Raphaël Liogier explique sur OummaTV ce qu'est l'islamoparanoïa qui se distingue de la phobie de l'islam. Professeur de sociologie à l'IEP d'Aix-en-Provence, Raphaël est l'auteur du livre Une laïcité « légitime ».
Oumma TVIslamophobie & DiscriminationsIdées & Débats8:49
11 janvier 2012 à 12 h 00
Raphaël Liogier explique sur OummaTV ce qu'est l'islamoparanoïa qui se distingue de la phobie de l'islam. Professeur de sociologie à l'IEP d'Aix-en-Provence, Raphaël est l'auteur du livre Une laïcité « légitime ».
J'avais dit à plusieurs reprises que cette paranoïa qui vise essentiellement les musulmans européens, elle avait une dimension que j'appelle qualitative, c'est-à-dire on suspecte les musulmans comme un seul bloc, comme en un seul bloc, d'avoir une intention négative, une intention de conquête, d'écrasement même des cultures européennes, des identités même européennes.
Mais il y a aussi une dimension quantitative, une dimension démographique, je crois qu'il importe de déconstruire, qui est très important, qu'il est très important de déconstruire. Parce qu'on entend un peu partout, et dans la bouche même de démographes qui pourtant connaissent les chiffres, qui connaissent les chiffres réels puisqu'ils sont chercheurs, certains travaillent au CNRS, à l'INED, dans des institutions prestigieuses, et qui participent à diffuser, à diffuser ces chiffres. Alors on peut se demander pourquoi. On peut se dire : est-ce que c'est, est-ce que c'est justement clinique ? Est-ce que c'est relatif à cette paranoïa, c'est-à-dire ils sont aveuglés par leur paranoïa, parce qu'il n'échappe pas tout scientifique qu'ils sont, ou est-ce que c'est, est-ce que c'est de l'instrumentalisation ? À mon avis, ça peut être, ça peut être que l'un ou l'autre. Parce qu'aussi il y a des objectifs obscurs, politiques.
En tout cas, sur ce qu'on entend régulièrement, est-ce que croient les paranoïaques relatifs à l'islam, c'est-à-dire qu'il y aurait un accroissement plus que sensible du nombre de musulmans, et que un beau jour, pas si loin que ça, certains disent en 2030, en 2040, 2050, ça a quelque chose de d'un dans un quelque chose d'apocalyptique, ces gens-là s'expriment avec un vraiment un vocabulaire apocalyptique, prophète prophète de malheur. Il y aurait dans ces années-là, 2030, 2040, une majorité de musulmans, ou certains disent 30 %, 40 %, 50 %, et d'autres nous serions quasiment submergés, l'Europe serait submergée par les musulmans, quantitativement.
Alors donc, quels chiffres avons-nous aujourd'hui sur ce sujet ? Même pas la peine de rentrer, je crois, dans trop de détails. Il y a trois vecteurs, trois vecteurs possibles démographiques d'accroissement éventuel du nombre des musulmans en France comme en Europe d'ailleurs. Le premier vecteur, c'est le vecteur de la conversion. Le deuxième vecteur, c'est le vecteur de l'immigration. Le troisième vecteur, c'est le vecteur du taux de natalité.
Alors, examinons-les. Premier vecteur : la conversion. Alors là, c'est très clair, il n'y a pas aujourd'hui, à peine, il n'y a pas aujourd'hui de conversion, de mouvement de conversion globale en direction, généralisée en direction de l'islam. Certes, il y a des mariages mixtes, il y a un certain développement très limité malgré tout mais quand même un certain développement de mariages dits mixtes, et avec la conversion qui peut aller d'un côté vers l'islam, mais aussi la conversion qui peut aller vers la religion de l'autre qui peut ne pas être ne pas être l'islam, ou même qui peut aller vers une déconfessionnalisation complète. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de mouvement, aucun indicateur ne montre un mouvement général, conversion massive vers vers l'islam, en particulier chez les Français européens dits de souche, puisque ça serait ceux-là qui seraient visés.
Deuxième grand vecteur, deuxième grand vecteur, ce serait l'immigration. Alors, en ce qui concerne l'immigration, alors peut-être qu'on aurait pu dire ça dans les années 60, 50, 60, 70, peut-être un peu dans les années 80, mais aujourd'hui, alors là pour le coup tous les indicateurs sont formels, l'immigration en provenance des pays théoriquement officiellement musulmans ou seulement musulmans numériquement est minoritaire. Elle est minoritaire sur le sol européen, mais en particulier sur le sol français. Elle est légèrement dépassée par les Chinois, par le Sud-Est asiatique non musulman, donc hors Indonésie, par en particulier aussi les pays de l'Europe de l'Est majoritairement chrétiens. Donc, il n'y a pas d'immigration musulmane aujourd'hui, donc il peut pas y avoir d'accroissement par l'immigration.
Enfin, reste le troisième vecteur, je l'ai gardé pour la fin parce que c'est celui qui est le plus sujet aux fantasmes : le vecteur du taux de natalité. Déjà, une première chose qu'on remarque d'une d'une manière générale, c'est que l'immigration en provenance, non pas en particulier relative à l'immigration de musulmans supposés, mais en provenance de pays du tiers-monde en général où il y a des conditions sociales de sécurité sociale, des difficultés économiques plus grandes, et bien effectivement il y a un plus fort taux de natalité de ces populations lorsque elles émigrent vers un pays européen par exemple, en particulier la France. Mais ce qu'on remarque tout de suite, c'est que dès que ces populations restent, mais même dans leur vie présente à partir de 4, 5, 6, 7 ans, et bien le taux de natalité devient devient le même que la moyenne.
On remarque d'ailleurs que ce taux de natalité plus élevé quand ils arrivent sur le territoire français français est un peu artificiel, un peu monté en sauce artificiellement parce que les individus qui projettent d'immigrer en général attendent justement d'être dans le pays d'accueil qui est plus sûr socio-économiquement pour avoir des enfants, et après ça se tasse et ça revient à la moyenne. Et lorsqu'on observe les indicateurs alors pour le coup là, non pas des non pas des des des parce qu'on n'a pas le droit de faire des statistiques spécifiques ethniques et religieuses en France, mais lorsqu'on observe au moins les statistiques des relatifs aux enfants d'immigrés, c'est-à-dire issus aux populations dites issues de l'immigration où on trouve beaucoup de musulmans, comme chacun sait puisqu'il y a une partie qui sont issus du Maghreb musulman, eh bien ce qu'on observe, c'est que sur les nouvelles générations, il y a une très forte baisse, très forte baisse du du taux de natalité qui est au plus au plus égal à la moyenne nationale et parfois a tendance à être en dessous de la moyenne nationale.
Ça veut dire donc ça veut dire donc nous nous trouvons dans une situation où des démographes eux-mêmes nous expliquent que d'avec une sorte dans des avec des trémolos, des tremblements prophétiques dans la voix, que dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, de toute façon c'est une sorte de prospective qui n'est plus de la prospective, qui est du prophétisme, on va être submergé par l'islam, alors qu'aucun indicateur démographique actuel ne nous le disent. Au point que ce qui est quand même assez drôle, c'est que ceux-là mêmes qui nous disent que dans 20, 30 ans nous serons submergés par les musulmans, nous disent ça déjà depuis au moins une dizaine d'années. Et depuis une dizaine d'années, ils nous disent que dans 10 ans, dans 20 ans on sera submergé, alors que une des caractéristiques numériques de l'islam de France en particulier, c'est que depuis les années 80, vous pourrez constater que quelles que soient les sources, on se situe toujours à peu près dans la même fourchette entre 2 et 5 millions d'individus.
Alors suivant si on dit les musulmans stricto sensu, ceux dont il est prouvé qu'ils pratiquent vraiment, les chiffres relatifs aux mosquées, etc., alors on a un chiffre plutôt bas. Ou alors ceux qu'on suppose être musulmans parce qu'on a un plus ou moins un a priori ethnique : ce sont des immigrés issus de pays musulmans, etc., donc ils doivent forcément être musulmans, donc etc., etc. Donc on a ces par cercle de 2 millions à 5 millions, mais ça n'a pas varié, c'est-à-dire depuis les années 80 jusque actuellement. Alors que malgré tout, il y a eu quand même une certaine progression démographique de ces populations théoriquement musulmanes, mais par contre pas de progression de la fourchette. Donc il faudrait croire qu'il y a stabilisation, si ce n'est baisse relative.
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