PrésentationMédine, j'ai 25 ans, je viens du Havre, j'ai sorti quatre disques. Le premier c'était en 2004, ça s'appelait 11 septembre, récit du onzième jour. Le second c'était en 2005, Jihad : le plus grand combat est contre soi-même. Le troisième c'était en 2006, ça s'appelait Table d'écoute. Le quatrième, en 2008, Don't Panik Tape. Et le prochain qui arrive en date, ça s'appelle Arabian Panther et c'est prévu pour le 24 novembre.
On utilise la classification rap engagé pour me définir. Maintenant, j'aime assez le terme rap concerné, parce que le plus dur c'est de se sentir concerné par les problèmes qui nous touchent au quotidien. Essayer d'être sensible à un problème à l'autre bout de la Terre, c'est toujours difficile. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On se documente et puis on essaie d'être sensible à la cause que les gens mènent. À partir du moment où est-ce que c'est une injustice subie, on se transpose par rapport au peuple qui subit cette injustice et on essaie de relater son histoire dans un morceau, dans un couplet, dans un refrain, etc., quoi.
Moi, quand je porte la barbe aujourd'hui, c'est purement identitaire. C'est par appartenance à ma communauté, qui est la communauté musulmane, de la même façon que les Noirs afro-américains pouvaient porter la coupe afro. On disait qu'ils se coiffaient à la naturelle dans les années 60 aux États-Unis, dans un contexte où le gouvernement américain voulait absolument occulter l'identité noire. Et même sans grossir le problème, aujourd'hui, on retrouve un peu cette façon d'occulter l'identité musulmane aujourd'hui en France. On voudrait que le musulman, pour qu'il soit intégré au reste de la population, ressemble à monsieur Tout-le-monde et qu'il soit uniforme. Moi, c'est pas ma conception des choses, c'est pas ma conception de l'intégration, j'appellerais ça plus de l'assimilation. Et pour me revendiquer, pour montrer mon appartenance à ma communauté, je porte cette fameuse barbe qui appartient à ma communauté.
Arabian Panther, ça fait forcément référence au mouvement des Black Panthers. Pourquoi avoir fait cette référence ? Tout simplement parce que c'était une poignée d'hommes noirs qui se sont organisés pour améliorer leurs conditions de vie. C'était leur but premier. Bien qu'aujourd'hui, on veut leur mettre sur eux l'étiquette d'antibancs, de mouvement radical, violent, qui prenait les armes, etc. Ça, c'est la propagande de la CIA, du FBI, qui a très bien fonctionné, qui a dénaturé le mouvement et qui l'a même emmené à sa perte, à sa propre perte. Et mon but à moi, c'est de redéfinir qui étaient les Black Panthers, pourquoi ils ont vécu, pourquoi ils sont morts, et puis aussi de m'imprégner de leur philosophie dans mon album et de recontextualiser cette philosophie, parce que les problèmes ne sont pas forcément les mêmes que dans les années 60. L'histoire est très différente des Noirs américains, bien que les gens issus de l'immigration aujourd'hui sont ici et sont étroitement liés avec l'histoire américaine, mais c'est vrai que c'est un peu moins violent. C'est pour ça que je la recontextualise, que en même temps que l'album Arabian Panther, je propose à côté 10 points qui correspondent aux dix priorités à réformer pour améliorer nos conditions de vie.
Dans mon parcours artistique, je me suis ditest-ce que c'est compatible avec ma foi ou pas ? De faire du rap, d'aller en concert, d'être très rarement chez soi, de ne plus être forcément assidu à certains cours que je prenais dans la mosquée de mon quartier, est-ce que c'est compatible ? Et il y a ce tiraillement-là. Et donc on s'arrête pendant un moment. Moi, en l'occurrence, je me suis arrêté pendant trois ans, j'ai plus fait de scène, j'ai quasiment plus écrit. Je me suis formé spirituellement, intellectuellement aussi. J'ai essayé de lire un certain nombre de livres, essayer de rattraper le retard que j'avais emmagasiné, pour, au final, en ressortir grandi de cette période de formation, entre guillemets, et puis de relativiser et de me dire : j'ai l'opportunité, j'ai l'occasion d'être soutenu par un label qui me donne l'opportunité de poser ma voix sur un disque, ce disque va être pressé, va être dupliqué, va être envoyé dans les chambres d'adolescents. Ça serait irresponsable de ma part de ne pas utiliser cette opportunité, d'autant plus que dans nos propres vies à nous, on a envie de conscientiser au quotidien, par le biais d'associations, par le biais de débats, de rencontres, de conférences. On a vraiment envie d'essayer de conscientiser notre quotidien. Et je crois que c'était la meilleure solution d'utiliser le rap aujourd'hui, qui est la musique numéro 1 chez les jeunes.
Muslim Don't Panik, c'est un slogan qui n'appartient pas à Médine, ni à Din Records. C'est un slogan qui appartient à toute la communauté musulmane. On est tous dans une logique de dire : voilà, on est mal vu, on est mal perçu, les médias nous dégueulent dessus, il faut qu'on puisse mettre le holà et donner notre droit de réponse. Et si ça peut se faire sur un t-shirt, si ça peut se faire par le biais d'un disque, d'un album, d'un discours ou d'un concert, eh ben ça se fera. Moi, mon but à moi, c'est de fédérer d'autres artistes autour de ce concept-là. Peut-être que votre but, ça sera de fédérer d'autres sites autour de ce concept-là. Mais au final, il faut que la communauté en ressorte gagnante.
Quand tu es musulman, issu de l'immigration et des quartiers, tu as une triple étiquette au-dessus de la tête. Tu es soit quelqu'un qui veut marier sa sœur de force, soit quelqu'un qui veut mettre la burqa sur sa femme, soit quelqu'un qui participe aux tournantes dans les caves d'une ZUP. Et moi, ça me convient absolument pas. Il y a des associations irresponsables qui font le relais de ces informations-là. On n'est pas des barbares avec un pied dans la mosquée, un pied dans les tournantes, etc. Il faut que l'on puisse descendre de notre petit nuage et d'arrêter de généraliser en croyant que la maltraitance des femmes, c'est le monopole d'un seul peuple. Non. Parfois, les féministes peuvent être aussi des keurs-mé, des mecs, des garçons. Et en l'occurrence, moi je... si demain il y a une manifestation pour défendre les droits de la femme, qu'elle soit blanche, noire, voilée ou pas, moi je serai là.
Ils peuvent tuer le révolutionnaire, mais pas la révolution. Et si j'étais un homme, je serais un chien, car plus je connais les hommes et plus j'aime le genre canin. Si j'étais un chien, je serais Bush, un staff avec un fémur d'Irakien dans la bouche. Je serais forte si j'étais une femme, un mélange de Coretta King et de Madame Fall. J'aurais les poings de Laila Ali pour en découdre avec les ennemis de Sitti Kamassoude. Si j'étais un homme politique, je serais Mandela, oublié par l'amnistie, avec une santé fidèle comme à Castro et le visage public de Viktor Iouchtchenko. Médine, Arabian Panther, le 24 novembre, incha'Allah.