiques de la Rencontre annuelle des musulmans de France s'inscrivent toujours dans cette lecture de l'islam que l'UOIF prône, à savoir un islam fidèle aux sources tout en étant contextualisé. Mais cette année, ça s'inscrit dans un contexte qui est difficile quand même pour les musulmans dans le sens où il y a eu une recrudescence des actes islamophobes. Nous avons vu comment les politiques ont instrumentalisé le fait musulman sur des faits qui sont vraiment des épiphénomènes pour les instrumentaliser à des fins qui sont vraiment peu glorieuses au point d'aller faire la chasse des voix les plus islamophobes au point que des listes électorales se sont vues validées par les préfectures alors qu'elles sont clairement une atteinte à la présence musulmane et une offense faite au fait musulman en France.