Démocratie communautaire, c'est la formule que j'emploie. Je ne sais pas si j'en suis l'inventeur. En tout cas, je crois qu'elle correspond tout à fait à la réalité puisque il y a un grand débat entre les Juifs et les Arabes israéliens. Les uns disant : « Mais c'est une démocratie parfaite », les autres disant : « Mais c'est absolument pas une démocratie. » Et en fait, je crois que c'est une démocratie pour les uns et pas pour les autres, tout simplement. Alors après, si on veut dominer un petit peu ce débat, on peut s'interroger sur la possibilité pour un pays qui exerce une pression coloniale d'être une démocratie. On peut en douter fortement.
L'armée joue un très grand rôle, d'abord parce que le service militaire est très long pour les hommes comme pour les femmes d'ailleurs, qu'il y a un lavage de cerveau absolument terrible pendant cette cette période. D'ailleurs, on voit très souvent des jeunes Israéliens qui ensuite ont envie de faire le tour du monde, partir, oublier, de se transformer, changer d'univers. Incontestablement, donc, on leur apprend quand même la la haine d'un ennemi qui n'est pas toujours potentiel d'ailleurs quand il s'agit du Hezbollah ou du Hamas.
L'école joue un rôle, à mon avis, beaucoup plus grave encore parce que, justement, l'armée n'a pas vocation à former les esprits, plutôt à les déformer ou à les vider, tandis que l'école aurait vocation à former les esprits et à créer une liberté de citoyen pour se choisir. Or, hélas, cette école, elle occulte complètement, par exemple, ce qui s'est passé en 47-48, l'exode forcé des populations palestiniennes. Il y a toute une série de contre-vérités, d'oublis, de dénis historiques dans ce qu'on apprend aux jeunes aux jeunes Israéliens. Et c'est très grave parce que ça forge ensuite des esprits qui sont totalement déformés quelquefois toute tout le long de leur vie quand ils ne font pas eux-mêmes l'effort de se réapproprier un savoir qui vient d'ailleurs.
Ça devrait être deux questions distinctes. Malheureusement, c'est trop souvent une même question. C'est-à-dire que le Palestinien, voire l'Arabe, est vécu très souvent comme un terroriste, comme quelqu'un qui où la violence en lui-même ou la violence dans sa religion, dans sa culture, que sais-je. Et évidemment, le Hamas est souvent identifié, et réciproquement, aux Palestiniens.
Alors, c'est faux pour les Arabes et les Palestiniens, évidemment. C'est non seulement un contre-sens que je qualifierais d'essentialiste, c'est-à-dire qui vise à expliquer les gens par une essence qui n'existe pas, fort heureusement. Mais c'est faux aussi pour le Hamas, parce que le Hamas est un mouvement qui certes a pratiqué le terrorisme, a pratiqué les actes de violence, y compris les attentats-suicides, etc., mais c'est aussi un mouvement politique qui a beaucoup évolué. Et moi, je suis un peu scandalisé quand je vois, non seulement en Israël, mais également en France, qu'on renvoie toujours le Hamas à ses textes d'origine de 88 qui sont des textes qui sont la charte en particulier n'était pas défendable, mais depuis il y a eu beaucoup d'autres productions théoriques, idéologiques de la part du Hamas qui s'est engagé dans les élections de 2006, qui s'est politisé et qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était en 88. Donc il y a beaucoup de mauvaise foi à le renvoyer à ses à ses origines qui étaient des origines identitaires. Et comme toujours quand on fonde un mouvement, on le fonde disons avec l'excès, plutôt avec la violence, y compris la violence des mots, plutôt que dans la modération.
Oui et non. C'est-à-dire que elles ont l'intention de le faire. Elles sont fondées et je dirais payées pour pour le faire. Et on voit bien tout ce travail qui en effet qu'on vient d'évoquer, c'est-à-dire qui fait du Hamas un mouvement terroriste, aveugle, fanatique, irrationnel, inexplicable, etc., qui qui nous dit que les Palestiniens sont toujours violents, etc., etc. Donc il y a tout un travail là-dessus. Comme il y a un travail actuellement pour nous dire que le Hamas n'est que le bras armé de l'Iran et que donc c'est une menace existentielle pour Israël, etc., que Israël est pris en étau entre l'Iran, le Hezbollah, le Hamas. Tout ça, ça fait partie en effet de ce travail de de communication, de propagande dans ces officines.
Ça marche à certains égards. Ça marche en particulier quand on nous dit que le Hamas a rompu la trêve qui a légitimé, aux yeux des Israéliens, l'offensive israélienne sur Gaza en décembre dernier, alors que c'est pas vrai, que c'est plutôt l'inverse qui s'est produit, plutôt Israël qui a rompu la trêve. Et puis en même temps, ça ne marche pas pour finir quand l'opinion internationale confronte ce message israélien et la réalité, et quand on découvre des images épouvantables de massacres de populations civiles, de destructions d'hôpitaux, etc. Et là, effectivement, il y a de façon assez classique maintenant on avait déjà vécu ça deux ans auparavant avec la guerre du Liban un retournement de l'opinion qui se fait en défaveur d'Israël. Et à ce moment-là, tout ce travail d'image dans les officines israéliennes se retourne un peu contre Israël.
Ce que je peux en dire, c'est que je je répugne un peu, disons, à les à les citer. Je vais le faire quand même parce que vous posez la question, mais je veux dire ça ne m'intéresse pas trop de me demander qui. Il y a des personnages absolument caricaturaux. Il y a Bernard-Henri Lévy qui, au 3e ou 5e jour des bombes sur Gaza, obtient une page complète dans Le Journal du Dimanche pour pour dire qu'il est allé à Gaza dans les chars évidemment israéliens, que la ville est intacte, que tout va bien. Enfin bon, c'est le désinformateur professionnel absolument patenté qui fait toujours ça en toute dans toutes les guerres, mais qui, malgré tout, jouit toujours d'un accueil généreux dans certaines pages de journaux français.
Il y a des personnages plus pernicieux, disons. Je parle par exemple de Frédéric Encel dans dans mon livre, qui se présente comme politologue, qui est en fait un militant lui aussi patenté de la cause l'inconditionnalité israélienne. Et précisément, c'est ce genre de personnage qui, quand on lui dit « Hamas », ne parle que de la charte de 88. Comme politologue, il serait censé savoir que en 2005 il y a eu un congrès du Hamas, des textes nouveaux qui offrent même une vision assez étonnante de la société palestinienne, etc. Jamais il n'en sera question sous sous sa plume ou dans sa dans sa bouche. Donc voilà un personnage là qui est qui est plus je dirais plus subtil, moins connu aussi, mais qui apparaît beaucoup sur les plateaux de télévision comme un expert. Et alors quand on est présenté comme un expert, évidemment, on a cette espèce de de prétention de neutralité qui est une imposture dans son cas.
L'importation, il y a différents degrés d'importation possible ou imaginable. Je ne crois pas du tout, moi, à l'intifada des banlieues. Enfin bon, ça ce sont des des sornettes. Qu'en revanche, ça pèse sur le climat dans dans dans nos villes, c'est évident puisque la France est un pays qui a la plus forte communauté juive d'Europe et a aussi la plus forte communauté musulmane. Alors je mets des guillemets à « communauté » parce que tous ces gens ne pensent pas à l'identique, fort heureusement. Mais enfin, le fait est que majoritairement il y a des sensibilités et que ça renvoie quand même Les musulmans sont sensibles au sort des Palestiniens, beaucoup de Juifs sont sensibles au sort des Israéliens, mais aussi parfois beaucoup de Juifs sont engagés dans le mouvement palestinien pro-palestinien. Enfin bref, personne n'est indifférent. Donc le fait que personne n'est indifférent à ce conflit, ce qui est sa caractéristique d'ailleurs en France contrairement au Tibet ou à un tas d'autres conflits qui sont tout à fait tragiques, mais faut reconnaître que la France ne se sent pas les Français ne se sentent pas directement concernés. Là, personne n'est indifférent et du coup, effectivement, on peut avoir des des des des des réactions qui ne sont pas intelligentes, de s'en prendre à un Juif dans la rue comme s'il était responsable de la politique israélienne, ou à un Arabe dans la rue comme si il était forcément au Hamas. Donc ça, on le voit quand même, on le voit. Mais c'est quand même marginal et je dirais que le problème c'est pas tellement de faire la morale, même s'il faut le faire, à ces jeunes gens-là, c'est plutôt de se battre ensemble pour obtenir que le droit des Palestiniens soit respecté et ainsi on aura désamorcé une des causes de ces tensions.
Ce que je peux en dire, c'est que je ne l'ai pas fait exprès, d'une certaine façon, de de de réécrire finalement tout un récit sur le conflit israélo-palestinien. J'ai pris un certain nombre de points événementiels autour de Gaza 2000 2009, mais aussi je suis remonté au démantèlement des des colonies israéliennes à Gaza en 2005 qui me semble être le début de l'imposture puisqu'on a fait courir le bruit que c'était un acte généreux qui en annonçait d'autres, alors qu'en fait on a au contraire intensifié la colonisation en Cisjordanie parallèlement. Mais je me suis rendu compte que de par pointillé, d'une certaine façon, finalement, ça ça réécrivait tout un récit autre, tout à fait différent de celui que qui est qu'on entend majoritairement dans dans nos dans nos médias. Donc, finalement, je propose une autre représentation du conflit sans l'avoir vraiment voulu, mais en me rendant compte que, épisode par épisode, on était tellement dans des contre-vérités et dans des fabrications d'officines de communication que on s'éloigne terriblement de la réalité.